ARCHIVES
1998

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Casse Pipe
Dror Endeweld
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DECEMBRE N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume

  NOVEMBRE N°32  



 

Dror Endeweld

Dror Endeweld n’écrit pas il nous montre des mots dans une grande rigueur autant intellectuelle que plastique, avec un élément en forme de 1 en néon. Dror Endeweld nous présente à la galerie Verney-Carron des plaques inscrites, un peu abstraites à première vue, tout s’éclaire à la lecture du titre EN MEM-OIRE DEMM-ANUEL LEVINAS - ET AUTRES PIECES DETACHEES EN NEON. La forme, le sens, le détournement, le retournement, tout se croise, s’entrechoque, résonne dans une lumière blanche envahissant l’espace.

Ton travail artistique joue principalement sur trois principes. Le fragment, la totalité et la série. Peux-tu nous préciser comment s’articule ces trois pôles ?
Le fragment est apparu très tôt dans mon travail, il était brut, c’est-à-dire qu’il s’agissait de matériaux brisés ou trouvés. Au fil du temps j’ai approfondi la réflexion sur cette notion de fragment; et la forme est devenue beaucoup plus rigoureuse. J’ai développé cette recherche à partir de deux axes principaux.
Premièrement : la forme hexagonale comme unité de base -faisant référence à des chiffres digitaux- cette forme se multipliait au gré de la suite pour tendre vers une “totalité” : le mot “un” ou le chiffre “8”. Deuxièmement : le travail avec le langage écrit, dans lequel la lettre est composée voire fragmentée (selon le point de vue) à partir d’une unité en forme de “1” pour, composer des mots, des phrases. Le mot “monde” apparaît souvent dans ce contexte. La suite répond aussi à un besoin spatial. L’objet isolé n’a de sens que dans un ensemble, dans une continuité.
La traduction rapprochée de Endeweld est “fin du monde” cette notion de fin semble toujours pré-texte dans ton travail. Est-ce vraiment la fin du monde, la fin du sens, la fin des illusions ?
Le travail sur le nom est lié à l’extériorité, le nom nous accompagne, il fait partie de ces éléments objectifs constituant le réel; pour quelqu’un qui est sensible au langage cela constitue un “matériau idéal”. Mon nom est composé de deux mots : monde et fin; tout deux riches en significations, j’utilise ces deux termes séparément, cependant le travail ENDE EINER WELT réalisé en 95 au Nouveau Musée allait dans le sens que tu évoques, fin d’un monde avec une insistance particulière sur le “UN”, ceci était prétexte à un début de travail, maintenant à chacun de s’imaginer de quel monde il s’agit.
L’absence de mot, l’absence de lettre dans certains de tes travaux je pense à SNS SNS SNS (sons sans sens) où les voyelles ont disparu. Ou à Néon on. Est-ce que cette absence peut être le début d’une réponse à cet hommage à Emmanuel Lévinas ?
L’absence de lettres dans les travaux que tu évoques fait référence à l’hébreu, ma langue maternelle, l’absence de voyelle ouvre les interprétations, crée des rapprochements... ceci peut tout à fait être mis en rapport avec Emmanuel Lévinas, digne héritier d’une longue tradition de talmudistes, qui ont osé les interprétations les plus audacieuses à partir du “texte”. Lévinas ayant un bagage et une démarche philosophique propre, en propose une lecture que je pourrais qualifier de révolutionnaire. Pour cela j’ai tenu à lui rendre un hommage dans mon exposition actuelle à la galerie Verney-Carron.
Le rapport plastique entre le matériau et la forme a toujours été une de tes préoccupations. Comment et pourquoi le néon est apparu dans ton travail ?
Le néon présente à mes yeux de multiples avantages, c’est un matériau extrêmement courant dans notre univers quotidien, il est à la fois omniprésent et absent (par le clignotement), les références historiques dans le domaine de l’art sont nombreuses, j’essaie d’en tirer avantage, mais sa qualité essentielle réside dans le fait qu’il se déborde et se dérobe à lui-même, modifie en permanence l’espace dans lequel il se montre. Pour répondre à ta question d’une manière plus générale, les matériaux choisis, sont en rapport étroit avec le contexte, c’est-à-dire que pour l’extérieur on va expérimenter tel matériau, et pour des raisons économiques on est acculé à utiliser certains matériaux et pas d’autres, à mon sens les contraintes peuvent être dépassées pour devenir des éléments positifs.

Propos recueillis par Bruno Vincent