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Evelyn JUERS
Chemins d’exil est un livre qui marquera sûrement les esprits, et les raisons en sont multiples. Outre – et c’est la grande réussite de ce roman – l’écriture d’Evelyn Juers, lumineuse et ciselée, il y a aussi le contenu de ce livre magnifique. L’écrivain nous offre un voyage historique et littéraire dans l’Europe qui vacille dans la fureur du fascisme. On croisera tout au long de ces pages les belles-lettres de l’époque, toute une pléiade d’artistes allemands et européens, notamment les frères Mann, Heinrich et Thomas, qui sont l’axe du livre, la pièce maîtresse qui sert de lien. Entrons par la grande porte de cet entre-deux-guerres. En Allemagne et en Europe, la vie intellectuelle foisonne et semble en perpétuelle ébullition autour de Thomas et d’Heinrich Mann. On retrouve Bertolt Brecht, Alfred Döblin, Joseph Roth et bien d’autres. L’engagement et les prises de position d’Heinrich Mann, puis celles de Thomas, plus tardives. Gide disait de Thomas Mann, en 1937, ceci : “Il est un des rares aujourd’hui que nous pouvons admirer sans réticence ; il n’y a pas de défaillance dans son œuvre, il n’y en a pas dans sa vie.”
On croisera dans Chemins d’exil Aldous Huxley, Virginia Woolf à de multiples reprises : “Virginia trouvait que Vita avait beaucoup grossi et que leur amitié avait pris fin, ‘pas sur un claquement de porte, mais comme tombe un fruit mûr’. Elle avait attrapé la migraine en essayant de parler politique en français avec André Malraux, ‘l’étranger visionnaire à la parole facile’.”
Les Mann quitteront l’Allemagne, fuyant le nazisme, ils vivront en Europe, à Paris, puis finiront par s’exiler en Amérique. Thomas Mann reviendra vivre en Suisse, tandis qu’Heinrich restera en Californie. Il y a dans ce livre une flamme qui porte l’histoire et le texte. “Début juillet (1936), Heinrich était de nouveau à Paris, pour le Comité international contre la guerre et le fascisme. Il se demandait à présent si tous les groupes disparates – communistes, sociaux-démocrates, catholiques et autres – se laisseraient un jour persuader de surmonter leurs différences pour former une unique force antifasciste, mais l’alternative était trop déprimante à envisager et il poursuivit sa mission avec lassitude.” La personnalité de 2 auteurs importants du XXe siècle, de La Mort à Venise à La Montagne magique pour Thomas Mann et de L’Ange bleu à Henri IV pour Heinrich Mann, leurs itinéraires et leurs engagements font de cet ouvrage une mine d’informations et un roman d’une impeccable tenue.
Éditions Autrement, 360 pages, 22€
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