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1999

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  JANVIER N°34  


Eric Bernath©

 

Elizabeth Macocco
comédienne

Elisabeth Macocco participe à l'aventure artistique de l'Attroupement et de l'Attroupement 2, elle joue pour Denis Guénoun, Patrick Le Mauff, Michel Raskine et bien sûr Dominique Lardenois avec qui elle fonde la Cie Théâtre et Faux-Semblants en 94. C'est la même année qu'ils prennent la direction du Centre Léonard de Vinci,
Fière de ces cinq années de direction l'équipe Macocco/Lardenois continue son travail vers le public, jouant la carte de la diversité et de la fidélité avec certains artistes (Josette Baïz, Zic Zazou...). Cette année le nombre des abonnés dépasse les 1000.
Ce début d'année et la reprise de L'usage de la Vie de Christine Angot est l’occasion d'une rencontre avec Elisabeth Macocco

S'il est des pièces qui ont marqué le paysage théâtral dans notre région la saison dernière, l'Usage de la Vie fait assurément partie de celles-ci. La presse ne s'y est pas trompée, chacun poussant le spectateur à aller voir cette pièce, reconnaissant le talent de comédienne d'Elisabeth Macocco, sans oublier la mise en scène de Dominique Lardenois.
Christine Angot écrit ce que d'autres taisent ou osent à peine chuchoter. Pour se faire entendre, quelque fois il faut crier plus fort que les autres. Ecrire sur l'inceste relève du défi. Une pièce forte qu'il faut aller découvrir en ce début d'année.

Comment s'est passée pour toi l'immersion dans l'univers de Christine Angot ?
Ce fut un travail et un plaisir sur la longueur. Ce n'est pas comme quand on t'amène un texte et qu'on te sollicite pour rentrer dans le désir d'un metteur en scène. Là, il y avait depuis un certain temps, l'envie un peu générale de travailler sur une écriture un peu neuve, un peu directe comme l'est celle de Christine. Après, le travail du spectacle, c'est une deuxième chose. Christine avait fait son travail d'écriture, il a fallu que Lardenois s'en accapare et fasse sa propre œuvre, sa propre marque aussi par rapport à ce projet, qui jusqu'au moment où le texte est arrivé, était plutôt porté par moi. Ensuite, c'est moi qui ai dû rentrer dans l'univers que Lardenois mettait en place. Comment traiter le rapport au refus de la fiction ?, comment traiter le rapport entre la pensée et le présent ?, entre le passé et le moment qui est vécu, le moment de la représentation ? Puisque sa fiction à elle, qui est quand même une fiction, c'est le rapport à la représentation.
L'Usage part en tournée, c'est une pièce qui fonctionne bien ?
Oui, en ce début d'année il y a vingt représentations, ce qui n’est pas mal pour un spectacle qui est assez lourd techniquement. Une tournée principalement en région, avec une incursion du côté de la Bourgogne. Ensuite nous espérons faire une reprise parisienne, soit à la rentrée soit sur la saison 99-2000.
Un autre projet, c'est La vie a deux de Dorothy Parker qui va être jouée en mai au Théâtre des Marronniers ?
Qui va être lue aux Marronniers et créée dans sa forme définitive un peu plus tard, pour la rentrée 99.
C'est sous la forme d'une lecture-spectacle ?
Oui, c'est une lecture qui est travaillée, comme Belle du Seigneur pouvait l'être. Je pense qu'il y aura une deuxième phase de travail. Le texte s'y prête, c'est un texte étonnant, c'est très drôle, très caustique et ça permet vraiment de construire quelque chose de beaucoup plus scénique. Je crois que Dominique Lardenois s'est accroché avec le texte et cet univers, il va sûrement mijoter un petit quelque chose de particulier.
Est-ce qu'il y a des envies de textes que tu n'as toujours pas joués qui restent en suspend ?
Il y a toujours des tas d'envies quand on aime les textes, que ce soit dans le répertoire, ou dans ce qui peut s'écrire aujourd'hui ou qui peut se provoquer aujourd'hui. Je suis une amoureuse des textes, j'en lis beaucoup, oui, il y en a heureusement.
Et des projets qui n'ont pas abouti ?
Je pense que quand les choses doivent se faire, elles se font. Je crois que quand il y a une envie, elle prend son temps, elle se développe, elle travaille. C'est vrai que la thématique qui se développe en partie avec l'Usage de la Vie, qui est le rapport d'une écriture contemporaine ou non d'ailleurs, entre ce qui est vécu et comment ce vécu peut devenir sujet de fiction, c'est une thématique qui m'intéresse depuis longtemps, que ce soit à travers des lectures que j'ai faites sur des textes de Romain Gary qui développent un peu ça, un projet que nous avons mené pendant un certain temps et qui a abouti à une sorte de lecture-spectacle amélioré dans lequel il y avait déjà de la musique très présente et de la vidéo, qui était un projet sur les Brontë. J'avais lu les 15 000 pages des Brontë et on avait comme ça une sorte d'expérience, un chantier qui durait deux heures, ensuite pour des raisons diverses, ce projet n'a pas trouvé son aboutissement. Curieusement, la thématique a frayé sa route à travers la rencontre avec Christine Angot et la propre thématique d'écriture qu'elle développe.
Comment gères-tu ton temps entre ton travail de comédienne et la direction du Centre Léonard de Vinci ?
Le Centre Léonard de Vinci est prenant, parce qu'il y a beaucoup de spectacles, parce que ça marche bien, ça se passe bien avec l'équipe du centre et on est content du travail mené depuis cinq ans. Ce n'est pas pour rien que nous sommes deux, pour pouvoir être très présents sur place au moment des spectacles, mais ça permet aussi à l'un ou à l'autre de travailler avec d'autres gens.
Le travail avec les compagnons vient de prendre fin, pour toi comment s'est passée cette expérience de deux ans ?
J'ai eu beaucoup de plaisir à mener cette aventure, il y avait une dimension dans le projet qui était vraiment très importante : d'accompagner les compagnons pendant ces deux ans. Quand on installe quelque chose dans la durée avec des gens qui sont jeunes, il y avait un rapport à la fois, non seulement d'enseignement, mais aussi plus de transmission, ce qui est toujours une chose agréable, et puis aussi le fait que la durée permet de se connaître vraiment, de rentrer en sympathie plus ou moins avec les uns ou les autres. Le théâtre c'est aussi un compagnonnage humain. C'est peut-être une expérience que nous recommencerons, c'est quelque chose qui nous trotte dans la tête, mais il faut un temps de latence, les gens ne sont pas interchangeables non plus. Il faut le temps de prendre du recul pour voir comment l'expérience peut se renouveler, d'une manière plus forte, comment il faudrait la réorienter.

Bruno Pin