ARCHIVES
1998

JANVIER N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto

FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond

MARS N°25
Frida Kahlo

AVRIL N°26
Têtes Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner

MAI N°27
Dick Annegarn
Burning Heads
Fred Frith…
Sur les pistes du travaill

JUIN N°28/29
NTM
Sur les routes de l’Art contemporain
Turak

SEPTEMBRE N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté

OCTOBRE N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower

NOVEMBRE N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy

DECEMBRE N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume

  MAI N°27  

Fred Frith
Jean-Pierre Drouet, Louis Sclavis

Il faudrait pouvoir réunir tous ses amis à chaque bon concert pour le plaisir de le revivre ensuite dans la discussion. J'ai personnellement vécu beaucoup de traumatisme pour cause d'amis défaillants (à tort ou à raison) : "Whaoo c'est génial et dire que Donovan, Jessica et Samanthe, sont en train de rater ça... mais comment leur raconter ?". Drame et force à la fois de la musique, un art qui se passe si facilement de mots. Arrivé devant Jessica je conseille d'éviter le "T'as tout raté" un peu trop abrupte et culpabilisant. Tentons l'expérience avec le concert donné par le trio Frith, Drouet, Sclavis le 20 février à Oullins : "Bon c'était génial, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant marré à un concert, Drouet était irrésistible. Mais tu connais mes convictions : la musique avant tout ! Or là, rien n'a été sacrifié au spectacle, pas une concession à un public qui d'ailleurs n'en demandait pas. Il y avait une vraie dramaturgie, t'aurais dû voir Sclavis au début... faut dire que ce n'est pas simple pour lui, seul avec sa clarinette alors que Frith a bien plus qu'une guitare dans sa poche : des pinceaux, une radio, des bidules intrigants, et pareil pour Drouet, qui en plus des percussions n'hésite pas à bruiter l'histoire avec la voix. Car il s'agit bien d'une histoire, d'une discussion que Sclavis aurait pu éviter en balançant ses plans virtuoses. Non, il répondait du tac au tac aux provocations de Drouet, un coup de soprano strident contre un couinement ou un beuglement de l'autre. Les deux se sont même arrêtés un moment pour observer ensemble et l'air circonspect, un Frith déroulant des rubans entre ses cordes, jusqu'à ce que l'anglais se laisse aller à une petite rythmique pour la plus grande joie de Drouet tapant dans ses mains à l'assaut d'une batterie exubérante, occasion saisie par Sclavis pour s'envoler enfin. Moment jubilatoire aux frontières du jazz et des danses folkloriques. Un vrai bonheur et un plébiscite pour l'improvisation totale réputée austère (à tort, elle peut l'être, pourquoi pas, elle peut surtout, être ce qu'elle désire). Le public était ravi... d'ailleurs tu n'as rien à regretter, c'était "blindé de monde" (© Bruno Pin) et tu n'aurais peut-être pas pu rentrer. Mais tu connais la meilleure ? Ils rejouent pas loin à St Etienne !"
Alors tous avec Jessica le 18 à l'Esplanade pour un autre concert forcément différent et peut-être encore plus beau.

Vincent Domeyne