/ DADA ROCK & ROLL GUERILLA / AVRIL 2008

Bonjour chez vous. Surtout dans les villes où le "nain à impériale" s'est pris quelques retours de manivelle. Et puisque l'on cause outillage auto, vous avez peut-être vu la campagne de pub pour la dernière berline échappée des chaînes de production de "la Peuge" (voir un lexique du mouvement ouvrier) à Sochaux-Montbéliard. Non ? Ben vous ne perdez rien pour attendre. En résumé, on y annonce, sûr de son génial concept postmoderne, que 20 % du parc automobile français est constitué de vieilles bagnoles qui souillent à tout-va (60 % de la pollution émise) notre chère atmosphère, si prisée par l'industrie en général et par celle des constructeurs automobiles en particulier. La solution pour la marque au lion est on ne peut plus simple : balancez votre charrette séculaire à la casse et courez acheter la nouvelle et rutilante 308 ! C'est simple comme bonjour. Et c'est peu de dire qu'ils sont forts en statistiques à la Peuge quand il s'agit de vendre une voiture aux alentours de 20 000 €. Question Dada : oublie-t-on volontairement d'englober dans ces statistiques les hordes de 38 tonnes et autres 4 x 4 ? Question de mon chien stupide : si on vous dit que quasiment 100 % des propriétaires de ces antiques carlingues n'ont pas les moyens de se payer une berline et peut-être même pas l'envie, vous les traitez encore de salauds de pollueurs ? En définitive, cette publicité n'est que la face cachée d'un iceberg (en train de fondre) : depuis que l'"écologie" est devenue un thème porteur de campagne (économique ou politique), il est de bon ton de culpabiliser l'individu lambda (par exemple cet affreux jojo qui roule en 4L) en dédouanant dans le même temps les conglomérats industriels (pétrochimiques ou non), les États (non-signataires du protocole de Kyoto) et les constructeurs automobiles (géniteurs de cette société du "tout en camion") ; c'est-à-dire les vrais responsables de l'effet de serre. Et cette logique de diabolisation et/ou d'infantilisation du citoyen, du jeune, de la femme, du déviant, du pauvre (etc.) et donc de l'individu en général, elle s'inscrit plus généralement dans le cadre (non renouvelé) du gouvernement des hommes, qui nous prescrit la peur au ventre pour notre "bonheur" et surtout pour éviter que l'on ait envie de bouger une oreille. Peur du bruit et de la fumée, peur de la loi, peur de perdre son job, peur de l'autre… Chaque jour, un peu plus peur aux actualités et le tour est joué. On devine pourtant depuis des lustres qu'une société sans risques, ça n'existe tout simplement pas. Et la frilosité comme système de pensée adoubé au repli sur soi-même, on sait aussi par expérience historique où ça nous a menés. "Savoir vivre", c'est déjà tout un programme (!) qui se marie mal avec la peur du risque au quotidien, et nous avons tous, quoi qu'il en soit, un jour rendez-vous avec la grande faucheuse, alors…

Bonjour madame et place aux concerts du mois susceptibles de vous décoller rétine, tympans et mâchoire dans le même temps ! Et à ce jeu du lessivage sonore savamment orchestré, le festival Avatarium fait figure d'orfèvre, alors revenons vite à Saint-Étienne, comme le mois dernier, afin de célébrer sa déjà 9e édition. Cette année encore, il y en aura pour toutes les oreilles. Entre du hip-hop qui décoiffe les méninges (La Gale, Casey, le Collectif Mary Read et Malikah de Beyrouth), de la noise core groove qui parle au ventre (Double Nelson, Gerda et les Magik Markers de New York) et des musiques électroïdes innovantes (DJ Grovsoper, Antoine Chessex de Berlin), la programmation du festival se pose là, mais, encore une fois, Dada a surtout envie de mettre l'accent sur la façon de faire "Avatarium". Ainsi le festival se déroulera du 10 au 12 avril sur le parvis du musée de la Mine, sous un chapiteau baptisé le Super Étoile Rouge : un lieu magique, comme son nom vous l'indique. "Le choix du musée de la Mine est pour nous une évidence, et le faire découvrir c'est le faire vibrer… Nos [contre] cultures doivent vivre ici, car, ICI, le cri de l'artiste entre en résonance avec toutes ces vies de labeur… comme une vision de ce que nous sommes, un aperçu des choses auxquelles nous aimerions croire. Aussi, à l'heure des devoirs de mémoire, nous dédions ce festival Avatarium 2008 à tous ceux qui courbent l'échine sous le mouvement perpétuel de leurs luttes et créations car ils sont aujourd'hui nos mineurs du Fond."

C'est dit. Sachez simplement que toutes les infos sont disponibles sur www.avataria.org et que c'est La Barricade (fabuleuse chorale de chants des révoltes populaires) qui "ouvrira le bal" dès 19h30 le samedi 12 à l'intérieur du musée. Et là encore, Dada vous prédit un moment d'une rare intensité. On finit avec 2 rendez-vous au Sonic absolument impitoyables pour nous, pauvres mortels. Le mardi 22 avril, dans un 1er temps, ce sont les légendes du punk hardcore de Portland qui feront le déplacement, les MDC (Millions of Dead Cops, Millions of Damn Christians…), qui avaient perpétré le dernier concert du feu Pez Ner : ainsi la boucle est bouclée. MDC, éternels activistes depuis 1979 (avec leur compère Jello Biafra), qui seront pour l'occasion "galamment" accompagnés par des pop riot grrrls de Washington, Partyline. Autant dire que ça promet, et il nous faudra bien une semaine pour se remettre avant de revenir au Sonic pour le "Marseille trop puissant" tour en version ultra-saturée. La belle équipe susnommée associera le mercredi 30 avril la furie 25 au mur du son Binaire ; 2 groupes phocéens qui ont oublié sur le vieux port le rap ragga pastaga à papa et qui retrouvent sur scène leur vraie nature chaotique dans une orgie de décibels. Une véritable attaque sudiste, complétée par Servo, punks rockers originaires de Montpellier-les-Bains. La seule inconnue concernant finalement sister météo, qui elle seule pourra autoriser le Sonic à revêtir sa terrasse d'été, et vogue les plongeons dans la Saône à la recherche du silure argenté. À bon entendeur…

Laurent Zine