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Pendant ce temps-là en Grèce, on se réchauffe comme on peut… et partout ailleurs sur le vieux continent, on flippe vraiment que le feu prenne chez soi. Sauf que les braises sont brûlantes depuis moult et spécialement en France. Banlieues 2005, CPE 2007 et bientôt 2009, la grande dépression. À peine le temps de ranger les flonflons qu’il va falloir payer les pots cassés et bientôt dépaver ! Quand on vous parle du cours de la Bourse qui disjoncte, on reste dans le virtuel, en oubliant volontairement que le vif du sujet nous attend tapi dans l’ombre au coin de la rue : licenciements massifs, faillites en série, Éducation nationale démantelée, précarité, flexibilité, délocalisations, boucs émissaires, explosion du chômage et du péril jeune… et cocktails Molotov. Si loin, si proche, le quartier Exarchia à Athènes. Remarquez, on peut toujours fermer les yeux et faire comme si… Et c’est ce que l’on fait : au moment même où ça pétait chez les Hellènes, ici à Lyon, par exemple, on “fêtait les lumières”… Et vous alors, vous avez bullé ou déambulé le 8 décembre ? Nous, un peu les deux, histoire de. Résultat des courses ? Je marche, tu marches, ils marchent, nous bouchonnons… dans le froid, mais pas dans la luxure. Oh la belle bleue ! Et hop la belle rouge ! Et puis au lit on dort. Entre-temps, il ne se passe pas grand-chose. Si ce n’est des hordes de vigiles fluorescents qui canalisent les flots vomis par le métro et qui gardent les “œuvres” toutes les nuits au cas où un vandale de 15 balais aurait des idées pas nettes. Bon, d’ac-cord, c’est une manifestation plutôt catho à l’origine (je vous salue, heu… Blandine Chrétien, qui désormais écrit dans ce canard !) et aujourd’hui surtout destinée aux familles avec enfants et aux touristes lambda munis de boîtiers Nikon mais qui ne savent pas s’en servir. Donc oui, il ne fallait pas s’at-tendre à la feria de Nîmes ni au carnaval de Rio… mais à la “Fête des lumières” : on regarde, on ne touche pas, on marche en rang serré et puis on rentre chez soi. Vous trouvez ça festif ? Rien qui bouge et surtout rien qui ne dépasse, même pas un stand à frites ! 8 décembre, morne plaine. Et si c’était symptomatique du caractère frileux de cette ville ? Avec Dada, nous étions à Marseille en septembre dernier pendant la Fête du plateau (la X-Rousse en plus populaire !) et nous pouvons vous certifier que lorsqu’on fait “la fête” dans la cité phocéenne, on ne fait pas semblant ! Ça vibre, ça chante, ça grouille de partout… Bref, ça vit ! Et toute la nuit durant. C’est d’ailleurs à ce moment-là que les résultats quant au choix de la ville élue capitale européenne de la culture en 2013 nous furent annoncés : pas Bordeaux ni Lyon mais Marseille, comme une évidence. Et c’est un Dada guignol pure souche qui vous dit ça. Bien sûr, il y a et il y aura des bémols, comme nous le rappelaient nos “confrères” de Ventilo (le gratuit culturel dans le 13), à savoir les risques de gaspillage de subventions dans le folklore provençal tout-terrain, genre persillade sur le Vieux-Port… Mais bon, sans vouloir critiquer le projet de Lyon 2013, que nous ne connaissions pas en détail, c’est aussi l’atmosphère générale de Marseille qui nous semblait plus à propos : du Panier jusqu’à la Plaine et de la Belle de Mai jusqu’à la Pointe-Rouge, on dénombre des spectacles et des concerts à foison dans les bars, mais personne pour vous parler de pollution sonore, l’affichage “sauvage” n’y est nulle part interdit, des bandes de jeunes jouent au foot le soir sur les places publiques sans que personne y trouve à redire, et plus généralement une vraie vie nocturne anime quasiment tous les quartiers de la ville. Marseille, conviviale, bigarrée et résolument populaire, comme Barcelone ou Dublin, comme une capitale culturelle européenne… Pendant ce temps-là en Grèce, on se réchauffe comme on peut, tandis qu’à Lyon on hiberne en attendant des jours meilleurs. Et c’est évident que les baraques à frites risqueraient de dépareiller dans le paysage urbain. Alors on s’endort sur ses 2 oreilles en rêvant d’une crise devenue invisible comme par enchantement, et de fêtes avec rien qui dépasse et surtout rien qui bouge. Attention néanmoins à ce que le printemps de la jeunesse désenchantée ne revienne pas au galop.
À bon entendeur…Post-scriptum : nous voudrions dédier cette chronique à l’ami “captain” Bob de Radio Dio à Saint-Étienne, qui nous a quittés beaucoup trop vite. Puisse le souvenir de ton sourire et de ton inspiration nous guider vers cet avenir on ne peut plus sombre. Salut à toi.
Laurent Zine
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