ARCHIVES
1998

JANVIER N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto

FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond

MARS N°25
Frida Kahlo

AVRIL N°26
Têtes Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner

MAI N°27
Dick Annegarn
Burning Heads
Fred Frith…
Sur les pistes du travail

JUIN N°28/29
NTM
Sur les routes de l’Art contemporain
Turak

SEPTEMBRE N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté

OCTOBRE N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower

NOVEMBRE N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy

DECEMBRE N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume

  NOVEMBRE N°32  


Christian Ganet ©

 

Cie Propos
Denis Plassard en Résidence

Du 3 Novembre au 10 Décembre, le Théâtre de Vénissieux nous offre un événement autour de la danse, du texte et du théâtre. Pour cela un chorégraphe en résidence, Denis Plassard avec une reprise, Le Terrier et deux créations, Epluchures et Jours.
Tout autour, un travail auprès des enfants, en milieu scolaire. Des animations auprès de la population pour sensibiliser à la danse et à l'écriture. Des lectures de textes avec Philippe Lejeune et Jacques Roman.
Un superbe projet porté par le chorégraphe Denis Plassard. Rencontre.


Ce projet part d'une résidence au Théâtre de Vénissieux, en quoi consiste-t-il ?
Un projet de création et d'animation autour de la danse et de l’écriture. J'avais travaillé à plusieurs reprises avec le Théâtre de Vénissieux. Ici, le projet est plus important. Mais il s'agit d'une petite résidence puisqu'elle ne dure que le temps des spectacles et des animations. En septembre, j'ai commencé à travailler avec une classe de l'Ecole Ernest Renan autour d'ateliers danse également relayés par l'institutrice. A la fin de ces ateliers, j'ai laissé le choix aux enfants de continuer pour aboutir sur une pièce de 10 minutes qui s'est montée durant les vacances de Toussaint. 15 enfants sur les 30 ont choisi d'aller jusqu'au bout. Dans le projet, ils interviennent vers la fin de la création solo Epluchures.
Dans quelle direction s'est fait leur travail ?
Avec une base qui constitue mon solo, c'est à dire une sélection d'articles de jounaux choisis avec eux, un travail chorégraphique et un décor précis dans lequel ils évoluent... Une armoire, des chaises, une baignoire, une cuisinière, des cartons, un fauteuil, une planche à repasser... Je les fais également jouer sur le journal en tant que matière et c'est à partir de ce moment-là qu'ils entrent vers la fin de mon solo.
Pour votre solo, Epluchures, vous utilisez également des articles de journaux ?
Oui, j'ai choisi des articles de presse qui sont plutôt de l'ordre du fait divers, des histoires courtes aux atmosphères et contenus très différents. Les articles sont dits sur scène par une comédienne. Je ne touche pas à un mot de ce qui est écrit ou bien je m'amuse à mélanger certaines anecdotes ou à les faire se rejoindre dans l'insolite de la narration. L'histoire d'un ramassage d'escargots par des policiers, une bouteille de camping-gaz trouvée et qui était destinée à faire sauter la femme d'un homme qui voulait s'en débarrasser, une vieille femme qui voulait empoisonner son vieux voisin parce qu'il fricotait avec son aide soignante. Le poison était dans 2 éclairs au chocolat. Il y a également des histoires plus tristes....
Et la danse, dans tout ça ?
Dans Epluchures, j'ai voulu simplifier le rapport à la danse. Elle s'amuse avec les textes, elle peut l'accompagner, être totalement indépendante. Ce qui m'intéresse c'est de jouer. Dans Le Terrier de Kafka, l'autre pièce présentée à Vénissieux, le mouvement est complètement là pour servir le texte. Je ne danse pas, c'est du théâtre même si le mouvement est présent. Cela faisait plusieurs années que j'avais découvert ce texte. J'avais envie d'en faire un spectacle mais je ne savais pas bien comment ni dans quelle direction. Puis il y a eu la rencontre avec Nathalie Royer qui a été importante pour la réalisation de cette pièce, Nathalie que l'on retrouve dans ma dernière création Jours.
Jours sera votre véritable création ?
Oui, même si Epluchures en est une tout en reprenant l'esprit de Propos solo. J'y explore les pistes ouvertes par Le Terrier sur le questionnement autour du sens, le sens de la danse, le sens du texte. Le Terrier abordait véritablement le sens du texte, j'avais envie que cela soit aussi fort pour la danse. Mais au départ et avant tout, Jours, c'était pour moi la formidable envie de travailler sur le journal intime, sans savoir qu'elle en serait la forme. En faisant des recherches, j'ai découvert le journal de jeunesse de Catherine Pozzi écrit il y a un siècle. Jours n'est pas le récit de sa vie. Mais plutôt des moments de sa vie, des états d'âme, des morceaux de vie et qui n'ont pas forcément de logique les uns après les autres. J'ai fait une sélection dans le texte. Ce qui m’intéressait n'était pas la compréhension systématique de ce qui est dit mais surtout la tension, l'énergie, tout ce qui se trouve entre les lignes. J'ai voulu utiliser la danse comme une musique, et provoquer une rencontre entre les danseuses et la comédienne. Que les 3 s'approprient le texte.
Quand on regarde votre parcours jusqu'à présent, on a l'impression que vous flottez , que vous naviguez entre la danse pure, le théâtre, la danse mêlée au texte, sans trop savoir où vous poser, c'est un choix délibéré ?
Oui, j'aime cette prise de risque, de “dépaysagement” perpétuel. Je me sens un peu comme un gamin qui joue avec quelque chose qu'il ne connaît pas. Il n'est pas impossible que dans ma prochaine création je revienne à un travail de danse pure, sans texte ni théâtre. Parce que j'en ai besoin aussi. Mais ce que provoquent les rencontres est aussi déterminant dans mes choix artistiques. En travaillant avec Nathalie Royer sur le théâtre, je me suis rendu compte que le comédien pose beaucoup de questions sur le sens du texte. Le danseur, lui reprend le mouvement qu'on lui propose. Il ne se demande pas s'il a un sens. Il travaille le mouvement et non pas le sens du mouvement. Mais inversement le comédien lui, est fasciné par la magie du corps, pleinement présent sur scène. Il a envie de mouvement.
Autour de vos spectacles et dans le même temps, des lectures sont proposées
Oui, Jacques Roman lira La Mécanique du Danseur de Michel Onfray et Philippe Lejeune, spécialiste du journal intime lira quelques extraits de Exposer l'intime in Un journal à soi. Cela se fera dans le cadre d 'une soirée où seront lus des textes intimes, de témoignages et collectés auprès des habitants de Vénissieux. Nous avons développé tout un travail de sensibilisation et de préparation aux spectacles et à la danse en général. Avec toutes les écoles qui viennent voir les spectacles, en les faisant danser et dire les textes et avec les adultes dans le cadre de répétitions publiques.

Martine Pullara