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  JANVIER N°34  


Self-Hybridation, 1998 Orlan©

 

Orlan
de la Biennale d'Art Contemporain
au Pez ner

La présence de l'artiste arrive à un moment "creux de vague" dans l'art contemporain de notre ville, si ce n'est l'exposition d'Ernest Pignon-Ernest au Rectangle. Entre la prochaine exposition du Nouveau Musée de Villeurbanne qui ne saurait tarder et une exposition bandes dessinées (?) au Musée d'Art Contemporain qui prend fin, l'amateur ne trouvera pas grand chose à se mettre sous la dent.

Marie-Claire Cordat qui s'occupe de la section Arts Plastiques au Pez ner commence l'année en programmant Orlan, une artiste d'envergure internationale, pour une conférence ayant pour titre : L'art charnel.
On se souvient des écrans qu'Orlan avait installés pendant la 3ème Biennale d'Art Contemporain. Ecrans diffusant les vidéos d'interventions chirurgicales : défiguration et refiguration. L'artiste poursuit son travail (ses travaux). Mise en avant du corps, mise en demeure des souffrances, mise en scène de l'opération-chirugicale-performance. Orlan joue avec son corps, repoussant les règles établies, l'invisible devient le visible : "Quelques mots sur ces images que vous allez probablement voir avec difficultés, pardon de devoir vous faire souffrir, mais sachez que moi je ne souffre pas; hormis comme vous, lorsque je regarde les images".

Entretien avec Marie-Claire Cordat

Depuis la rentrée, les expositions permanentes ont laissé la place à des installations plus importantes dans un laps de temps plus court.
Pendant deux ans d'activité, les expositions étaient de simples accrochages aux murs. J'aime beaucoup trop l'installation, le côté performance et l'art contemporain pour en rester à de simples accrochages. Ce qui me semble important, c'est d'utiliser l'espace du Pez ner, ce qui me permet de proposer à des artistes cet espace, qui est très connoté, tel qu'il est, en leur demandant de l'investir. Je veux aborder la notion d'installation et de performance, et puis changer, ne pas faire que des expositions “d'art pornographique”, là c'est une autre dimension. Je veux étendre le sujet à quelque chose de bien plus important et retrouver les mêmes connexions, toujours par rapport au corps.
La venue d'Orlan, c'est une reconnaissance pour les arts confondus dont tu t'occupes au Pez ner ?
Je trouve ça très bien. Dès le départ j'ai donné une thématique aux expositions sur ce qu'était le corporel. Je me disais que je n'avais pas le droit de ne pas inviter Orlan. Outre ses performances chirurgicales, elle donne dans la philosophie, la sociologie, l'ethnologie, l'anthropologie, elle pose les questions sur les nouvelles technologies, il y a vraiment de quoi faire une vraie conférence, un vrai débat à partir d'Orlan.
Elle semble évoluer vers un art moins "art choc", le traitement des photographies par l'informatique par exemple.
C'est vrai qu'avec les découvertes des nouvelles technologies, elle a aussi tendance à dévier son travail. Elle fait des métamorphoses de son propre corps par ordinateur.
C'est moins violent qu'une opération.
C'est moins violent, mais c'est toujours pareil. C'est une grande artiste qui est partie d'un concept qui est l'art corporel, avec une vraie définition, et en fait elle essaye d'évoluer à l'intérieur de ça. Ce qui est bien, car on voit certains artistes qui bloquent à une certaine période, on ne voit pas l'intérêt de bloquer uniquement sur le côté choc ou performance chirurgicale.
C'est ce que l'on peut reprocher aux performers autrichiens qui n'en finissent pas depuis trente ans de s'asperger de sang.
Exactement, ils n'ont pas su évoluer. Orlan c'est quelqu'un qui fait de la recherche, elle est une œuvre d'art, mais jamais finie, c'est une œuvre d'art en perpétuelle évolution. C'est ce qui est intéressant, c'est qu'elle cherche plus loin, toujours mieux. En ce moment elle travaille sur les schémas de beauté précolombiens, sur la déformation des crânes, c'est encore une autre étape de son travail. C'est aussi le fait de s'attaquer à la société de consommation.
Il y a une soirée cinéma le 23 janvier avec entre autres Nam June Paik qui était aussi à la troisième biennale, ils arrivent tous au Pez ner.
On a échangé avec Raspail, moi je vais essayer de faire de l'art contemporain avec toutes les contraintes chiantes, et lui fait de la BD, il se prendra moins la tête. D'ailleurs c'est lui qui m'a présenté Philippe Droguet, il devait le trouver trop pénible. Pour la soirée cinéma c'est des nouveautés du cinéma expérimental de cinéastes peu (Vincent Grenier...) ou plus connus (Nam June Paik). Philippe Droguet est un artiste d'art contemporain qui a déjà exposé dans plusieurs musées en Europe. Le Pez ner l'intéresse parce que c'est un lieu connoté et il a envie d'exposer son travail, qui est un peu précieux. Je pense qu'il va faire pour le Pez ner quelque chose de très beau, de très unique, qui demande beaucoup de travail, parce qu'il va mettre une structure de sept cent kilos au plafond du Pez ner. Il y aura aussi une installation dans l'espace des Arts Confondus et il veut que le lieu devienne une œuvre-d'art générale. Pour lui c'est l'occasion de faire un travail unique, performant, et pour moi ça transforme entièrement le lieu.

Bruno Pin