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John BURNSIDE
L’écrivain nous avait déjà habitués à ce style envoûtant dans ses ouvrages précédents, et l’on est à nouveau subjugué et emporté dans ce roman effroyable, parce qu’il pourrait être une triste réalité de l’univers que bâtit l’homme. Scintillation, c’est un beau titre pour entrer dans l’histoire de ce bout de terre coincé entre le vide de l’inconnu et l’interdit d’aller ailleurs. Dans un pays, une ville, Intraville, où les décennies ont pourri la terre à jamais. L’enfer industriel est passé par là, laminant la ville, les femmes et les hommes, ne reste plus que l’ombre d’une usine abandonnée, comme un château hanté, un terrain de jeu nauséabond offert aux enfants d’Intraville. Déchets industriels, rats bien nourris et quelques adolescents qui frôlent la mort dans une forme de désespérance inavouée. “Si on écoute certaines personnalités de la région, tout ça forme un seul ensemble, qu’ils ont baptisé Terre d’origine, et ils ont de grands projets pour nous tous, ce qu’ils appellent un ‘programme de régénération’. Mais ça, c’est le secteur de Brian Smith, alors tout le monde sait que ce n’est pas pour demain.”
Sur fond de thriller, ambiance poisseuse et disparitions d’enfants, l’auteur ne manque pourtant pas d’humour, et un des personnages principaux, Léonard, 15 ans, qui plonge tête la première dans la littérature, se fend de quelques envolées lyriques : “J’avais lu L’Adieu aux armes de ce foutu Hemingway et je m’étais demandé pourquoi personne n’avait jamais acheté de dictionnaire à ce mec.”
John Burnside, écrivain écossais né en 1955, sait depuis quelques livres, cinq publiés à ce jour en France chez Métailié, Scintillation étant le 6e, nous captiver par des romans que l’on pourrait qualifier d’étranges, des thèmes et une écriture qui se conjuguent pour mieux nous happer. On croise Léonard et ses compagnons de jeu, des adultes affaiblis, au bout du rouleau, d’autres tirant les ficelles du vaisseau fissuré d’Intraville. Un livre tout en tension.
Éditions Métailié, 282 pages, 20€
Bruno Pin
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