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I’m cramped. Titre d’une chanson parue en 1980 sur un fabuleux LP baptisé Songs the Lord taught us (Illegal Rds). Oui, I’m cramped ! Traduction dada : je me sens un peu à l’étroit et complètement à l’envers… mais c’est sûrement l’époque qui veut ça. Une version que n’aurait certainement pas reniée le grand Lux Interior, fantasmagorique chanteur des Cramps, disparu le 5 février dernier. RIP monsieur Interior, & we’re cramped, définitivement. Et c’est le moins que l’on puisse dire aujourd’hui tant l’on se sent à l’étroit même en marchant nonchalamment dans la rue. Sale temps et sale ambiance. Marche ou crève dans l’envers du décor. Tout le monde étant un peu le suspect de tout le monde. À commencer malheureusement dans les écoles… où, depuis 2007, la police et la gendarmerie sont visiblement susceptibles de s’inviter plutôt manu militari pour vérifier que nos futurs citoyens n’ont surtout rien dans les poches, si ce n’est des papiers en règle… À quand les tests ADN dans les crèches pour détecter les futurs délinquants et les coffrer en taule illico presto ?! Dans les écoles, où semblent fleurir partout des banderoles accrochées aux murs d’enceinte : “Halte aux suppressions de postes”, “Parents en colère”, “Non aux expulsions”, “Oui aux infirmières en nos murs”, etc., etc. Et de la maternelle jusqu’au collège. Entendu que Dada vous cause de l’école pour tous, laïque et républicaine. Une école où, a priori, l’on voudrait dorénavant encourager la délation à tous les niveaux : “Le petit Machin, je ne suis pas certain que ses parents aient des papiers” ou bien “M. Truc, vous êtes sûr qu’il fait cours comme c’est prévu dans le programme ?”. Mais de quelle école parle-t-on ? Lorsque celle-ci n’a plus les moyens d’écouter, de soigner et surtout d’éduquer les mômes ? Lorsque l’on est prêt à expulser des enfants scolarisés ? Lorsque l’on aimerait réapprendre La Marseillaise aux gosses à coups de trique ? Bon sang mais c’est bien sûr : il suffit de répondre à la “crise des banlieues de 2005” par l’instruction civique… Un peu de discipline, un brin de répression et tout devrait rentrer dans l’ordre. C’est oublier un peu vite que les enfants des banlieues sont français (oui monsieur, oui madame) mais socialement et économiquement défavorisés, et le plus souvent racialement stigmatisés. Ce ne sont pas eux qui ont désavoué la République en sifflant La Marseillaise dans les stades, c’est la République qui les a d’abord abandonnés. Et il serait plus que judicieux aujourd’hui de ne pas réserver le même sort à l’école publique. De réapprendre sérieusement la fraternité et l’égalité, en périphérie comme ailleurs. Mettre des thunes dans les banques et les entreprises automobiles, c’est bien joli, mais on devrait surtout balancer des milliards dans l’école. Parce que la jeunesse d’aujourd’hui, c’est bien évidemment le monde de demain. Comme aimait à le souligner un groupe de rap français bien connu. Et pour ne pas dépareiller au sein de cette chronique tout en vous causant des concerts à venir, Dada vous propose ainsi en mars 2 rendez-vous hip-hop intelligents, formateurs et un brin subversifs. Hip-hop won’t stop dans un 1er temps le vendredi 6 mars au Clac'son à Oullins avec un plateau régional de vrais bons groupes : Redbong (Saint-Étienne), Grosso Gadgetto (Lyon) et Ghost Town (Grenoble) viendront en effet rivaliser en rimes et en rythmes sur les planches, histoire de vous démontrer que la langue française a de beaux jours devant, sans passer par la case instruction civique. Autre concert de rap très attendu que celui de Dälek, épaulé pour la circonstance par Oddateee et Uzul Prod le lundi 30 mars à Grnd Zéro (Vaise). MC Dälek qui reprend les hostilités en 2009 avec un nouveau brûlot rap noisy (Gutter Tactics / Ipecac Rds), revendicatif à souhait, ciselé sur mesure, abstract parfois, bruitiste et inventif toujours, et donc imparable dans le genre. On comparera ainsi la dextérité de son phrasé à celle d’un félin détalant sur une corde (vocale) raide. Entre l’école publique et l’école de la rue, il aura ainsi tout appris. À bon entendeur…
Laurent ZinÒe
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