Y A DU JASMIN
DANS L’AIR
Le Peuple de l’Herbe
Un nouvel opus du Peuple, et c’est le plaisir redoutable de retrouver leurs airs entêtants qui, à l’occasion, vous font perdre le contrôle de votre arrière-train, valdinguer les cadenettes, pousser les meubles et, voire même, vous donner l’air un peu perché, au milieu du bus, en ânonnant une amorce de tentative d’imitation d’une mélodie qui pourtant vous paraît évidente. Le Peuple de l’Herbe présente A Matter of Time, chez BonePlak / Discograph, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les musiciens sont une nouvelle fois au rendez-vous, avec l’énergie, le bonheur des mélodies, la jouissance du son, l’espièglerie et l’audace. Bizarre, tout de même, que ce groupe à l’efficacité implacable ne bénéficie pas de plus de surface médiatique. En attendant, cela ne m’empêchera pas d’aller chantonner Jasmin in the Air, au printemps, chanson qui tourne dans la tête, écrite en hommage aux révoltés arabes, ou d’écouter Mars avec la voix de la fabuleuse Marie Nachury.
N’Zeng est trompettiste, chanteur, compositeur, et il joue aussi du cor d’harmonie sur 2 morceaux, “spéciale dédicace”, me dit-il, à un ami décédé. Avant une tournée qui s’annonce européenne et longue, et entre 2 répétitions, rencontre avec lui, dans un bar croix-roussien.
Ce qui me frappe, dès les 1res notes du 1er morceau, et qui ne me quitte pas pendant toute l’écoute de A Matter of Time, c’est l’efficacité de votre musique. C’est une recherche de votre part ?
À la création de Tilt, nous avions pensé à un concept-album, avec une couleur particulière, dans une période préélectorale, comme aujourd’hui d’ailleurs. Nous éprouvions le besoin de rebondir, en faisant ressurgir notre culture rock, non pas en faisant du rock, mais avec la volonté de foncer dedans, de retrouver notre attitude punk-rock originelle. Cette fois, nous avons envie de revenir à la simplicité de composition de nos débuts, une idée par morceau, qu’on laisse s’épuiser presque naturellement, sans forcer. Nous avions aussi une envie de mélodies, de celles qui vous restent dans la tête, plus funky, avec le morceau Mothership, ou plus soul avec Let us play. Let us play nous a demandé d’ailleurs beaucoup de travail, il a été compliqué à construire. On est partis d’un sample de DJ Pee, comme souvent, et on s’est mis à jouer, dans un style un peu vin-tage, Marvin Gaye, basse, batterie, clavier, scratch, puis Sir Jean est venu. Mais nous avons dû créer un refrain, puis un autre, et c’est le troisième que nous avons adopté.
Une autre impression, c’est l’hétérogénéité des styles…
Ah, ce n’est pas comme si on n’avait pas prévenu ! Peut-être qu’un jour on aura envie de s’installer dans un style, ce serait un genre de concept-album, pour nous, mais depuis Triple Zéro nous assumons cette diversité. C’est que nous sommes 4 compositeurs, avec des points communs, la culture hip-hop, par exemple, ou les musiques de films… Nous avons des désirs de musique en commun, mais pas mal d’influences diverses. Pour l’anecdote, en tournée, nous rencontrons bon nombre de musiciens, ils viennent dans notre bus, on leur montre nos playlists, et ils sont souvent surpris de voir que nous écoutons du punk-rock, de la musique classique, de la funk, beaucoup de choses différentes.
Et la cohérence de l’ensemble, comment se fait-elle ?
C’est d’abord l’apport de Chris, le producteur, qui réussit encore à progresser dans le son, nous travaillons beaucoup avec lui. Pour cet album, nous avons aussi fait appel à Nagon, le régisseur plateau. Début janvier 2011, nous avons commencé à travailler sur cet album, au printemps nous en avons organisé une 1re séance en studio, puis une autre, fin juillet. Nous avons laissé passer le mois d’août, et en septembre nous n’étions pas contents, mais pas du tout. Il fallait retravailler l’efficacité, et c’est pour cela que nous avons fait appel à Nagon, car, s’il est techniquement efficace, il est aussi un excellent musicien, doté d’une oreille incroyable. Nous avons débriefé avec lui, il a été sans pitié. Et tout l’automne, nous avons effectué un travail que nous n’avions jamais fait, des séances guitare, chant, avec Nagon à l’instrument, par exemple, ce fut une période assez dense et très riche.
Pouvez-vous dire un mot également des collaborations, dans A Matter of Time, avec Marc Nammour sur Parler le fracas et Marie Nachury sur Mars ?
Nous voulions une voix féminine sur ce morceau, genre de cross-over rock, à l’efficacité punk, et Marie chante vraiment bien, c’est une artiste originale, bien perchée si vous voulez mon avis, elle s’invente une espèce de monde à elle, elle est connue à Lyon notamment pour son duo Brice et sa pute. Marc Nammour, cela nous a paru naturel de travailler avec lui. Ne serait-ce qu’à cause de notre goût pour le hip-hop des 90s, et nous avons adoré l’album de la Canaille, son groupe. Nous avons composé une partition qui donne la sensation d’une boucle, mais qui est en fait sans cesse évolutive, nous lui avons concoctée, et quelques jours après il nous avait envoyé ce texte. Je conseille d’ailleurs de bien le décrypter, l’ensemble du groupe pourrait le signer, des 2 mains.
Le Fil, 11 février - le Transbordeur, 21 mars - Théâtre le Rhône, 23 mars - Electrochoc à Chateau Rouge, 24 mars - Le Creusot (Festival les Giboulées), 31 mars - Les Abattoirs (Festival Electrochoc), 7 avril
Étienne Faye
|