/ DADA ROCK & ROLL GUERILLA / DECEMBRE 08

Nous vous parlions le mois dernier avec Dada de ces hommes qui marchent sur la tête… Et a priori tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque, concernant le marché, la finance internationale et les spéculations boursières, surtout rien ne change et tout est permis ! La règle, c’est donc qu’il n’y a aucune règle, et nos amis traders pourront ainsi continuer à jouer au poker avec la thune du contribuable, placer quelques devises dans les paradis fiscaux et s’essayer à la roulette russe en pariant sur des variations virtuelles… Ouf ! C’est la crise, mais faudrait surtout pas casser l’ambiance en cherchant des poux au marché. Lui ne connaît ni limites ni frontières, les peuples si. Et alors que cette planète tourne à l’envers, les électeurs américains ont néanmoins fini par renvoyer les vieux cow-boys & girls à mâchouiller du maïs, loin des yeux, loin du cœur, chez les tontons rednecks du Midwest sauvage. Ils pourront toujours se consoler en écoutant ZZ Top au volant de leur pick-up rempli de citrouilles. Et qu’ils n’hésitent pas non plus à se faire pousser la barbe pour singer leurs confrères de l’“axe du mal”. Bienvenue dans ce monde de dingues, Mr. Obama ! Sachez en revanche que si les scènes de liesse du 4 novembre, à Harlem ou ailleurs, faisaient plaisir à voir, la portée symbolique et l’espoir suscités par votre élection ne sauraient nous faire oublier que vous avez sacrément du pain sur la planche, ne serait-ce que pour remettre votre pays dans le sens de l’histoire. En parlant de sens, on est en droit de se demander jusqu’où la vieille Europe et la France en particulier continueront de façon passéiste à marcher à reculons. Là où il fait bon être un homme blanc chrétien de plus de 50 ans pour accéder à toutes les sphères du pouvoir. Là où, contrairement aux Amériques, l’immigration qui a façonné nos sociétés à travers les siècles est aujourd’hui totalement stigmatisée. Là où, Mr. Obama, vous ne risqueriez pas d’être élu, ni maire, ni député, ni évidemment aux plus hautes fonctions de l’État. Là où, enfin, on a décidé qu’il serait approprié d’accueillir début novembre le “Conseil européen sur l’immigration et l’intégration” à… Vichy. Une belle initiative sans provocation aucune de notre très cher ministre chargé (entre autres) de l’“identi-té nationale”. Né en 1958 à Neuilly-sur-Seine (le fief du Petit Napoléon… cf. Victor Hugo), notre gai luron de ministre était de surcroît dans sa tendre jeunesse un étudiant membre actif de groupuscules d’extrême droite. Très “nice” le Brice, en quelque sorte. En 1958 naissait également la Ve République, après la IVe donc, et après la 2e guerre mondiale pendant laquelle allaient mourir dans les camps des dizaines de millions de personnes déportées (en raison de leurs race, religion et opinions politiques), avec la collaboration en France du régime de… Vichy. Non, vraiment, ce parallèle est trop manichéen ! Pendant que nous y sommes, nous pourrions également demander à des affreux gauchistes ce qu’ils pensent de cette “affaire” alors qu’ils ne comprennent absolument rien aux bonnes mœurs des bonnes gens de Neuilly. Dada s’interroge en revanche : qu’en penserait ce général aux grandes oreilles qui prit en main les destinées de la Ve République ? Réhabiliter une station thermale au nom de la réconciliation nationale. Pas évident qu’il apprécie, non ? L’argument de Brice le “nice” ? Il faut savoir tourner la page et renvoyer ce passé (pour le moins peu glorieux) aux poubelles de l’histoire. C’est d’ailleurs comme cela que la France n’a jamais réglé les problèmes inhérents à son passé colonial. Un poste de secrétaire d’État à l’Intégration, ça vous tente, Mr. Obama ? Les leçons du passé, il faudrait pourtant savoir les retenir pour ne pas constamment opposer les gens selon leurs origines : un savoir-faire très français, bientôt emmuré à l’intérieur de l’espace Schengen. Notez en sus qu’une république sans mémoire, à terme ça s’appelle une dictature, monsieur le ministre bouffon du roi. Alors vous pouvez continuer à vous reproduire entre vous à Neuilly ou à Vichy ; avec Dada, ça ne nous intéresse pas. Sur ce… et pour finir bien mélangés à 10 000 lieues des franchouillards, nous vous donnons rendez-vous par exemple le 3 décembre au Double Mixte à la Doua pour le concert d’Asian Dub Foundation et le 5 décembre au CCO pour apprécier le punk rock manouche des New-Yorkais de Gogol Bordello. En hommage à leur chanteur cinglé et originaire de… Tchernobyl, nous vous souhaitons d’éblouissantes irradiations de fin d’année et bien évidemment un Happy New Yea(h)r !! À bon entendeur…

Laurent Zine