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1998

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  NOVEMBRE N°32  


Loïc Lostanlen©

 

Casse Pipe

Leur nom est un emprunt à un roman de Céline; leur univers relève de la littérature et du roman noir; leur inspiration va de Saint Germain au punk; leurs amis se nomment Christian Caujolle ou Alexandre Dumal et ils sont, par essence, libertaires. Petite rencontre avec Louis Pierre Guinard, cordes vocales des Casse-Pipe

Les Casse-Pipe, groupe conceptuel, non ?
Un peu présomptueux. On pourrait croire que tout est calculé chez nous. Alors qu’il y a une grande part laissée à l’émotion. Par rapport à nos revendications libertaires, on ne peut imaginer que tout serait conceptuel. Dans notre attitude, le fait d’avoir choisi un label, Kerig, et un tourneur, 3 P’tit Tour en Bretagne, de travailler avec des auteurs qui sont nos amis, que le visuel de nos albums soit réalisé par nos soins (le batteur du groupe est aussi infographiste, c’est lui qui réalise toutes les pochettes), a certes un côté conceptuel. En plus, on a envie de travailler librement, par nous-mêmes.
Y a-t-il une signification d’être basé en Bretagne ?
Politiquement oui. C’était une manière de montrer qu’on peut appliquer la décentralisation, qu’on n’est pas obligé systématiquement d’aller à Paris pour faire un disque ou trouver une maison de disque.
Chez vous, le polar, la littérature tiennent une place privilégiée ?
Dès le début, on s’est tourné vers une certaine forme de littérature qui s’appelle le roman noir. Univers qui correspondait assez bien au nôtre, qui parle du quotidien et du commun. De façon assez engagée et très poétique; car c’est une des exigences que l’on a dans l’écriture des textes. On a fait appel aussi à des gens qui travaillent dans le théâtre. Et nos propres créations, même peu nombreuses, vont dans ce style. Mais il est vrai que la barre est assez haute quand on s’attaque à des gens comme Fassbinder, Rimbaud ou Modiano.
On travaille avec Sylvie Rouch, Alexandre Dumal, Denis Flageol (metteur en scène)... L’idée de la chanson vient souvent de nous, mais c’est eux qui la mettent en forme. Ensuite, on met en musique et avec son accord on change des mots, des phrases...
Textes sombres, musiques pathétiques et concerts gais, c’est plutôt paradoxal ?
Pas forcément. On fait justement du spectacle vivant. On recherche une relation très forte avec le public. On n’a pas envie de les faire pleurer, mais plutôt de les surprendre, de les choquer (on provoque assez facilement !).
Les Casse-Pipe, un groupe anti-tout ?
(Rire) Anti-tout ou pro-rien ! Mais, on revendique quelque chose, c’est une sorte d ‘engagement pour nous. On se met forcément du côté des oubliés et des opprimés. On a des prises de position à la Don Quichotte. Après notre tournée en Palestine, l’été dernier, on a été choqué par ce qu’on a vu. A notre retour, j’ai composé une chanson anti-israélienne effectivement, je dirai plutôt pro-palestinienne. On n’a rien contre les Juifs d’Israël, mais on trouve inadmissible l’attitude du pouvoir actuel et l’oubli dans lequel le monde entier a plongé le peuple palestinien. On est là pour témoigner. On n’est pas anti-tout forcément; mais on a des prises de position très marquées.
Qu’est-ce qui fait courir les Casse-Pipe ?
Notre liberté. On a vraiment la chance de faire ce métier le plus librement possible. Mais cela demande de courir beaucoup, pour semer nos mauvaises graines. On n’a qu’un petit label qui s’appelle Arcade (enfin maintenant, Wagram), mais qui fait assez bien son travail (notre disque est bien placé en France, Suisse et maintenant au Québec ).
Actuellement, les Casse-Pipe travaillent avec Gus Martin sur un projet de remix (c’est un regard extérieur sur notre musique, qui devrait sonner différemment) et préparent un clip sur la chanson La Trace, qui évoquera les heures les plus noires du siècle, en parlant du mouvement de la Rose Blanche en Allemagne.

Anne Huguet