Von Magnet

On peut en dire des choses sur la musique des Von Magnet, les termes se croisent, s’entrechoquent : électro-indus-oriental-flamenco-mutant. Ce qui est sûr, c’est que chaque prestation scénique du groupe reste un énorme souvenir visuel et sonore. Aujourd’hui paraît un nouveau disque sur le label Jarring Effects, qui continue sur sa lancée, et c’est presque à chaque fois du nanan pour l’auditeur. Mais revenons à ce disque au titre sombre, Ni prédateur ni proie (Jarring Effects), dont la musique s’échappe comme une longue mélopée en télescopage avec une sorte d’intemporalité, en toile de fond le rapport Nord-Sud. Le collectif français formé autour de Phil Von et de Flore, maîtres du vaisseau, a suà chaque fois s’entourer de musiciens qui portent la musique sur le chemin choisi. Là, les percussions des Gnawas de Fès pulsent la musique en harmo nie avec la musique électronique, et la rencontre est de haute voltige. Entre les mélodies, les silences, les frottements, le climat qui s’échappe de ce disque est comme la bande sonore d’un film qui parcourt notre conscience : “Là, entre partial / impartial, Nord / Sud, subjectif / objectif, Orient / Occident, lâche / héros, pauvre / riche, indifférent / partisan… Nous resterons mains nues, tels des enfants étonnés et turbulents dansant sur un champ de mines.” Les voix sont toujours aussi importantes, la musique du groupe a encore pris de la profondeur, on suit ce parcours entre les voix, celles des enfants de Mostar, celles des films d’Amos Gitai et d’Hany Abu-Assad et celles de Phil Von et de Flore. Il y a les doigts de fée de Norscq pour le mixage de l’album. Ni prédateur ni proie est un album magnifique.

Bruno Pin

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