JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
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Sur
les routes de l'Art Contemporain
BERNAR VENET - COMBINAISONS
ALEATOIRES DE LIGNES INDETERMINEES - 1991/92 - MUSEE DART MODERNE
ST ETIENNE |
Il
est de certaines routes comme de certaines idées; celles qui
nous mènent à coup sûr dans un cul-de-sac. C'est
rassurant parce que l'on sait où l'on va; même si l'histoire
nous enseigne que la route de la réaction et du conservatisme
nous conduit inévitablement aux voies sans issues du totalitarisme,
et bien, il se trouve toujours des cons tragiques pour nous en resservir
une louche.
Exemple :Pendant le frisson glacial des élections régionales
certains voyageurs ont voulu faire une étape régénératrice
en ouvrant le "Charlie-Hebdo" du 18 mars. Damned, mauvais
plan, arrêt page 12 à l'hôtel CAVANNA.
Le taulier a plutôt l'air sympa avec sa tronche de Bacchus à
la retraite, on lui confierait sa collection de tableaux sans soucis.
Erreur vous la retrouveriez brûlée ou recouverte d'une
grosse couche de "plaisir".
Cavanna qui se targue de représenter le public moyen divise l'art
en 2 parties : celui qui est à chier et celui qui fait naître
en lui instantanément "un jaillissement de plaisir"
(je lui laisse les interprétations psychanalytiques), l'art qui
doit être "un plaisir instantané et immédiat...
un jaillissement (encore) spontané de bonheur, de bonheur pour
tous". Pour ceux qui croiraient que je recopie le texte de la jaquette
d'une vidéo X produite par le Vatican ou le dernier speach de
jean-Pierre Foucault, je répète qu'il s'agit d'un article
sur l'art (ou sous l'art...).
Mais bon face à cette catégorie d'art éjaculatoire,
Cavanna oppose l'art à chier, dans lequel il fourre pêle-mêle
l'art contemporain, l'art moderne, les impressionnistes, le fauvisme
et même ce pauvre Leonardo di Vinci; car "L'art n'est pas
affaire de réflexion mais de pure sensibilité" aller
à la fosse septique la "cosa mentale".
C'est quoi, le vrai Art, Cavanna, celui qui te fait venir sans les mains
?
A part un jaillissement de gerbe c'est tout ce que ce genre d'écrit
peut susciter chez tous ceux qui croient à la recherche artistique.
L'art a toujours entretenu des rapports ambigus difficiles, incertains
avec le pouvoir et le public. Reste que depuis un siècle et demi,
il s'est en occident affranchi de certaines vicissitudes mais il s'en
est créé d'autres, évidemment.
Les artistes ont besoin pour produire et pour montrer leurs uvres
de l'appui du pouvoir financier, politique et intellectuel.
Les différentes ambitions et logiques de ces pouvoirs sont parfois
incompatibles et débouchent sur des récupérations,
des censures, des stratégies impossibles à maîtriser
par les artistes.
Mais au bout du compte l'important reste que la recherche continue,
et opposer la sensibilité et la pensée, la connaissance
et l'émotion, le plaisir et la réflexion aboutit à
la sclérose, à la pensée unique, à la purification
idéologique et j'en passe.
Les artistes ne sont pas des extraterrestres motivés par le "fric
et la facilité"; ils proposent une autre manière
de voir, miroir et critique du monde dans lequel nous sommes.
Où est l'arnaque ?
Alors laissons les troués du cigare dans leur impasse populiste
et mettons les plein gaz sur les routes de l'art contemporain ébauchées
par Mondrian, huilées par Duchamp, signalisées par Schwitters,
à bord de notre bagnole compressée par César, de
notre vidéo bus arrangé par Nan Jum Paik ou notre avion
carrossé par Panamarenko nous enverrons des cartes postales écrites
par Weiner. Nous nous arrêterons pour dormir dans le désert
avec Richard Long avant de nous rafraîchir dans la piscine bleu
azur de Turrell. Du rêve et de la réalité, de l'art
vivant en somme.
PREAMBULE
Réaliser un dossier art contemporain en région Rhône-Alpes
ne signifie pas présenter un panorama exhaustif du paysage de
l'art plastique actuel dans notre région. Nous avons choisi un
certain angle d'approche et ceci constitue le 1er volet appelant d'autres
dossiers à venir. Nous n'aborderons pas ici les lieux alternatifs,
les galeries privées, le marché, le rôle du ministère
de la culture en région (DRAC),la formation des futurs artistes,la
place ou la non-place des ateliers artistes dans la ville...Bien des
questions qui nécessiteraient d'autres développements,
mais les récentes attaques relevées ici et là contre
l'art contemporain, les changements politiques menaçant l'existence
et le fonctionnement de certaines institutions nous ont paru revêtir
un caractère urgent.D'autre part, la saison est à la balade
et au travers de vos pérégrinations il nous est apparu
intéressant de vous signaler quelques étapes qui ne sont
que des portes d'entrées pour aller fouiller plus loin avec ou
sans nous, bien au-delà du musée, là-bas quelque
part à des années lumières dans l'intimité
que vous pourrez tisser en face d'une uvre à la rencontre
d'une essentielle trace d'humanité.Avant de nous embarquer sur
les routes de l'art contemporain au travers de notre bon terroir rhône-alpin,
n'oublions pas dans nos bagages d'emporter à côté
du panier pique-nique, nos munitions et nos armes. La guerre est déclarée
: le patron de la région Charles Millon a confié depuis
le 30 avril le poste de vice-président à la culture à
Pierre Vial, conseiller municipal de Villeurbanne, membre du bureau
politique du Front national et représentant l'aile "dure"
de l'extrême droite française. Lorsque l'on connaît
l'importance et le poids financier du conseil régional dans la
vie culturelle rhône-alpine, on sait qu'il n'est plus temps de
s'inquiéter, ou de remarquer une dérive : Il faut s'armer
pour combattre avant que les signaux d'alarmes ne se transforment en
signaux de détresse :
AUX
ARTS CITOYENS !
L'art
contemporain, dans ce contexte guerrier, est et sera à coup sûr
une cible d'excellence. En effet l'art plastique en particulier ne bénéficie
pas, de par sa structure et sa matérialité, des mêmes
"atouts" que d'autres formes artistiques (cinéma et
musique par exemple). Il est beaucoup plus confidentiel, il ne se diffuse
pas avec la même vitesse, avec la même ampleur. Les enjeux
financiers et commerciaux qu'il génère sont minimes et
surtout, il requiert un effort spécifique et substantiel de la
part du public. Et puis vous le constatez quotidiennement la culture
dite de "masse", c'est-à-dire cette espèce de
pomme golden confectionnée au goût du plus grand nombre,
distille sa compote de plus en plus densément pour recouvrir
les initiatives de ceux qui font uvres de recherche : Complexe
cinématographique écrasant l'art et essai, Major Compagnie
contre label indépendant, réduction voire disparition
des crédits d'aides aux artistes, aux ateliers, aux projets,
aux lieux de monstration et de diffusion.Que faire ?Tous nous remuer
et nous mobiliser, les artistes, bien sûr, les médiateurs
évidemment mais aussi et surtout, vous, le public car en entrant
dans une salle d'exposition d'art contemporain, vous soutenez la recherche,
vous la légitimez, vous la validez, vous lui insufflez la nécessaire
énergie dont elle a besoin pour vivre. Stop.A ce moment du parcours
beaucoup rétorquent que l'art contemporain est chiant, qu'il
faut un mode d'emploi pour apprécier une uvre, que c'est
une prise de tête pour une bande de trituré du bulbe :
Attention, danger. Et nous revenons à cet article de Cavanna
exemplaire quand au mensonge nauséabond qu'il colporte : le divorce,
voire l'incompatibilité entre l'émotion et la connaissance.Arrêtons-nous
un instant sur un belvédère : il est indispensable de
prendre un peu d'altitude pour "comprendre" le paysage et
l'apprécier doublement. Le point de vue de Jean-Claude Conésa,
docteur en histoire de l'art, universitaire et consultant à l'Institut
Art Contemporain de Villeurbanne : J.C. Conésa mène un
travail que l'on peut qualifier de médiation à l'Institut,
c'est-à-dire qu'il porte un intérêt tout particulier
à favoriser la relation entre une uvre et un public, il
a pour cela depuis 1992 mis en place (sous le patronage du directeur
de l'Institut J.L. Maubant) une série d'action visant à
aider à la compréhension et la connaissance des uvres
présentées dans le musée.Il s'agit de conférences,
de débats, de séminaires, de colloques, mais aussi de
leçons d'artistes. Une initiative assez originale pour être
soulignée, qui implique un engagement supplémentaire de
la part du créateur de l'uvre qui est amené à
dialoguer avec le public sur la démarche qu'il a entreprise.
Au travers de cet échange, le questionnement posé par
l'uvre est mis en perspective, ou plutôt mis en mouvement
entre les acteurs qui seuls peuvent donner vie à l'uvre:
le public, l'artiste, l'institution.Une démarche courageuse qui
nécessite aussi le courage du public. Dans ce sens il ne s'agit
pas d'un art élitiste, mais d'un art qui demande un effort :
celui de remettre en question sa manière de voir.C'est dans cette
mesure que J.C. Conésa déclare qu'en effet l'art n'est
pas l'affaire de tous car il implique une volonté de connaître.
Il ne viendrait à l'idée de personne d'opposer la connaissance
de la composition de l'équipe de France de foot, de la stratégie
des entraîneurs, du parcours de ses joueurs et du plaisir à
assister à leur prochain match ?Alors pourquoi refuser à
l'art ce que l'on accepte du reste.Pourquoi l'art devrait-il être
évident ? J.C. Conésa souligne le fantasme qui hante la
réception de la recherche esthétique. Le fameux "J'aime,
j'aime pas". Qu'en est-il de cette adhésion que l'on penserait
être "naturelle".Eh bien il faut se pencher du côté
de l'émotion, ce trouble qui nous saisit au travers de nos sens,
pour bien prendre conscience que la culture qui nous environne la façonne.Cette
organisation de nos pulsions est si ancrée en nous qu'il est
difficile et parfois impossible de la décrypter. Mais il faut
reconnaître que cette émotion est construite, et n'a de
cesse de se développer dans l'apprentissage.Nous en avons pourtant
fait tous l'expérience, il suffit de traverser le théâtre
romain de Fourvière avec un guide ou sans guide. Il suffit de
marcher dans la forêt avec ou sans botaniste, de gravir une montagne
avec ou sans géologue... Aurons-nous moins de plaisir armé
de la connaissance ? Non. Bien plus nous le savons tous.Alors pourquoi
demander à l'art contemporain l'impossible ? Ajoutez à
cela que l'art est de l'ordre de l'exception, qu'il touche aux valeurs
fondamentales de l'être, qu'il questionne la philosophie, notre
rapport au monde, notre origine et notre finitude, vous voyez l'étendue
du chantier...Merci du point de vue, Mr Conésa et navré
de ne pas vous laisser la parole directement en 3 tomes, mais c'est
la loi du genre !
Allez
on embraye vers la prochaine étape : LE FRAC : Fond Régional
d'Art Contemporain.
Bon, ceux qui n'ont pas encore commencé à éplucher
leur pomme golden sur le papier que je suis en train de noircir avec
plaisir, vous avez pu remarquer que la politique est étroitement
liée à l'art et notamment en ce qui concerne l'implication
de l'Etat (au travers du ministère de la culture) et de la région
(conseil régional).
En effet, il existe une institution, le Frac, financé à
part égale Etat et région, qui achète, collectionne
et diffuse l'art contemporain chez nous, en Rhône-Alpes, le siège
se situe à l'Institut d'Art Contemporain susnommé après
avoir séjourné à la villa Gillet.
Après une période tumultueuse d'embrouilles financières,
puis de stagnation, il redémarre en 93 surtout pour des actions
de diffusion et c'est en novembre 1995 qu'arrive à sa tête
Yannick Miloux, qui n'était pas cultivateur de choux-fleurs en
Bretagne mais dirigeant pendant 8 ans du Centre d'Art à la criée
à Rennes. Cette nouvelle responsabilité est conséquente,
puisqu'il s'agit entre autres, d'acquérir des uvres avec
l'argent du contribuable. Il est évident que l'acquisition d'uvres
contemporaines pose une question : comment discerner ce qui semble être
symptomatique de la création contemporaine sans recul historique,
puisqu'il s'agit d'une histoire en train de se faire.
Quelle est donc l'attitude défendue par Y. Miloux ? Conscient
des tâches que le Frac se doit d'assumer (acquisition, conservation
et diffusion), le directeur se positionne théoriquement de la
manière suivante : Il considère qu'il ne s'agit pas de
dénicher le chef-d'uvre de demain, mais plutôt de
privilégier (au travers de sa sensibilité et de sa connaissance
historique) la constitution d'une collection visant à montrer
l'état de la recherche menée par les artistes.
Plaçant la démarche qui conduit à l'uvre
au premier plan, il cherche à acquérir non pas simplement
l'uvre aboutie, mais les étapes successives qui y conduisent).
(Esquisse, projet, dessin préparatoire, texte, maquette etc...)
dans un esprit de valorisation d'une idée qui prend forme. Un
soucis qui paraît louable dans la mesure où il permet un
engagement plus complet auprès de l'artiste et une compréhension
plus facile du public qui pourra découvrir le cheminement de
la genèse à l'uvre. Alléluia, une invention
à saluer, qui s'inspire d'une philosophie esthétique posant
la matérialité de l'uvre comme un indice : il y
aurait plus à voir dans une uvre que ce que tu regardes.
Entouré d'un comité d'experts éclectiques pour
l'aider dans ses décisions d'acquisition, ne rechignant pas sur
la possibilité de rencontre hasardeuse avec des artistes, mêlant
des étudiants au montage des expositions, Y. Miloux se définit
comme un "artisan post industriel" qui prône le contact
direct avec les artistes. Inutile de vous dire encore une fois que les
choix opérés ne sont pas forcément de l'ordre de
l'opinion commune et même de l'opinion de certains.
Certains qui ne manqueront certainement pas de lui faire savoir.
Yannick Miloux semble déterminé à suivre ses convictions
esthétiques jusqu'au bout. La tâche ne sera pas simple.
Mais rappelons-nous que l'art est difficile, qu'il fait appel à
des mécanismes complexes, qu'il génère des tensions
et des contradictions qui sont en même temps indispensables à
sa liberté.
ITINERAIRE
: BISON MUTE
Du
Frac à l'Institut Art Contemporain il n'y a qu'un pas, à
vrai dire deux étapes en une, car le premier est hébergé
par le second.
L'Institut qui se veut "avant tout un projet artistique, culturel
et politique " est donc uni au Frac depuis 1993 : l'union fait
la force. Moyens humains, projets communs, partage des ressources le
mariage semble réussi et les bébés s'appellent
expositions, conférences, débats, formations, documentation,
circulation, ouverture aux différents publics, édition,
cohérence entre politique d'achat et monstration.
Bref, un bel outil qui ne demande qu'à s'exporter, en témoigne
d'ailleurs les partenariats déjà réalisés
au Canada, en Allemagne, Autriche, Pays-Bas...
Sous l'impulsion de son directeur J.L. Maubant et en collaboration avec
le Frac, les projets de développement s'articulent autour de
réflexions sur les arts dans les espaces publics (à l'instar
des réalisations Lyon Parc Auto. D'une attention particulière
en direction d'actions pédagogiques, d'un rapprochement avec
l'école du Magasin de Grenoble (voir article page suivante),
de l'accueil de chercheurs étrangers et de l'édition d'un
support d'information sur l'art contemporain en Rhône-Alpes. Enfin,
rien que de bonnes intentions à suivre...
Mais aujourd'hui, si vous vous arrêtez à l'Institut, vous
pourrez entrer dans le bestiaire, le jardin, la maison, la mémoire
de Jérôme Basserode, un artiste de 40 ans originaire de
Nice, vivant à Paris.
Entre l'organique et le mécanique, entre le naturel et la sophistication,
Basserode semble se jouer avec bonheur des éléments constitutifs
de l'uvre d'art, de son rapport à la matière, de
son inévitable dépassement, de la responsabilité
de chacun à l'entretenir vivante, de son développement
qui nous échappe.
Faut-il arroser les uvres de Basserode ? Se rouler dans la cire,
ou brouter les feuilles ?
Un travail qui de toute évidence défriche notre mémoire
autant que la sienne, nous interroge sur la relation entre la racine
et la branche, entre l'amabilité et l'humanité. Ce va-et-vient
entre l'ordre et le désordre dynamisé par une bonne dose
d'humour présente dans les inversions et les retournements de
matières, la juxtaposition de matériaux, le foutoir et
l'organisation.
La vie déborde toujours des boîtes dans lesquelles on les
enferme, une exposition qui fissure, transplante et bouture. Bref la
quinzaine du jardinage philosophique qui n'aurait rien à voir
avec un art écologique, mais pourrait nous ouvrir sur une écologie
de l'art.
"SCULPTURE
ET RELIEFS"Rhône-Alpes : Le triangle d'art
Continuons sur la route et rappelons-nous que notre région
bénéficie d'une implantation muséale remarquable
en France. En effet, entre Lyon, St Etienne, Grenoble la région
peut se targuer de tenir une position enviable.Prochain arrêt
: Grenoble
Deux grandes institutions, l'une prestigieuse, l'autre plus confidentielle,
offrent une activité diversifiée et un regard sur l'art
lié à la nature différence de ces deux lieux :
Le Musée de Grenoble et le Magasin -Centre National d'Art Contemporain.
Le Musée :
Cela fait maintenant plus de trois ans que le musée de Grenoble
a investi son nouveau bâtiment sur les bords de l'Isère.
Une architecture très réussie des frères Felix
Faure, dont vous pouvez vous offrir le plan de masse en allant prendre
un coup à la Bastille et en empruntant les "ufs".
Une fois redescendus, vous ne pourrez qu'apprécier l'éclairage
intérieur du musée, pénétré de lumière
zénithale.
En ce qui concerne précisément l'art contemporain, ce
n'est pas la vocation prioritaire de ce musée, même si
son conservateur Serge Lemoine, spécialiste des avant-gardes,
accueille régulièrement dans ses salles des artistes d'aujourd'hui.
Vous y trouverez de quoi nourrir vos interrogations sur l'évolution
de l'art du 20ème siècle, et par là comprendre
ce qui a précédé notre présent.
Cet été, du 20 juin au 21 septembre dans la Tour de l'Isle
(cabinet d'art graphique situé en bout du musée), vous
pourrez voir les collages de Leon Polk Smith, un artiste américain
d'importance en ce que sa recherche s'est orientée dès
les années 50 à offrir un nouveau rapport entre la forme
et le fond du tableau, une abstraction qui dynamise le positif et le
négatif, la courbe et la déchirure, enrichis de l'emploi
de matériaux divers.
Léon Polk Smith du 20 juin au 21 septembre au Musée de
Grenoble
Allez, zou, après l'histoire, l'histoire récente, en avant
pour l'histoire de demain.
Direction LE Magasin.
Depuis 12 ans le Centre national d'Art Contemporain diffuse une série
d'expositions.
On y retrouve sous ses 2000 m2 de halle industrielle, une cafétéria,
une librairie et les salles d'expositions.
Les activités proposées réunissent des conférences,
des colloques, des débats, des stages de formation et même
du "tourisme artistique"...
A son directeur, Yves Aupetitallot, nous avons posé la même
question que vous retrouverez page 27 : Dans quelle mesure la vision
du monde proposée par les artistes contemporains vous semble-t-elle
plus que jamais salutaire voire indispensable ?
J'ai le sentiment que les termes "salutaire" et "indispensable"
sont peut-être trop forts dans un monde largement dominé
par l'économie et ses conséquences négatives, voire
les plus noires, en matière sociale et politique.
Quelle pourrait être effectivement la place des artistes dans
cette société-là et quel crédit accorder
à leur vision du monde ? Nous pouvons sérieusement envisager
qu'ils n'y ont (ou n'y auront plus) aucune place et c'est précisément
dans cet état des choses et des faits qu'ils deviennent indispensables
et incarnent, avec d'autres, le champ humain et intellectuel dégagé
du technicisme et du professionnalisme capable de reformuler les questions
et les enjeux de toute communauté. Libres de tout langage machine
ou de toute commodité de pensée ils développent
sans cesse une réinvention du monde, une réarticulation
de ses fondamentaux qui troublent la tradition et l'usage.
En cela ils sont indispensables et contribuent avec d'autres acteurs
à une vision sans cesse renouvelée du monde.
Merci, pour le reste à vous de voir cet été ces
ensembles d'expos dont vous nous direz des nouvelles.
GRAV : Groupe de recherche d'art visuel. Un mouvement né dans
les années soixante qui proposait une série d'uvres
introduisant précisément le mouvement, donc le temps.
Des uvres mobiles, des jeux d'optiques, de quoi s'amuser la perception.
OOPS : En contrepoids des uvres du GRAV, à noter une sculpture
de 12 mètres par 6 de John Tremblais (voir photo).
La ville en projets. Plus d'une vingtaine de participants (artistes,
architectes, philosophes) ont travaillé sur le thème de
la ville.
GRAV/OOPS - La ville en projet du 7 juin au 6 septembre au Magasin à
Grenoble
Saint-Etienne
Il y a maintenant presque 11 ans que le musée de St Etienne a
ouvert ses portes, nous ne commenterons pas ici encore une fois l'exceptionnelle
richesse de la collection du Musée d'Art Moderne et nous vous
promettons bientôt un article de fond sur ce bijou dirigé
par Bernard Ceysson.
Nous vous signalons donc une exposition cet été de Bernar
Venet, sculpteur de renommée internationale qui entretient avec
le musée une relation très étroite.
Venet, sculpteur de l'aléatoire et de l'accident, entre en relation
avec l'espace de manière monumentale, il traite l'acier comme
un trait de crayon dont la mine peut à tout moment se briser
pour rebondir. Port du casque obligatoire.
Bernar Venet du 19 juin au 6 septembre au Musée d'Art Moderne
de Saint-Etienne
Quelques expositions à découvrir pendant l'été.
Thierry Girard et ses photographies sur a route de Tôkaidô
à la Galerie le Réverbère, en matière de
photographie on ne peut oublier l'exposition qui a lieu à la
Galerie Vrais Rêves, une collaboration avec le Schneider Museum
du Southern Oregon University d'Ashland sous-titrée Histoires
inventées/Images fabriquées. La collection Matisse au
Musée des Beaux-Arts de Lyon bat un record d'affluence, c'est
jusqu'au 28 juin. le Centre d'Art Plastique de Saint-Fons finit sa saison
avec un artiste africain Barthélemy Toguo Tamokoué en
relation avec le festival Noire Afrique, l'exposition s'appelle Parasites
et celui-ci fera une performance le soir du vernissage le 12 juin à
18h30 intitulée Aïe.. Aïe.. Aïe..!
Itinéraire
: Highway Star
Le Musée d'Art Contemporain est-il soluble dans la sueur des
joggeur du Parc de la Tête d'Or, dans les rivières de monnaies
du futur Casino, et dans les supers productions hollywoodienne de la boîte
à images d'UGC.Tant que les conservateurs Thierry Prat et Thierry
Raspail seront aux manettes de cette institution, il semble que nous ne
sommes pas prêts d'y trouver une statue à l'effigie de Léonardo
di Caprio.
Pour garder le moral dans cet environnement politico-urbain, il faut certainement
aller chercher dans l'humour le ressort nécessaire pour croire
que les artistes et les courants défendus par le musée continueront
à trouver leur public et le soutien politique et financier indispensable.
De l'humour, Raspail paraît en faire l'usage, en témoigne
sa réponse à la question que nous lui avons posée
:
Dans quelle mesure la vision du monde proposée par les artistes
contemporains vous semble-t-elle plus que jamais salutaire voire indispensable
?
"A cette question, je répondrai : Dans n'importe quelle mesure
: le système métrique ou toute autre jauge qui autorise
l'exploration de la démesure.
Laissons la parole à Robert Filliou : "Nous mesurons sans
arrêt : j'ai voulu mesurer les gens par des systèmes non-métriques
: par exemple ma taille est de 60 tomates et mon âge de 111 115
voyages Paris-Copenhague en train". L'art d'aujourd'hui est, comme
à toutes les époques, un acte poétique, un regard
sur le monde, un comportement. Heureusement l'art ne sert à rien,
ne sert à rien d'autre quà créer des citoyens.
C'est pourquoi tous les systèmes autoritaires l'exècrent.
Si l'art a de l'humour en plus, c'est mieux. Bref, face à la rampante
peste brune, il est inévitablement indispensable."
Bon depuis 14 ans le duo inscrit l'art contemporain dans sa version internationale
(mais n'y a-t-il d'art contemporain ou d'art tout court qu'international)
dans la ville de Lyon. Bref, de l'art occidental, ou plus précisément
issu des civilisation à technologie avancée, (Japon, Europe,
Amérique du Nord) enfin, ceux qui mènent la danse -G7 is
watching you.
Alors voilà, nous vous l'avons déjà dit dans nos
colonnes, depuis 1993 le MAC a son bâtiment conçu par Renzo
Piano, un architecte qui vient d'ailleurs de signer la construction du
centre culturel J.M. Tibaou à Nouméa en Nouvelle Calédonie
et de montrer là-bas un talent d'une extraordinaire intelligence
que l'on peut regretter de ne pas trouver dans la Cité Internationale...
Reste que le Musée lui-même offre une architecture intérieure
dont nous avons déjà vanté les mérites dans
sa mobilité de configuration de ses espaces particulièrement
adaptés à la création contemporaine.
C'est d'ailleurs encore cette transformation de parcours que le visiteur
pourra éprouver cet été pour les expositions des
artistes Irwin et Morris, ainsi que d'un choix de travaux de la collection
du Musée appartenant au mouvement Fluxus.
Un étage pour Fluxus, le second pour Morris et le troisième
pour Irwin.
Au premier niveau, donc, une donnée conceptuelle forte, héritage
de Duchamp, le mouvement Fluxus démarre en 1961 à New York
sous l'impulsion d'un galeriste/artiste Maciunas. Fluxus fait fi des catégorisations
artistiques et voit en son sein agir des musiciens (John Cage) des poètes,
des plasticiens.
Le mouvement se déplace en Allemagne à Wiesbaden et va essaimer
en Europe au travers d'expériences qui mêlent différentes
disciplines.
Opposé à la fétichisation de l'art animé par
une volonté de rapprocher l'art et la vie, c'est ce que vous serez
amené à voir face aux travaux de Filliou, Brecht, Maciunas,
Moore, Nam June Paik, Warhol, Kaprow, Flynt, entre autres; un mouvement
qui de toute évidence a décoiffé la nature de l'art
avec un sèche-cheveux qui aurait pu être fabriqué
par les Dadaïstes et dont la puissance de souffle a ébranlé
tous les académismes. Nous vous laissons en pâture la définition
du mot Art donné par Filliou : "Ce qu'il faut incorporer dans
la vie de chacun pour en faire un art de vivre. Remplacer ce terme par
création permanente."
Bon une fois les cheveux en bataille place au silence de la contemplation
(d'ailleurs Filliou n'aurait peut-être pas dédaigné
cette transition, lui qui finit sa vie dans un monastère Zen).
Je n'ai donc plus qu'à me taire pour vous laisser de manière
différente certes, déambuler autant chez Morris que chez
Irwin, et expérimenter votre perception.
Regard toujours regard, renvoi, lumière, espace infini, espace
bloqué, enfin quoi de l'art plastique !
Robert Irwin/Robert Morris/Poèmes à petite vitesse du 17
juin au 13 septembre au Musée d'art contemporain de Lyon
VALENCE
Au bout de la route de l'art contemporain : LA FIN DU VOYAGE ?
La boucle est bouclée, pour terminer la ballade nous retrouvons
des uvres du Fond Régional d'Art Contemporain (page 26) pour
une exposition intitulée : Voyage, de l'exotisme aux non-lieux.
Organisée conjointement par le musée de Valence connu pour
sa collection Hubert Robert (18ème siècle) et l'Institut
Art Contemporain de Lyon/FRAC. Nous vous invitons au dernier étage
du musée à découvrir l'aspect contemporain de cette
exposition. Vous ne vous privez pas des autres niveaux, car le propos
intéressant donne à voir l'évolution du regard de
l'artiste sur le déplacement, sur la terre étrangère.
En effet dans cette fin de 20ème siècle, nous semblons loin
du rêve exotique, de la découverte et du dépaysement.
N'y a-t-il plus d'évasions possibles dans cet espace terrestre
mondialisé ?
Banlieues, zones industrielles, zones commerciales de tous les pays fondez-vous
dans la même uniformité.
La difficulté des trajets au 17ème et au 18ème siècle
rendant les déplacements pénibles, dangereux et voire redoutables,
la vitesse acquise au 20ème siècle les rend presque abstraits,
insaisissables.
Yves Belorjey et ses banlieues, Allan Sekula et ses ports industriels,
Lisa Milroy et ses lieux déshumanisés, Philippe Durand et
la vitesse du TGV effaceur d'espace.
Seul Alain Bublex semble s'amuser dans une nostalgie futuriste de bricoleur
à roulettes.
Enfin toutes ces sortes de choses, entre aires d'autoroutes, parkings
et aéroports, les vraies vacances d'été en quelque
sorte...
Voyage du 14 mai au 30 août au musée de Valence
Plus au sud, c'est le Château des Adhémar à Montélimar
qui propose une belle exposition autour des uvres gravées
de Georges Braque (collection de la fondation Maeght) et cela jusqu'au
20 septembre. A Aubenas ce sera les Aubenades de la photographie pour
une 6ème édition du 16 juillet au 2 août. Photographies
avec deux expositions principales Palestine, regards croisés et
Partis pris, et des rencontres, des films et un Off. De belles images.
A Amenasse c'est la Villa du Parc qui reçoit jusqu'au 27 juin des
artistes autour d'un thème L'enlacement et l'enveloppe, pratiques
et métamorphoses textiles, avec les travaux de quelques artistes
contemporains. Des uvres surprenantes.
Préparé
par Laurent Mulot
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