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SERGE MICHEL
Lors de sa venue à Lyon pour une rencontre qui s’annonce surprenante et d’un grand intérêt, quelles questions aime-rions-nous poser à Serge Michel : L’Iran est-il vraiment le pays que nous décrivent les médias ? ou bien Les Iraniens sont-ils des gens heureux ?
Rendez-vous pris ce mois-ci pour éclairer notre lanterne sur les secrets qui entourent encore ce pays, rencontre qui accompagne le très beau livre Marche sur mes yeux, portrait de l’Iran aujourd’hui. Mais avant cela j’ai eu la chance de m’engouffrer dans ce livre tel un goinfre qui se délecterait de multiples pâtisseries. Il faut dire que cet ouvrage est une mine d’informations, tantôt grave, tantôt drôle, véritable voyage dans ce grand pays un rien fermé pour les craintifs occidentaux. Serge Michel a vécu de nombreuses années de 1999 à 2009 en Iran, quelquefois entrecoupées par des retours en Europe par suite de décisions politiques à son encontre, le journaliste suisse n’allait pas toujours là où les censeurs voulaient, dépassant les bornes dans ses multiples papiers qui sont publiés un peu partout (Le Monde, Le Figaro, Time, Newsweek…). L’un est journaliste, Serge Michel, l’autre photographe, Paolo Woods, belle association de spécialistes, et l’occasion de nous offrir un panorama des gens qui peuplent ce pays du Moyen-Orient, cette sphère opaque et pleine de paradoxes. Serge Michel connaît son Iran sur le bout des doigts, subtil et controversé, secret et loin des clichés. Malgré tout, la patrie d’Ahmadinejad est un pays où la liberté est sous contrôle et où “La loi islamique n’est pas en notre faveur, dit Sanaz [dentiste], mais il y a beaucoup d’opportunités à saisir pour les femmes – regardez-moi !” Certes, mais le pays est encore sous les dispositions d’un Code civil qui est un véritable fléau en matière de liberté concernant les femmes. “Article 1041 : le mariage avant l’âge de la puberté est interdit, sauf s’il est décidé par le père ou le tuteur et si les intérêts de la personne sous tutelle sont respectés.” Plus loin, “Article 1210 : l’âge de la puberté est de 15 ans lunaires (14 ans et 6 mois) pour les garçons et de 9 ans lunaires (8 ans et 9 mois) pour les filles.” Nous sommes dans le vif du sujet, dans ce pays qui reste un mystère. On entre dans ce livre avec les premiers pas de Serge Michel dans l’Iran de 1999 et jusqu’aux manifestations qui ébranlèrent le régime d’Ahmadinejad suite aux élections de juin 2009. “L’heure de la marche est facile à deviner : compter trente minutes après l’extinction du réseau de téléphone portable. Quant au lieu, toute la ville est au courant. Non pas grâce à Twitter, Facebook et autres technologies californiennes dont les fondateurs se gargarisent désormais d’être capables de faire tomber une dictature, mais par la plus ancienne et orientale des méthodes : le bouche à oreille. L’histoire jugera, mais c’est en coupant les téléphones que le régime a uni ses opposants, obligeant les Iraniens à se parler alors qu’ils étaient jusque-là réfugiés dans la recherche d’un certain bonheur individuel.” L’autre partie du livre touche au quotidien des Iraniens ; par petites touches, de courts chapitres et de superbes photographies de Paolo Woods, les auteurs dressent le portrait d’un pays habité par des gens aux multiples aspirations, nous entrons par la petite porte dans l’univers iranien. Du superbe marchand de tapis (qui fait la couverture du livre), en passant par Fereshteh, 22 ans, qui nettoie et repeint les tombes des martyrs inconnus, à Massoud et son cinéma à 12 millions de dollars, la grande série TV qui rythme la vie de milliers d’Iraniens et d’Iraniennes, ou plus loin Elham : “On n’a pas de boîtes de nuit, mais on organise des fêtes fantastiques. On peut vraiment s’amuser. Mon oncle a vécu aux États-Unis pendant trente ans. Quand il est revenu, il a dit waouh, il n’y a rien comme ça là-bas !” Serge Michel et Paolo Woods ont uni leurs talents et leur connaissance de l’Iran pour un livre loin des faux-semblants sur un pays surprenant et divisé.
Éditions Grasset, 364 pages, 22 €
Le 17 novembre à la Villa Gillet
Bruno Pin
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