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En cherchant un peu,vous comprendrez pourquoi la couverture de ce vilain canard et la présente chronique clignent fortement de l’œil vers Dada. Perdus sur les chemins de traverse de l’anti-art, vous pouvez également compter les moutons (noirs et/ou à cinq pattes, de préférence) jusqu’à 291 puis 391 voire …491. Parce que le monde est complètement Dada et que cela ne date pas d’hier. Parce que le Cabaret Voltaire. Parce que la Pissotière de Marcel Duchamp. Parce que ”j’entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde”. Parce que R&R et guérilla. Parce que ”ni Dieu ni maître”. Enfin, parce que la maîtresse de céans se prénomme dérision. Peut-être la seule chose qui nous reste ? Avec le punk rock évidemment (!), considérant bien sûr son hétéroclite descendance musicale, mais avant tout en tant qu’état d’esprit quand il rime avec refus des conformismes intellectuels et des voies toutes tracées. Venu le temps pour Dada d’en finir avec cette intro en vous souhaitant une année 2007 pleine d’incertitudes et d’énergies à revendre (sauf au plus offrant).
A l’instar de La Fraction, quartet punk rock (justement), qui vient de faire paraître son 3ème album (baptisé La Vie rêvée) dans un monde parallèle à la grande distribution via un collectif de labels, dont Crash Disques, Maloka et Tranzophobia / La France Pue; des empêcheurs de tourner en rond respectivement parisiens, dijonnais et stéphanois. Un opus alliant fougue et sincérité exacerbées, magnifiées par un chant féminin, mélodiquement au-delà des espérances et en français dans le texte. Vous trouverez ce brûlot exclusivement sur le net, par exemple sur les sites des collectifs suscités, vous ferez ensuite exploser vos enceintes et vous repartirez ainsi d’attaque et sautillant du bon pied en 2007 : la tête aérée de toute la connerie ambiante accumulée une année durant dans les médias qui cotisent (ad lib) pour la terre promise. La Fraction, un groupe musicalement frappeur et intellectuellement intègre; en cela digne héritier du mouvement alternatif des années ’80. À ne pas confondre avec le ”rock alternatif”, une expression journalistique inventée de toute pièce, accolée entre autres à la Mano Negra, c.-à-d. un groupe ("génial" mais) signé d’emblée chez Virgin, terre promise en rien alternative…
Et pour Dada, une transition toute trouvée et en rien innocente avec le nouvel album de Bérurier Noir (titré Invisible) qui vient de sortir sur le label Folklore de la Zone Mondiale mais en distribution chez Wagram… Nonobstant ce souci "major" pour ceux qui pensaient depuis moult qu’un autrement est toujours possible pour ne pas dire souhaitable; dans l’esprit de Dada, Bérurier reste Noir. Ne serait-ce parce qu’aujourd’hui comme hier, ”la jeunesse emmerde le front nazional”. Ne serait-ce aussi parce qu’il serait hypocrite de diaboliser Wagram ou Virgin plus que telle ou telle autre compagnie de disques dont nous acceptons ici les publicités et/ou de chroniquer les ”produits”; heu… pardon : les disques. Pas de leçons donc à donner, pas plus à recevoir… avec la dérision comme seule alliée. Sur ce, Dada ose simplement espérer que Bérurier Noir sera entendu par la jeunesse en 2007 comme ce fut le cas lorsqu’il déposa une première fois les armes en 1989, avant de réattaquer les hostilités en 2003 aux Transmusicales de Rennes. Musicalement c’est aujourd’hui quasiment la même chose sauf que la production est meilleure et sur scène c’est toujours autant l’émeute en version clowns et vengeurs masqués; quant au discours, il navigue peut-être moins ”en république l’anarchie” qu’hier (quoique) pour accoster désormais sur les rives d’un monde en symbiose avec les éléments, les animaux sauvages et les premiers peuples (…); un monde libertaire et utopique dont les enfants seraient (enfin) les rois ! Punk et père de famille, Bérurier sait néanmoins de quoi il parle. Et si dans le domaine des possibles, il lui prend le goût de squatter à nouveau le devant de la scène, c’est plutôt une bonne nouvelle pour ceux qui n’ont jamais conçu abandonner le politique aux politiciens… puisque BxN est un groupe éminemment politique qui porte haut ses opinions, et même s’il le fait avec une fortune diverse dans ce nouvel album. Le pari en vaut quoi qu’il en soit la chandelle : cette jeunesse qui a joliment viré le CPE et qui aujourd’hui apeurée s’interroge presque nonchalamment quand ses frères font cramer leur cité (si possible en grec dans le texte) saura-t-elle avec (ou sans) Bérurier et consorts se réapproprier le monde de demain en réinvestissant le champ du politique, c.-à-d. celui qui ne se résume pas à une querelle de petites phrases assassines, marquetées et pré-emballées pour être digérées entre deux spots publicitaires. Parce que l’histoire ne s’est pas arrêtée en 1989 au pied du mur… Parce que le repli (identitaire, sécuritaire, corporatiste etc. à l’endroit comme à l’envers) n’a jamais soigné de la peur qui voudrait nous gouverner. Parce qu’avaler des somnifères puis des couleuvres en regardant la télévision ne fait toujours pas le bonheur. Enfin bref, vous êtes (sans doute) majeurs et vaccinés et vous savez (sûrement) ce que vous avez à faire. Parce que c’est bien dans le ”faire” que l’on apprend à être soi-même et à garder un œil et une oreille sceptiques face aux vicissitudes de la pensée préfabriquée, et particulièrement lors d’une année ”élective”. Enfin et pour finir sur une note plus "gaie", comme dirait Bérurier : ”Tant qu’y a du noir, y a de l’espoir !”. À bon entendeur…
Laurent Zine
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