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Sentez-vous cet air chaud ? Non, ce n’est pas encore celui du Zeph qui nous ventile comme chaque année son sable subsaharien, histoire de combler les rêves de plage au-dessus du pavé. Oui, c’est bien la température ambiante d’une planète bleue qui se rapproche chaque jour un peu plus du soleil… de plomb.
Je vous devine sensible au trou dans la couche d’ozone, au non-respect du protocole de Kyoto et aux conséquences désastreuses de la fonte des glaciers pour les générations futures (sic) tandis qu’en ce happy monday du 15 janvier, le susucre à sa mémère fond lui aussi lentement dans une tasse de café dégustée avec nonchalance sur une terrasse ombragée… C’est le printemps avant l’heure et vous auriez sûrement tort de ne pas en profiter alors que signe des temps, et comme dirait la mémère suscitée : “Tout fout le camp !” Sauf les personnes sans logis (cyniquement baptisées SDF) qui, elles, campent et squattent au coin de la rue et qui sont peut-être les seules à goûter aux avantages d’un hiver moins rude. A l’inverse des faces cramées endoudounées qui squattent plutôt dans les stations alpines. Quant à la vieille dame un tantinet prédicatrice, elle répond au sobriquet de “folle du quartier” du simple fait qu’elle parle souvent à haute voix et uniquement pour elle-même, déambulant au hasard des ruelles et des rencontres avec les badauds décontenancés par son œil extralucide, qui la croisent en baissant le regard ou en changeant de trottoir. A se demander de quoi peuvent-ils bien avoir peur ? Pour répondre, vous permettrez à Dada d’emprunter à Ted Joans (un obscur mais clairvoyant théoricien du black power) une jolie maxime : “Si un jour tu aperçois un homme en marche dans une rue bondée et qui se parle à haute voix, ne t’en va pas en sens inverse, cours vers lui car c’est un poète, et tu n’as rien à craindre du poète sinon la vérité.” La vérité, une denrée rare qui ne court actuellement ni les rues, ni les écrans, ni même les terrasses de café. Pourtant non, ce n’était pas “mieux avant”… Avant que El Niño ne se déchaîne aux 4 coins du globe, parce qu’il vaut toujours mieux qu’il pleuve des hallebardes que des bombes à neutrons. Mais à dingo, dingo et demi : la vieille dame nous susurre à l’oreille que ce monde ne sait aujourd’hui conjuguer que la fuite en avant (le pied au plancher !) et après, on verra… Va donc falloir vivre vite, même à se prélasser en terrasse, parce que lorsque l’on fuit en avant, il va sans dire que l’on réfléchit ensuite. Alors “courage, fuyons !” puisque cette histoire Dada sans queue ni tête, c’est bien la nôtre. Sans relation avec ce qui précède, c’est cependant le moment choisi par Dada pour revenir sur la destinée d’un homme qui n’a connu que la fuite en avant (sic, 2e), et ce, tout au long de sa vie…
Une vie tantôt à l’ombre tantôt au soleil, terminée un jour d’automne ’79 sur le bitume parisien, le corps criblé de balles shootées par la brigade antigang. Ecrite en taule 2 ans avant sa mort, l’autobiographie de Jacques Mesrine (L’Instinct de mort -393 pages - 20 €) vient en effet d’être rééditée aux éditions du Chien Rouge / CQFD. Un livre ou plutôt une baffe que l’on se prend en pleine poire, puisque le feu “ennemi public n° 1” n’a jamais eu pour habitude de prendre des gants et encore moins pour se raconter sans complaisance. “N’ayant plus rien à perdre, je m’étais décidé à jeter ‘ma vérité’ à la face de la société qui dans peu de temps serait chargée de me juger. Cette vérité pouvait être interprétée comme un défi. Un tueur décrivant ses meurtres allait révolter plus d’un citoyen… Les dernières pages d’un livre peuvent devenir les premières marches vers la guillotine. Cela n’avait pour moi aucune importance. Une cellule n’est rien d’autre qu’une tombe dont on soulève parfois le couvercle pour voir si le mort-vivant est toujours là.” Et la vérité” de Mesrine n’est pas forcément belle à entendre, quand on sait que l’homme a emprunté très jeune les itinéraires antisociaux conduisant à l’ultraviolence ; celle du “milieu” où seul le “plus féroce, le plus rusé et le plus dur a une chance de survivre” et celle “d’une guerre coloniale [ndlr : en Algérie] où un gouvernement laissa crever sa jeunesse tout en sachant l’inutilité de ce sacrifice”. De cavales en braquages, d’évasions spectaculaires en internement dans les quartiers de haute sécurité (QHS) en passant par l’assaut donné à un pénitencier canadien (!), l’histoire de Jacques Mesrine n’a rien d’un conte de fées. Elle témoigne néanmoins du refus viscéral d’un homme face à l’enfermement et d’un certain sens de l’honneur parfois associé au grand banditisme d’antan. Mais parfois seulement, parce que “le milieu n’est pas le monde de l’honneur et de l’amitié à toute épreuve comme trop de films le montrent à tort. A la vérité, c’est le monde de l’embrouille, de l’enculade, du m’as-tu-vu et de l’orgueil démesuré…” A 10 000 lieues des gangsters et autres serial killers qui nourrissent aujourd’hui le polar puis Hollywood Boulevard, la triste réalité de L’Instinct de mort supporte néanmoins la comparaison et fait froid dans le dos ; au point d’avoir été récemment adaptée à l’écran par Jean-François Richet, avec Vincent Cassel dans le rôle de Mesrine. Voilà pour les dernières nouvelles du front à Dada ; quant au côté R&R Guérilla de la présente chronique, on ne saurait trop vous conseiller 3 concerts triés sélectivement avec un inaltéré souci d’éclectisme : vous êtes ainsi conviés dans un premier temps le soir du samedi 3 février au Ground Zéro à Vaise, pour goûter à la furie épidémique de Comity, Overmars et Sun God Motel (ex-Blues Butcher Club), qui croiseront le fer du metal et de la noise bluesy la plus sombre… Un abonnement d’un an au présent canard (sic dernière) est bien évidemment offert à celui ou celle qui parviendra à chatouiller la moustache du troubadour en chef (occasionnellement surnommé Navette Spéciale) qui officie derrière le pied de micro du dernier groupe cité. Idem le week-end suivant avec le sauvage et infatigable Ted Milton, chanteur saxophoniste émérite du légendaire trio anglais Blurt, qui oscille depuis plus de 25 ans entre post rock, poésie tribale, free punk et folie pure ! Une séance musicale forcément hors norme à ne pas manquer le vendredi 9 février au Sonic. Le même soir sur les planches du centre Charlie-Chaplin, Gawa, le groupe de world berbère de la Croix-Rousse, donnera un concert dans un genre totalement différent mais non dénué de frénésie communicative (cf. Blurt). Accompagné pour l’occasion par 2 musiciens de l’Orchestre National de Barbès (ONB), Gawa saura guider vos pas vers la transe, enracinée à l’origine autant dans le chaâbi algérois que dans la chanson kabyle. A bon entendeur… azul chez vous !
Laurent Zine
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