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Depuis 25 ans, le chômage frappe de plein fouet les sociétés occidentales et la France en particulier sans que jamais aucun gouvernement n'ait su proposer des solutions radicales et/ou des nouvelles pour enrayer le fléau. Force est de constater qu'il s'agit seulement de "gérer la crise" pendant que des millions de personnes se retrouvent progressivement dans des situations de précarité extrême : en dessous du seuil de pauvreté, sans travail, voire sans logement. L'économique mondialise dicte désormais sa loi au politique, qui pour garantir sa survie (sa réélection), dissimule son impuissance derrière une myriade de mesures catégorielles et surtout provisoires qui ne règlent surtout rien au fond du problème. Les solutions, si elles existent, ne pourront être que novatrices et extrêmes, nécessitant obligatoirement un changement profond au niveau des mentalités, concernant ce qui sera la solidarité de demain. De nos jours, la philosophie du temps libre a largement pris le pas sur la conception marxiste du travail comme essence de l'homme, il n'en demeure pas moins que le travail est encore aujourd'hui l'unique moyen de justification sociale et bien sûr de subsistance. Paradoxe quand on connaît les méfaits psychologiques, familiaux... liés à certaines conditions de travail (cf. interview de Christophe Dejours, psychologue du travail). Pas si loin les temps modernes. Simplement les mêmes effets pervers sont démultipliés lorsqu'ils concernent la tranche de la population privée d'emploi, le plus souvent exclue du champs social et politique. Depuis quelques années, ces mêmes "exclus" tendent à devenir de moins en moins invisibles, et de s'organiser en associations représentatives et revendicatives (D.A.L, A.C !, Nouvelles Solidarités Face au Chômage...). Phénomène novateur qui, en dehors des clivages politiques et des structures partisanes ou syndicales (et toute la France corporatiste), interpelle forcément sociologues et décideurs, voire la population entière n'étant plus à l'abri de la précarité. Ainsi, la bourse n'en finit pas de battre des records, la pensée néo libérale n'a jamais été aussi bien "entretenue" par les médias, les tenants d'une certaine construction européenne et par les représentants des grands trusts d'entreprises. Pourtant dans ce contexte, la "base" associative se risque à parler du besoin urgent d'avancées sociales pour éviter dans l'avenir, cette société à deux vitesses, qui nous est promise. La création au théâtre de Vénissieux de la pièce Travaille! Travail, reprise prochainement au théâtre de la Croix-Rousse, a été pour nous l'occasion d'approfondir ce thème du "non travail", sans viser l'exaustivité mais simplement en donnant la parole à des intervenants, qui au jour le jour, au sein de leurs associations, côtoient les problèmes liés au sous- emploi et se proposent d'y apporter des solutions.

Souffrance en France - Christophe Dejours - Ed. Seuil - 197 pages

Dans un contexte où l'on tire profit de la fracture sociale (le cri de Vivianne Forrester dans L'horreur économique, le prêche suave d'Ignacio Ramonet dans Le Monde Diplomatique ou les chuchotements théoriques d'Emmanuel Todd dans L'illusion économique) l'ouvrage de Christophe Dejours, psychologue spécialisé dans le travail, s'éloigne de ces analyses un tantinet théoriques pour mettre le cap vers une approche psychologique des causes de ce déchirement social en proposant un éclairage fort audacieux mais non dépourvu de pertinence sur les causes de la précarité professionnelle et de son corollaire, le chômage.
Dejours considère qu'au-delà des explications d'ordre macro-économiques (la mondialisation et l'empiétement de l'économie de la spéculation sur celle de la production) ou d'ordre politique (le recul voire la démission des garde-fous de la démocratie tels les syndicats, l'école, la presse et les partis politiques d'opposition) il faut désormais s'intéresser à l'aspect psychologique de tous ces cadres qui s'inscrivent à des DESS option licenciement dans lesquels ils sont formés à "la traite d'esclaves" sur leurs salariés subordonnés. L'effroyable excès de zèle de ces cadres est comparé à celui des fonctionnaires et militaires nazis pour lesquels la souffrance d'autrui adoptait une forme évanescente. L'agressivité et le manque de compassion des cadres ne seraient qu'une stratégie de défense pour lutter contre la peur d'être éjectés du système. Licencie avant qu'on ne te licencie, serait leur credo.
L'auteur souligne alors la fâcheuse conséquence de cet égoïsme exacerbé. On assiste au lugubre spectacle de la banalisation du mal qu'il définit par "l'atténuation de l'indignation face à l'injustice et le mal". Cynisme et déni de la souffrance d'autrui dédramatisent les douleurs du travail. A la tête du système, les leaders "pervers et/ou paranoïaques" dirigent des cadres soucieux de conserver, coûte que coûte, leur statut. Les cadres malmènent, ainsi contraints, la masse de salariés qui, à leur tour, abandonnent leur désir de protestation de peur d'être licenciés. Le rouage tourne trop parfaitement pour que ceux qui en profitent le remettent en question. Toute opposition à la locomotive néolibéralisme serait vaine du fait qu'elle se heurterait à l'impossibilité de mobiliser la masse des salariés qui adhère, par obligation, au système.
Dejours clôt son analyse par une note encore plus noire. L'idéologie néolibérale aurait endossé les habits de ce qui est inévitable, à l'instar de la loi de la pesanteur, ayant réussi ainsi à faire passer une idéologie pour une loi universellement incontournable.
Le psychologue du travail Christophe Dejours a défriché pour 491 les rouages du système du travail tels qu'ils se présentent aujourd'hui en mettant l'accent sur ses méfaits psychologiques. La limpidité et lucidité de son analyse apportent un bol d'air frais à la compréhension d'un univers étanche où règnent trop souvent les non-dits et les préjugés. Dejours démonte l'atmosphère fataliste à laquelle on est trop habitué pour nous rappeler que le néolibéralisme n'est là que grâce à la volonté politique de ceux qui en tirent profit.

Vous abordez le problème de la "banalisation du mal". Comment ce problème se répercute-t-il concrètement dans le monde du travail ?
Dans l'entreprise aujourd'hui il y a des gens qui font des choses graves. On apprend dans les entreprises à participer à des actions que pourtant on réprouve. Par exemple les plans de licenciement, le recours à la sous-traitance et à la sous-traitance en cascade. Il y a toute une partie du travail, y compris dans les grandes entreprises françaises, qui est faite par des gens qui finalement ne sont pas payés et sont en situation de contrainte par la force parce que s'ils ne se soumettent pas, ils sont raccompagnés à la frontière.
Qui bénéficie réellement de la précarisation du travail et de l'accélération de la fracture sociale ?
Le bénéfice principal c'est pour les actionnaires des conseils d'administration. Ce sont eux qui sont vraiment les grands bénéficiaires du système. La vraie énigme c'est comprendre pourquoi les gens acceptent à la fois d'infliger des actes qu'ils réprouvent comme les plans de licenciement, la sous-traitance, et d'en subir d'autres comme l'augmentation de la durée du travail, l'utilisation des stagiaires qui ne sont pas payés. On fait payer l'assurance de ces stagiaires par l'université pour pouvoir les faire travailler pendant un an sans être rémunérés. Des gens qui sont très diplômés, des thésards travaillent dans des laboratoires qui ne fonctionnent que comme ça. Et après un ou deux ans de travail ils sont remerciés.
Quels méfaits psychologiques la précarité et le chômage entraînent-ils sur les personnes souffrant de cette situation ?
Les symptômes sont nombreux. La peur est apparue dans le monde du travail. Après il y a la souffrance morale qui est en rapport avec le conflit moral d'avoir à faire des choses qu'on réprouve. Il en découle une construction de stratégies de défense contre cette souffrance. Et cela contribue à faire le malheur des autres. En occultant ma propre souffrance je deviens imperméable à la souffrance de l'autre et là, on est tout proche de l'aliénation. Les différentes formes de maladie sont d'abord les actes de pré-violence où l'on est juste à la limite de la violence. Ces actes sont commis par des gens individuellement qui sont dans un état psychique anormal. Ces actes de violence sont en fait des actes médico-légaux. Il y a aussi les suicides. Une autre pathologie est celle du surmenage comme les lésions par efforts répétitifs (LER ou TMS) même pour les gens qui font de l'ordinateur et le "karôshi" qui est une maladie qui a été décrite au Japon qui consiste en une mort subite de quelqu'un de jeune par surmenage au travail par arrêt cardiaque ou hémorragie cérébrale.
Est-ce que tous les dirigeants ont un profil de type "pervers et paranoïaque" ?
Pas tous bien sûr. Mais pour beaucoup d'entre eux ils sont obligés de fonctionner comme des pervers. Ils sont en position perverse. Ils font des choses très dures et cyniques et en même temps ils sont capables de beaucoup de gentillesse avec leur famille et enfants. Ils sont obligés de fonctionner sur deux registres différents.
Le néolibéralisme revêt les habits de ce qui est inéluctable. La classe politique serait-elle vraiment impuissante face à ce phénomène ?
Le néolibéralisme n'est qu'une forme du libéralisme. Cette évolution néolibérale est-elle nécessaire et inévitable ? Pas du tout. Il n'y a pas de système qui fonctionne par une espèce de logique interne qui s'imposerait à nous de l'extérieur. Pour qu'un système marche il faut que les gens y apportent leur concours sous la forme du zèle. C'est le cas du néolibéralisme. L'homme peut changer le système et possède donc une marge de liberté importante.

Entretien avec B. Van Kote,
représentant à Lyon de trois associations qui œuvrent pourles chômeurs.

Alerte, associations.
Il existe au niveau national un réseau alerte constitué d'une trentaine d'associations dont le rôle est d'aiguillonner les pouvoirs publics pour tout ce qui concerne les projets de loi sociale, pour envisager la situation réelle des chômeurs et précaires, pour que les décideurs politiques répondent à une question cruciale pour l'avenir : "quelle société voulez-vous ?" A mon niveau, je fais donc partie de trois d'entre-elles : Nouvelle Solidarité face au Chômage qui s'implique dans le partage des revenus pour créer de nouveaux emplois et dans l'accompagnement à long terme de personnes au chômage afin de leur garantir un "état d'employabilité" pour l'avenir. L'ADI qui œuvre pour le droit à l'initiative économique des chômeurs : après étude de cas, il s'agit de leur accorder des prêts pour la création de petites entreprises. Enfin Nouvel Equilibre dont le cheval de bataille est la réduction massive du temps de travail ! "Travaillons moins pour travailler tous" en prévision de la semaine des 32 heures.
La tribune des exclus.
Il existe donc deux types d'associations complémentaires en la "matière" : celles constituées de personnes de tout bord qui agissent contre le chômage et celles constituées justement de chômeurs qui en plus revendiquent pour eux-mêmes. Le fait est que d'une façon ou d'une autre, des gens a priori exclus du champs politique parce que peu mobilisables, peuvent désormais devenir des interlocuteurs à part entière. La réalité c'est depuis longtemps, une quasi inexistence de la représentation des chômeurs, population disparate mais tendant à grossir (...) la tendance s'inversant depuis quelques années grâce au tissu associatif. L'actualité s'orientant vers un début de reconnaissance. Cette prise de parole est une grande avancée pour réaffirmer le lien social avec une partie de la population, informer les citoyens, changer en profondeur les mentalités pour poser les bases d'une société nouvelle et solidaire. Il y a un grand espoir dans cette mobilisation, il s'agit de faire des propositions constructives pour amender les lois, la précarité n'étant pas une fatalité économique.
Priorité à une nouvelle organisation du travail.
La réalité c'est une grande mutation de société (vers une société post industrielle) aux couleurs du libéralisme économique, qui ne se soucie guère de ses effets pervers : 7 millions de personnes en situation de précarité. Vivre décemment est pourtant un droit fondamental. Il y a donc une réelle pathologie du chômage qu'il faut traiter socialement. Sans forcément passer par des lois cadres (obligatoires), il faut partager le travail donc diminuer massivement sa durée légale. Cela nécessite des pactes avec les employeurs prêts à des créations substantielles d'emplois en passant aux 32 heures : les exonérer de la cotisation Unedic (8,5 % de la part salariale) négocier avec le reste des salariés un effort de solidarité de 3 % pour arriver à 10-11 % pris sur la masse salariale; ainsi sans demander un effort financier particulier à l'état qui se doit de simplement inciter les entreprises. On le sait, le travail n'est pas infini, pourtant "l'affaire France" n'est pas en crise, considérant la croissance économique ou les records de la bourse. La lutte contre la précarité, c'est l'affaire de tous mais ce sera aussi nécessairement l'expression d'une réelle volonté politique.
Concernant les lois Aubry sur l'exclusion, il y a des choses positives mais encore beaucoup à faire au niveau du temps de travail, de la formation, de la représentativité des gens concernés. Les emplois jeunes... ne sont que des mesures catégorielles qui, à terme, ne permettront pas la création de véritables emplois. Il y a forcément des mesures d'urgence à prendre, concernant les minima sociaux, la santé pour tous, mais ça reste des palliatifs à des situations qui doivent rester transitoires. On a besoin d'un système d'assistance qui doit permettre de sortir de l'assistance - peut-être avec utopie, nous revendiquons de vrais emplois s'inscrivant dans le long terme.
Le travail contre l'exclusion.
Dans notre société, l'homme est toujours reconnu en fonction de son utilité. Même s'il existe d'autres moyens pour se réaliser, comme la culture (d'ailleurs son accès nécessite des aménagements pour les plus démunis), le travail reste cette "valeur nécessaire". Il n'y a pas d'autres solutions que de le partager.

Questions à Jean-Pierre Ivaldi et Michel Leclercq,
deux représentants des collectifs lyonnais d'AC ! Agir ensemble contre le chômage.

Evénement fondateur/historique
C'est en 93 que l'idée d'organiser les chômeurs a germée dans l'esprit de certains syndicalistes. L'objectif étant de mobiliser en vue d'une action commune contre le chômage. Les marches de 94, qui se sont terminées à Paris par une manifestation de 50 000 personnes, ont constitué l'acte fondateur d'AC ! autour de ses revendications (revenu décent pour tous, baisse du temps de travail). Dès lors, une centaine de collectifs ont été créés au niveau national. En 97 le réseau a dépassé ce cadre avec les marches européennes pour dénoncer les fondements anti-sociaux du marché de demain. Enfin cet hivers, nombre d'actions ont eu lieu sur le terrain (ANPE, CAF, ASSEDIC... envahies) avec à Lyon, l'occupation symbolique des ex-locaux du Crédit Lyonnais. Aujourd'hui, il existe environ 170 collectifs d'Agir Ensemble Contre le Chômage.
Positionnement
AC ! c'est le rassemblement de chômeurs, salariés, étudiants, retraités... et de toutes les bonnes volontés qui refusent la "gestion de la misère" et qui cherchent des solutions durables à ce problème. Au-delà d'une association, c'est en fait un mouvement pluraliste qui cherche à fédérer les personnes, les énergies et les associations diverses autour de revendications précises contre le chômage. 2-3 assises nationales ont lieu chaque année pour coordonner notre action. Les objectifs étant ensuite transmis directement à chaque collectif "décentralisé". Au niveau de chaque prise de décision, il y a la recherche d'un consensus plutôt qu'un vote à la majorité .
Vos revendications concernant le droit à un revenu décent pour tous (RMI pour les moins de 25 ans, non dégressivité des allocations chômage, augmentation des minima sociaux) sont-elles vraiment réalisables, ne visent-elles pas que le court terme ?
Il y a tout d'abord une urgence absolue pour les précaires (question de survie) et il est possible de prendre l'argent où il est en taxant les plus hauts revenus, les transactions boursières, l'intérêt de la dette publique, etc... il est significatif que le syndicat national unifié des impôts nous soutienne en la matière. Deuxièmement il faut retourner votre question et se demander plutôt : alors que dans le même temps le PIB augmentait de 50 % (75-91), pourquoi a-t-on supprimé l'accès au travail à des millions de gens. Si ceux-là se révoltent, ils ont raison. Il y a une nécessité réelle de remettre en question l'organisation du travail dans cette société pour pouvoir envisager justement des solutions à long terme.
On arrive donc à votre lutte pour le plein emploi passant par la semaine des 32 heures.
Le partage du travail est nécessaire. Nous devons aller plus loin que les 35 heures sans flexibilité, ni annualisation, ni multiplication des contrats de travail bidons. La situation est très grave historiquement parlant puisque cette société ne fonctionne plus en suivant sa charte fondamentale : le préambule de la constitution de 46 mentionne clairement le droit à un travail pour tous ou le droit à un revenu suffisant pour vivre. L'économique met en péril la démocratie. Les droits ne sont plus respectés - pour les 32 heures, voici un premier élément de réponse : Depuis 20 ans, il y a eu des gains de productivité considérables que l'on retrouve du côté du capital (augmentation de 10 % de sa part) mais pas du travail. Rééquilibrer c'est diminuer fortement par une loi cadre la durée du travail pour retrouver les emplois perdus. Cette réduction a déjà eu lieu mais seulement au bénéfice du capital, 5-6 millions de personnes travaillent 50 h. par semaine, pendant que d'autres sont licenciées. La situation ne bénéficie qu'au patronat qui organise le travail comme il le veut en maintenant une concurrence entre les salariés et entre salariés et chômeurs. Les références au droit du travail et aux conventions collectives ont éclaté, sauf dans les grands bastions ouvriers et les services publics qui peuvent se défendre.
Les gens sont malheureux au travail ou sans travail. Lire à ce sujet Souffrance en France de C. Dejours et Le Travail Jetable de G. Filoche. Au-delà de la réduction du temps de travail, il y a surtout une revendication de contrôle de l'organisation du travail pour les salariés. Tant que l'outil de travail échappera au contrôle des citoyens, il y aura un déficit démocratique dans la vie des entreprises.
Que pensez-vous de ces paroles de Pierre Bourdieu "On commence ainsi à soupçonner que la précarité est le produit non d'une fatalité économique, identifiée à la fameuse mondialisation, mais d'une volonté politique".
C'est un bon condensé. On essaye de faire apparaître l'organisation économique mondiale comme une loi physique absolument incontournable, comme la loi sur la gravité de Newton... En fait, elle découle simplement de la volonté de personnes qui ont le pouvoir d'organisation. L'autorégulation du marché, pendant de l'idéologie libérale n'existe pas, on assiste au contraire à une dérégulation planétaire qui engendre la précarité.
Cette mobilisation pour une nouvelle représentation de personnes a priori exclues du champ politique et social constitue une lutte politique véritable ?
Fondamentalement oui pour changer l'organisation de la société et du travail. Mais c'est aussi et surtout une question d'éthique et de décence. L'augmentation de la pauvreté dans les sociétés les plus riches est inacceptable. La redistribution des richesses doit d'ailleurs dépasser le cadre de l'Europe. Les ressources du monde entier permettraient seulement à 600 millions d'individus d'avoir le niveau de vie des suisses ! (cf Ignacio Ramonet). Quant à notre action ici, il faut mettre un bémol pour ne pas trop idéaliser : la masse des chômeurs constitue une population très hétérogène. Avancer de façon cohérente est difficile. Il est simplement très important aujourd'hui que certains prennent la parole et posent des questions cruciales pour interpeller ou déranger cette pensée néo libérale dominante.
Le FN se nourrit de la précarité ?
Il tire partie de cette situation dégradée et son électorat est souvent au cœur du problème du chômage. A nous aussi d'investir le terrain dans les quartiers pour étendre le domaine de la lutte. Le discours du FN est en fait réactionnaire et monte les populations les unes contre les autres en parlant d'insécurité... le vrai problème c'est la misère. Pour ce qui est de l'actualité (les régionales) il est simplement révélateur de voir à quel point certains sont prêts à tout pour conserver le pouvoir (...).
Sur la prochaine loi contre l'exclusion.
Il y a sans doute les avancées dans le domaine de la sécurité sociale et du logement. Pour le reste, certains vont continuer à survivre avec 2000 balles par mois ou avec rien. Il n'y a pas de solutions réelles mais au contraire un grand danger : celui de l'acceptation progressive qu'une part de la population se retrouve démunie de ses droits fondamentaux et qu'il faille seulement organiser sa situation pour mieux la gérer. Heureusement, le débat n'est pas clos, il est sûr que l'on va s'y engouffrer pour essayer de remettre en cause le fond des choses. Le combat pour changer les mentalités ne fait que commencer. Au-delà de l'individualisme farouche et de la compétition économique, nous nous devons d'agir ensemble pour réaliser un nouveau partage du travail et des richesses.

SERGE HALIMI
les nouveaux chiens
de garde

liber-raisons d'agir. 111 pages

Qui pouvait, finalement mieux que la "grand presse" (télévisée et écrite), endosser les habits de gardiens du temple de l'ordre néo-libéral et marteler le côté "incontournable" de son idéologie ? (cf chronique de Souffrance en France)
Au travers d'exemples croustillants (voire indécents) de clientélisme et de "courtoisies croisées", Halimi démontre les liens étroits et de connivence qui existent entre une poignéede journalistes vedettes (de p.p.d.a à F.o. Giesbert via c. Ockrent et consorts...) et les sphères de pouvoir industrielles et politiques. Instructif et pour le moins corrosif. Quand les nantis d'une profession abandonnent les codes élémentaires de déontologie au profit du "tout économique", aussi "car l'information est bien devenue un produit comme un autre, achetable et vendable, profitable ou coûteux, condamné sitôt qu'il cesse de rapporter". Et le "contre pouvoir" (sic) de s'évanouir devant les besoins impérieux de la propagande (et même en période de paix du golfe...), direction la pensée unique et son apanage disculpant, la soi-disante "modernité". "Culture d'entreprise, sérénade des grands équilibres, amour de la mondialisation, passion du franc fort, prolifération des chroniques boursières, réquisitoire contre les conquêtes sociales, acharnement à culpabiliser les salariés au nom des "exclus", terreur des passions collectives (...) cette pensée unique n'est pas neutre, elle traduit en termes idéologiques à prétention universelle les intérêts du capital international... Céder à cette pensée, c'est accepter que la rentabilité prenne partout le pas sur l'utilité sociale". Ainsi il est notoire que le peuple se distingue par son irrationalité (grèves...), que les soucis d'avancée sociale appartiennent au domaine de l'archaïsme et que la lutte des classes a disparu avec le mur de Berlin... ad libitum sur la chaîne de Bouygues comme ailleurs. Pourtant et c'est plus que significatif, la "meute" des nouveaux chiens de garde sait montrer les crocs, surtout si l'on se permet d'aborder le sujet de ses privilèges (de classes ?). Face à un discours médiatique ambiant dont la devanture n'est que flirt consensuel surabondant, ce livre est une invitation à la clairvoyance. Et Halimi de conclure: "la lucidité est une forme de résistance". Il est donc aujourd'hui plus que salutaire de lire entre les lignes et les paroles.

Préparé par Laurent Zine et Régis Galbas