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1998

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  JANVIER N°23  

Géraldine Bénichou
Théâtre du Grabuge


Géraldine Bénichou est un coup de vent permanent, quand elle arrive dans le café où nous avions rendez-vous, bonjour et hop ! Elle commence à parler. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est pas avare de ses mots. Je pense tenir là une explication de sa vocation et en effet, selon elle : "Le théâtre est le lieu où la parole a un statut". Titulaire d'une maîtrise de philosophie, c'est le texte qui motive son engagement.
Elle cherche dans des mots parfois ordinaires une petite part de la réalité qu'elle ne soupçonnait pas, elle s'interroge et s'étonne des sens cachés du verbe, ceux qui provoquent en elle un bouleversement, une émotion. Pourtant, elle n'est pas du genre à se laisser impressionner; sur les mystères qu'elle rencontre au grès de ses lectures elle entreprend un travail rigoureux :
"Il s'agit d'un travail de précision, de proximité avec le texte". Bien sûr, elle n'omet pas de répéter que c'est d'abord un travail de groupe : "C'est d'abord un travail de groupe, répète-t-elle, tout est lié à la rencontre avec les autres membres de la compagnie". Le Théâtre du Grabuge compte il est vrai un codirecteur artistique essentiel (Lancelot Hamelin) et nombre de talentueux comédiens (Sylvain Bolle-Rédat, Julie Morel, Sylvie Chefneux, Nicolas Duplot). Mais Géraldine est une énorme bosseuse qui ne vient jamais les mains dans les poches : exigeante, elle pense que le metteur en scène se doit d'être l'instigateur du jeu. "Dans une direction d'acteur qui est forte, le comédien trouve sa liberté. La mise en scène, je ne sais pas ce que c'est, mais la part essentielle c'est la direction d'acteur. C'est aussi la part la plus passionnante du métier. Et puis il y a la confiance que je dois inspirer aux comédiens. C'est ainsi que je peux les aider à trouver leur rapport imaginaire au texte". Fonceuse, boulimique, fatigante, l'ogresse affirme n'avoir aucune espèce d'ambition : "Tu es ambitieux quand tu es seul, en compagnie c'est d'abord un travail de troupe". Elle est "au service des gens". Elle compte sur le groupe pour lui ôter ses doutes, ceux qui viennent dans le risque énorme de la création artistique. Ce qu'elle fait est fragile, elle en a conscience et elle prévient ses amis : personne ne leur a rien demandé.
Sa vocation : "libérer des textes à l'imaginaire", créer des spectacles qui "font parler". Et même si elle considère que "l'absence de moyen est une ressource", son rêve est bien, pour l'avenir, de trouver de meilleures conditions de travail. A 23 ans, elle semble avoir déjà une maturité qui lui permet d'aborder les métiers du théâtre avec une confiance et un sang-froid que jamais ne dément sa soif de connaissance. Gageons que le talent et l'énergie de Géraldine Bénichou la mèneront où elle le décidera.
Théâtre du Grabuge 26, rue de l’Annonciade - Lyon 1er
04 72 07 04 76
Avant-garde de Marieeluise Fleisser création en février 98
Jacques le Fataliste et son Maître d’après Diderot création en avril 98

Etienne Faye