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Tony Nelson©

 

Sixteen Horsepower

C'était le 3 novembre 97 au Transbordeur, qui ne se souvient pas de l'excellent set des Sixteen Horsepower, le club était ce soir-là, plongé dans une belle ambiance.
David Eugene Edwards au chant, voix expressive de dépressif, à la guitare ou de temps en temps jouant sur un très vieux banjo. Ils avaient confirmé une réputation scénique qui les avait précédés, un concert surprenant, un public attentif et réceptif. Le moindre que l'on puisse dire du groupe, c'est qu'ils font naître une ambiance moite, entre Amérique rurale et slide guitare, un coup d'accordéon peut apparaître, mais la musique garde toujours cette noirceur qui plane au-dessus des compositions. Ils seront le 29 octobre au Transbordeur, une occasion à ne pas rater, une claque assurée. En attendant questions à Jean-Yves Tola batteur et co-fondateur des Sixteen avec David Eugene Edwards, qui vit entre San Fransisco et Los Angeles sur la côte ouest, entouré de chiens husky et de chevaux, loin du bruit des grosses villes.

Comment s'est passée ta rencontre avec David Eugene Edwards ?
C'était en 89, on a travaillé ensemble sur des décors de film à Los Angeles. Comme on s'appréciait humainement et que nous avions des goûts musicaux en commun, ça coulait un peu de source qu'on finisse par travailler ensemble. Ça a tout de suite marché entre nous et on s'est dit qu'on allait faire un groupe, Sixteen Horsepower est né.
Il y a eu quelques changements dans le groupe et l'arrivée de Pascal Humbert ex-Passion Fodder, deux français et deux américains pour une musique typiquement américaine, comment ça se passe la fusion de vos cultures au niveau de la composition ?
On ne pense pas tellement dans ces termes, entre américains et français. Il n'y a pas vraiment de frontière, bien que nos influences ne soient pas toutes les mêmes et que nous ayons grandi à des milliers de kilomètres les uns des autres, il se trouve que nos goûts musicaux sont assez proches. Le guitariste vient de la Nouvelle Orléans, sa culture musicale est différente, mais l'idée de frontière ne nous pose pas de problème.
Le terme de country-rock convient-elle à votre musique, puisqu'il faut toujours classer ?
Puisqu'il faut mettre une étiquette, on peut dire ça. Notre musique n'est pas facile à catégoriser.
Il y a une sonorité acoustique dans votre musique, le banjo, le violoncelle, avec un aspect noir ?
On mélange plusieurs styles de musique. On aime bien les accords mineurs, les choses un peu mélancoliques, même si a priori c'est un peu sombre, mais c'est pas tout le temps comme ça.
Il plane toujours au-dessus de Sixteen Horsepower une ombre qui est celle du Gun Club, cet été vous avez fini vos concerts avec un titre de ce groupe, c'est un héritage que vous assumez ?
Oui, on aime beaucoup le Gun Club. Ici le groupe de Jeffrey Lee Pierce n'est pas très connu, quand on a commencé à tourner aux Etats-Unis, on ne nous en parlait pas, c'est nous qui en parlions plus et puis dès que nous sommes arrivés en Europe et en France : "Ah Gun Club, Gun Club ! Oh là là !" Ok ! Si on a fait une reprise du Gun club c'est pour dire qu'on aime. Ça ne nous gêne pas, c'était un super groupe, cette reprise est un hommage à Jeffrey Lee Pierce.
Un deuxième album, une tournée qui semble plutôt européenne, les Etats-Unis vous y vivez, votre musique est issue de ce pays, comment ça se passe pour Sixteen Horsepower là-bas ?
On a beaucoup tourné ici, le problème des Etats-Unis c'est que c'est énorme et qu'un groupe comme nous ici n'a pas de place sur les radios, sur MTV, c'est donc un travail de longue haleine, jouer, jouer partout. Ça prend plus de temps qu'en Europe où il y a un réseau beaucoup plus facile d'accès pour le public et aussi pour les groupes.
Le dernier album, nouvelle version, s'est retrouvé avec trois titres en plus, notamment une reprise du Partisan de Cohen et un titre chanté avec Bernard Cantat de Noir désir, comment se sont passés ces choix ?
Nous avons fait quelques dates avec Noir Désir en France l'an passé, on connaissait déjà Bernard et du fait de cette tournée, on s'est revu. Nous avions envie de faire une reprise du Gun Club et nous avions envie que Bernard se joigne à nous. On s'est vraiment marré, et puis comme il nous restait du temps en studio, alors nous avons fait cette reprise du Partisan, voilà c'est aussi simple que ça.
Quels sont les projets immédiats du groupe ?
On a deux concerts avec Nick Cave, un à San Fransisco et un à Los Angeles, ensuite on travaille sur le prochain disque, David et moi on va commencer à mettre des morceaux au point.
Vous êtes les deux fondateurs du groupe David et toi, la composition se passe entre vous deux ?
David est un puits intarissable d'idées et puis j'ai aussi plein de trucs à dire musicalement. Je suis un peu plus l'arrangeur, je mets les choses en place, on travaille un peu dans ce cadre-là. On s'entend vraiment bien, il n'y a aucune tension, si c'est bien tant mieux, si ce n'est pas bien, on s'en fout de qui a amené l'idée. Quand on a des idées pas toujours finies, certaines fois assez brutes, on les partage avec Pascal et Jeffrey qui amènent leurs touches et leurs idées aussi.

Bruno Pin