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EZ3KIEL
Voilà bien le genre d'objet qui mérite une attention particulière. Parce qu'Ez3kiel n'a jamais fait aucune concession à son travail ni à son identité artistique. Parce que leur musique est un tout qui doit s'apprivoiser mais qui garde toujours sa part de secret. Parce qu'il est impossible de leur coller une étiquette et qu'on navigue à vue dans leur magma sonore, en quête d'une clé pour entrer dans leur univers et d'une lumière diffuse pour éclairer la noirceur qui les environne. BattleField (Jarring Effects / Discograph) ne déroge pas à la règle. C'est beau parfois à vous donner des frissons (Lull), très atmosphérique, mais aussi glaçant et sinistre, voire inquiétant. Démarrage flippant avec Adamantium, enchevêtrement de sons bizarres et de parasitages, la tension est à son maximum. La suite alterne forces obscures et partitions plus stratosphériques, comme si l'espoir pointait son nez (The Wedding).
Rythmique cadencée parfois limite métal, batterie indus, bidouillages torturés, riffs lourds, grosses basses menaçantes, son énorme qui enfle en puissance, vocaux qui arrivent à point nommé (Narrow Terence sur Spit on the Ashes / MC BluRum 13 sur le cristallin Alignment) : les morceaux sont longs et développent des thèmes à n'en plus finir. Jamais là où on les attend. Ici et là, une trompette, un accordéon, un carillon allègent ces atmosphères plombées et font gage d'espérance. Au final, 11 titres qui s'écoutent de bout en bout comme une histoire dont on ne verrait jamais la fin et qu'on recommencerait sans cesse. Très bel objet sonore qu'on vous recommande à tout prix. À (re)voir live urgemment.
Anne Huguet / Février 08

Bienvenue dans l'univers virtuel d'Ez3kiel, un groupe qui cultive l'insolite en versions multiformes. On savait déjà, pour les avoir vus et revus sur les planches, que le trio a toujours eu une propension à s'entourer d'images, le plus souvent échappées du cerveau en ébullition de son bassiste, puis modelées et projetées sur scène en simultané avec leur musique hybride (entre électro, rock, noise, symphonie ou dub sombre), créant ainsi une atmosphère forcément à part… et souvent prisée par un public exponentiel. Ce nouvel opus - Naphtaline (Jarring Effects / Pias) - s'inscrit parfaitement dans cette logique qui marie les images et les sons dans un monde rêvé, à la fois mécanique et féerique, mais difficile à décrire ici. Sachez simplement qu'il est conçu pour l'abandon de soi en des paradis virtuels, amalgamant dérive contemplative et plaisir pour les sens. Ainsi pourra-t-on présenter ce double disque comme un "concept album" (!), sachant qu'il s'articule d'emblée autour de 12 tableaux numériques interactifs (en DVD-ROM avec des bonus vidéo) et que le CD qui l'accompagne, dans lequel piano et violons mènent le bal, sert avant tout de BO aux dits tableaux. Une musique mélancolique en lévitation qui aspire au calme sans vraiment la tempête, quelque part entre un Yann Tiersen des bons jours et un Chopin revisité électro. Puisque l'on vous dit qu'Ez3kiel faisait figure d'ovni dans la scène française… Nous restons cependant dubitatifs quant à l'"interactivité poétique" de la chose et circonspects quant à la référence du titre à une substance antimites… Mais l'essentiel est bien que ce disque peut se regarder droit dans les yeux. Dernière minute : le projet multimédia Naphtaline sera présenté pendant les Nuits sonores, à la galerie des Terreaux, les 18 et 19 mai prochains.
Laurent Zine / Mai 07
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