|

CLAUDE LORIUS / LAURENT CARPENTIER
Un des livres les plus importants de ce début d’année est la rencontre de 2 individus, Claude Lorius et Laurent Carpentier, qui nous invitent à un drôle de voyage dans un ouvrage explicite et d’une grande fluidité : Voyage dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros. De deux choses l’une : soit nous nous informons pour que nous inventions notre chemin pour un monde capable de préserver nos vies pour les décennies à venir, soit nous faisons l’autruche. Belle spécialité de l’humain pour cette dernière. Claude Lorius est un témoin, un observateur, un scientifique (glaciologue) doublé d’un héros puisque, en 1957, il est un de ceux qui passèrent un premier hivernage dans l’Antarctique. Pionnier des recherches sur le climat, il est le seul Français à avoir reçu le Blue Planet Prize en 2008, l’équivalent du Nobel pour les questions écologiques. Un homme ouvert sur le futur et observateur des désastres que l’humain fait subir à notre planète Terre, mère nourricière au bord de l’asphyxie. Laurent Carpentier, journaliste et grand reporter, a participé à la création de la première agence française d’infor-mations sur l’environnement. L’Anthropocène est un nouveau cadre géologique et climatique où l’homme est devenu la principale force géophysique capable de modifier son environnement. On retrouve des traces des essais nucléaires dans les neiges du pôle Sud alors que ceux-ci ont eu lieu dans l’hémisphère Nord, le CO2 a toujours bougé par le climat, aujourd’hui c’est l’homme qui fait bouger l’équilibre de la Terre par une production insensée de gaz à effet de serre. On retrouve des traces de plomb émanant de nos carburants dans la neige du Groenland. La liste est trop longue, comme une hémorragie qui n’en finit pas de grossir et devient exponentielle. L’accélération est là ; l’homme, en devenant la principale force géologique, invente l’Anthropocène, et le voyage dans cet ouvrage est plus qu’instructif. Claude Lorius, loin d’être pessimiste, est drôle et pédagogique, on devine en lisant ses mots l’humilité et la sagesse qui l’habitent : “Il ne faut pas des siècles pour transformer le vivant. S’adapter ou mourir ? La fin de l’homme, non. La fin de l’Anthropocène, oui. Le jour où le dernier puits de pétrole percé à grand renfort de dollars et de hautes technologies par 4 000 mètres de profondeur dans les fonds marins de l’Arctique, jusqu’ici préservés par sa banquise et ses méchants ours polaires, aura été asséché, le jour où la dernière veine de charbon aura été saignée, où le dernier pipeline de gaz naturel aura été vidé, la fin des énergies fossiles tissera, nous le pensons, le linceul de ce qu’on appelle ‘la modernité’. Ainsi le monde sortira – pas vraiment indemne – de cette période de transition violente et inédite que fut l’Anthropocène. Nous n’au-rons plus à opter ou non pour la décroissance, elle sera inéluctable. Que se passera-t-il alors ? Aucun chaman inuit ne nous l’a dit, aucun savant visionnaire ne nous l’a expliqué. Nous n’avons aucune trace du futur dans les glaces… La seule chose que nous puissions prévoir, c’est que la fin des énergies fossiles marquera l’entrée de notre planète dans une nouvelle époque que nous ne connaissons pas.”
Claude Lorius est resté un homme enthousiaste et visionnaire, mais la question qui reste en suspend est : un sursaut est-il possible ?
Actes Sud, 195 pages, 19,80€
Bruno Pin
|