MAUD
LE PLADEC CHORÉGRAPHE
Joue avec le son
Révélation de la critique 2010 pour sa pièce Professor, la chorégraphe Maud Le Pladec fait l’affiche d’Aire de jeu, aux côtés d’Andros Zins-Browne et de Yuval Pick, un événement alliant danse et musique contemporaine, proposé par les Subsistances. Sur 2 partitions de David Lang, cette chorégraphe de 35 ans explore l’intimité, associant les gestes aux sons, dans la continuité d’une recherche amorcée il y a 3 ans.
Vous dites que “la musique est un élément fondateur” de votre travail. Quel est votre registre musical de prédilection ?
Ce n’est pas un hasard que je fasse partie de la programmation d’Aire de jeu. Dans mes 2 précédentes pièces, la musique était au centre du projet, et j’ai plutôt travaillé sur de la musique contemporaine. C’est aussi mon registre de prédilection, sous des formes très différentes.
Connaissiez-vous la musique de David Lang ?
Pas du tout. C’était une commande, mais aussi une belle proposition qui m’a permis de découvrir un corpus musical inconnu. Même si, esthétiquement, les musiques de Lang et de Romitelli sont diamétralement opposées, ces 2 compositeurs sont soucieux de mêler 2 traditions musicales, héritières de la musique savante et de musiques plus populaires. Fausto Romitelli utilise carrément des instruments un peu étrangers à la musique savante, comme la guitare électrique ou les nappes électro. Chez David Lang, c’est une façon de composer ou penser la musique qui fait que ses compositions sont, d’une certaine manière, plus accessibles à un public non initié. Dans Cheating, Lying, Stealing (1995), l’une des 2 compositions de Lang que j’ai choisies, le compositeur dit même se moquer un peu de lui-même en proposant une musique que l’on n’attend pas de la part d’un compositeur de contemporain.
Quels ont été vos critères de choix pour ces 2 partitions ?
J’ai procédé de manière très empirique, en écoutant. Puis j’ai beaucoup lu sur ce compositeur qui appartient au genre dit postminimaliste, j’ai essayé de savoir à quoi cela correspondait dans l’histoire de la musique, quels étaient les pères et les mères qu’il avait tués… [Rires.] Mon 1er choix a porté sur Cheating, Lying, Stealing, car je trouvais que ce morceau était particulièrement bien ficelé, voire trop bien ! Et je me suis dit que ce n’était pas pour rien. En cherchant, je me suis aperçue que c’était un peu son “hit”. C’était intéressant dans le cadre d’une commande de travailler sur le morceau anthologique d’un compositeur, car, en tant qu’ar-tistes, on a plutôt tendance à ne surtout pas utiliser un tel morceau. Donc cela me forçait, d’une certaine manière, à me l’approprier.
Vous avez donc travaillé un peu à contre-courant ?
Je me suis mise dans une situation qui n’était pas forcément confortable, d’autant que j’ai demandé à mon danseur, Julien Gallée-Ferré, de travailler à contre-pied de sa propre danse. Quant au choix du second morceau, c’est la résultante du premier : j’avais envie d’une continuité musicale et auditive entre les deux, sans changement de plateau. J’ai donc choisi Stick Figure (2001), et je démarre le spectacle par ce morceau. Les musiciens joueront donc les 2 pièces en direct, dans la foulée.
Il y a de la continuité, pourtant les 2 spectacles sont très différents ?
J’ai l’habitude de travailler avec la musique et cette “capacité” d’immédiatement projeter une pièce sur une musique. Stick Figure est une ligne mélodique jouée sur 10 minutes, mais régulièrement interrompue par des percussions. Le minimalisme de cette musique fait que l’on est de plus en plus attentif, ce qui prépare le spectateur. C’est pourquoi je n’ai pas voulu de danse : ce sera une immersion dans l’univers de Lang, qui débutera dans le noir, avec un lever de rideau lumineux. La danse arrivera avec le second morceau.
Entre votre 1re chorégraphie, dans les années 2000, et l’année 2008, vous avez plus dansé que créé. Qu’est-ce qui a changé pour vous ?
L’exposition en tant qu’auteur a été trop forte et est venue trop rapidement dans ma carrière, car je venais à peine de finir ma formation de danseuse. J’ai donc décidé d’arrêter la chorégraphie et de danser, notamment pour Georges Appaix et Mathilde Monnier. Puis la découverte de la musique de Fausto Romitelli m’a fascinée, au point d’en devenir une obsession et de me redonner l’envie de créer. Cette fois, je crois que c’était le bon projet, avec les bonnes personnes, au bon moment !
Aire de jeu, du 2 au 7 février aux Subsistances
Caroline Faesch
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