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Fabrizio Gatti
Je viens de finir un livre passionnant, il est d’un reporter italien, beaucoup de gens sans le savoir connaissent une de ses photos, surtout une qui a fait le tour du monde. C’est celle qui illustre le livre (voir ci-contre). Paru en 2008, ce n’est pas une nouveauté comme on dit, qu’importe, l’auteur était présent pendant les Assises internationales du roman fin mai. Il faut lire ce livre, Bilal sur la route des clandestins, c’est un regard humain sur l’autre. Le nom de l’auteur, Fabrizio Gatti, reporter à L’Espresso à Milan. Imaginez ce type, un Blanc, italien, chrétien, qui pendant plusieurs semaines va vivre en plein désert, pas celui que nous connaissons, le désert qui conduit du Sénégal à la mer (porte ouverte sur l’Italie), en passant par le Niger direction la Libye (ce pays que l’on veut nous faire avaler, parce que le petit colonel serait à nouveau en odeur de sainteté près de chez nous). On savait, mais pas à ce point-là, que la route des clandestins était un véritable enfer, que ces jeunes types, ces enfants, ces femmes, ces jeunes filles passaient par les humiliations, les tassages, l’extorsion du peu d’argent qu’ils avaient réussi à rassembler par des militaires sans foi ni loi. Pouvait-on imaginer pareil voyage ? Évidemment non, nous que l’opulence a depuis longtemps et souvent fait fermer les yeux à la misère ambiante. Imaginez 200 personnes sur un camion, en plein désert, sous le soleil, une chaleur épuisante, roulant pendant des jours et des jours, souvent en panne (les camions peuvent avoir 40 voire 50 ans), à des vitesses de 10 kilomètres-heure, avec des bidons d’eau pour presque seule nourriture, le corps chahuté par la piste. Un voyage dans l’enfer de l’Afrique, par une chaleur à crever, au bout des nuits glaciales, là où nulle lumière n’affecte le ciel, là où la constellation d’Orion s’offre au regard. Les corps affamés, affaiblis, attendent de mettre enfin le pied à Lampedusa, l’Italie. Fabrizio Gatti va jusqu’au bout, et l’Italie de Berlusconi n’en sort pas grandie, loin de là, puisqu’il séjournera 5 jours au centre de rétention de Lampedusa, un nouvel enfer en pleine Europe où la dignité de l’homme est bafouée avec cynisme. À travers ses rencontres, Fabrizio Gatti a l’art de se fondre, d’écouter, de questionner ; on ne se demande plus pourquoi ces jeunes gens rêvent d’Europe, l’évidence est là dans ces pages. Un trafic honteux d’humains, une exploitation sans limites qui rapporte des milliers de dollars aux trafiquants, passeurs, militaires, États… L’esclavagisme toujours vivant.
Éditions Liana Levi, 480 pages dont un cahier photo, 21€
Bruno Pin
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