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  JUIN N°28/29  



 

Sur les routes de l'Art Contemporain

BERNAR VENET - COMBINAISONS ALEATOIRES DE LIGNES INDETERMINEES - 1991/92 - MUSEE D’ART MODERNE ST ETIENNE

Il est de certaines routes comme de certaines idées; celles qui nous mènent à coup sûr dans un cul-de-sac. C'est rassurant parce que l'on sait où l'on va; même si l'histoire nous enseigne que la route de la réaction et du conservatisme nous conduit inévitablement aux voies sans issues du totalitarisme, et bien, il se trouve toujours des cons tragiques pour nous en resservir une louche.
Exemple :Pendant le frisson glacial des élections régionales certains voyageurs ont voulu faire une étape régénératrice en ouvrant le "Charlie-Hebdo" du 18 mars. Damned, mauvais plan, arrêt page 12 à l'hôtel CAVANNA.
Le taulier a plutôt l'air sympa avec sa tronche de Bacchus à la retraite, on lui confierait sa collection de tableaux sans soucis.
Erreur vous la retrouveriez brûlée ou recouverte d'une grosse couche de "plaisir".
Cavanna qui se targue de représenter le public moyen divise l'art en 2 parties : celui qui est à chier et celui qui fait naître en lui instantanément "un jaillissement de plaisir" (je lui laisse les interprétations psychanalytiques), l'art qui doit être "un plaisir instantané et immédiat... un jaillissement (encore) spontané de bonheur, de bonheur pour tous". Pour ceux qui croiraient que je recopie le texte de la jaquette d'une vidéo X produite par le Vatican ou le dernier speach de jean-Pierre Foucault, je répète qu'il s'agit d'un article sur l'art (ou sous l'art...).
Mais bon face à cette catégorie d'art éjaculatoire, Cavanna oppose l'art à chier, dans lequel il fourre pêle-mêle l'art contemporain, l'art moderne, les impressionnistes, le fauvisme et même ce pauvre Leonardo di Vinci; car "L'art n'est pas affaire de réflexion mais de pure sensibilité" aller à la fosse septique la "cosa mentale".
C'est quoi, le vrai Art, Cavanna, celui qui te fait venir sans les mains ?
A part un jaillissement de gerbe c'est tout ce que ce genre d'écrit peut susciter chez tous ceux qui croient à la recherche artistique.
L'art a toujours entretenu des rapports ambigus difficiles, incertains avec le pouvoir et le public. Reste que depuis un siècle et demi, il s'est en occident affranchi de certaines vicissitudes mais il s'en est créé d'autres, évidemment.
Les artistes ont besoin pour produire et pour montrer leurs œuvres de l'appui du pouvoir financier, politique et intellectuel.
Les différentes ambitions et logiques de ces pouvoirs sont parfois incompatibles et débouchent sur des récupérations, des censures, des stratégies impossibles à maîtriser par les artistes.
Mais au bout du compte l'important reste que la recherche continue, et opposer la sensibilité et la pensée, la connaissance et l'émotion, le plaisir et la réflexion aboutit à la sclérose, à la pensée unique, à la purification idéologique et j'en passe.
Les artistes ne sont pas des extraterrestres motivés par le "fric et la facilité"; ils proposent une autre manière de voir, miroir et critique du monde dans lequel nous sommes.
Où est l'arnaque ?
Alors laissons les troués du cigare dans leur impasse populiste et mettons les plein gaz sur les routes de l'art contemporain ébauchées par Mondrian, huilées par Duchamp, signalisées par Schwitters, à bord de notre bagnole compressée par César, de notre vidéo bus arrangé par Nan Jum Paik ou notre avion carrossé par Panamarenko nous enverrons des cartes postales écrites par Weiner. Nous nous arrêterons pour dormir dans le désert avec Richard Long avant de nous rafraîchir dans la piscine bleu azur de Turrell. Du rêve et de la réalité, de l'art vivant en somme.

PREAMBULE
Réaliser un dossier art contemporain en région Rhône-Alpes ne signifie pas présenter un panorama exhaustif du paysage de l'art plastique actuel dans notre région. Nous avons choisi un certain angle d'approche et ceci constitue le 1er volet appelant d'autres dossiers à venir. Nous n'aborderons pas ici les lieux alternatifs, les galeries privées, le marché, le rôle du ministère de la culture en région (DRAC),la formation des futurs artistes,la place ou la non-place des ateliers artistes dans la ville...Bien des questions qui nécessiteraient d'autres développements, mais les récentes attaques relevées ici et là contre l'art contemporain, les changements politiques menaçant l'existence et le fonctionnement de certaines institutions nous ont paru revêtir un caractère urgent.D'autre part, la saison est à la balade et au travers de vos pérégrinations il nous est apparu intéressant de vous signaler quelques étapes qui ne sont que des portes d'entrées pour aller fouiller plus loin avec ou sans nous, bien au-delà du musée, là-bas quelque part à des années lumières dans l'intimité que vous pourrez tisser en face d'une œuvre à la rencontre d'une essentielle trace d'humanité.Avant de nous embarquer sur les routes de l'art contemporain au travers de notre bon terroir rhône-alpin, n'oublions pas dans nos bagages d'emporter à côté du panier pique-nique, nos munitions et nos armes. La guerre est déclarée : le patron de la région Charles Millon a confié depuis le 30 avril le poste de vice-président à la culture à Pierre Vial, conseiller municipal de Villeurbanne, membre du bureau politique du Front national et représentant l'aile "dure" de l'extrême droite française. Lorsque l'on connaît l'importance et le poids financier du conseil régional dans la vie culturelle rhône-alpine, on sait qu'il n'est plus temps de s'inquiéter, ou de remarquer une dérive : Il faut s'armer pour combattre avant que les signaux d'alarmes ne se transforment en signaux de détresse :

AUX ARTS CITOYENS !

L'art contemporain, dans ce contexte guerrier, est et sera à coup sûr une cible d'excellence. En effet l'art plastique en particulier ne bénéficie pas, de par sa structure et sa matérialité, des mêmes "atouts" que d'autres formes artistiques (cinéma et musique par exemple). Il est beaucoup plus confidentiel, il ne se diffuse pas avec la même vitesse, avec la même ampleur. Les enjeux financiers et commerciaux qu'il génère sont minimes et surtout, il requiert un effort spécifique et substantiel de la part du public. Et puis vous le constatez quotidiennement la culture dite de "masse", c'est-à-dire cette espèce de pomme golden confectionnée au goût du plus grand nombre, distille sa compote de plus en plus densément pour recouvrir les initiatives de ceux qui font œuvres de recherche : Complexe cinématographique écrasant l'art et essai, Major Compagnie contre label indépendant, réduction voire disparition des crédits d'aides aux artistes, aux ateliers, aux projets, aux lieux de monstration et de diffusion.Que faire ?Tous nous remuer et nous mobiliser, les artistes, bien sûr, les médiateurs évidemment mais aussi et surtout, vous, le public car en entrant dans une salle d'exposition d'art contemporain, vous soutenez la recherche, vous la légitimez, vous la validez, vous lui insufflez la nécessaire énergie dont elle a besoin pour vivre. Stop.A ce moment du parcours beaucoup rétorquent que l'art contemporain est chiant, qu'il faut un mode d'emploi pour apprécier une œuvre, que c'est une prise de tête pour une bande de trituré du bulbe : Attention, danger. Et nous revenons à cet article de Cavanna exemplaire quand au mensonge nauséabond qu'il colporte : le divorce, voire l'incompatibilité entre l'émotion et la connaissance.Arrêtons-nous un instant sur un belvédère : il est indispensable de prendre un peu d'altitude pour "comprendre" le paysage et l'apprécier doublement. Le point de vue de Jean-Claude Conésa, docteur en histoire de l'art, universitaire et consultant à l'Institut Art Contemporain de Villeurbanne : J.C. Conésa mène un travail que l'on peut qualifier de médiation à l'Institut, c'est-à-dire qu'il porte un intérêt tout particulier à favoriser la relation entre une œuvre et un public, il a pour cela depuis 1992 mis en place (sous le patronage du directeur de l'Institut J.L. Maubant) une série d'action visant à aider à la compréhension et la connaissance des œuvres présentées dans le musée.Il s'agit de conférences, de débats, de séminaires, de colloques, mais aussi de leçons d'artistes. Une initiative assez originale pour être soulignée, qui implique un engagement supplémentaire de la part du créateur de l'œuvre qui est amené à dialoguer avec le public sur la démarche qu'il a entreprise. Au travers de cet échange, le questionnement posé par l'œuvre est mis en perspective, ou plutôt mis en mouvement entre les acteurs qui seuls peuvent donner vie à l'œuvre: le public, l'artiste, l'institution.Une démarche courageuse qui nécessite aussi le courage du public. Dans ce sens il ne s'agit pas d'un art élitiste, mais d'un art qui demande un effort : celui de remettre en question sa manière de voir.C'est dans cette mesure que J.C. Conésa déclare qu'en effet l'art n'est pas l'affaire de tous car il implique une volonté de connaître. Il ne viendrait à l'idée de personne d'opposer la connaissance de la composition de l'équipe de France de foot, de la stratégie des entraîneurs, du parcours de ses joueurs et du plaisir à assister à leur prochain match ?Alors pourquoi refuser à l'art ce que l'on accepte du reste.Pourquoi l'art devrait-il être évident ? J.C. Conésa souligne le fantasme qui hante la réception de la recherche esthétique. Le fameux "J'aime, j'aime pas". Qu'en est-il de cette adhésion que l'on penserait être "naturelle".Eh bien il faut se pencher du côté de l'émotion, ce trouble qui nous saisit au travers de nos sens, pour bien prendre conscience que la culture qui nous environne la façonne.Cette organisation de nos pulsions est si ancrée en nous qu'il est difficile et parfois impossible de la décrypter. Mais il faut reconnaître que cette émotion est construite, et n'a de cesse de se développer dans l'apprentissage.Nous en avons pourtant fait tous l'expérience, il suffit de traverser le théâtre romain de Fourvière avec un guide ou sans guide. Il suffit de marcher dans la forêt avec ou sans botaniste, de gravir une montagne avec ou sans géologue... Aurons-nous moins de plaisir armé de la connaissance ? Non. Bien plus nous le savons tous.Alors pourquoi demander à l'art contemporain l'impossible ? Ajoutez à cela que l'art est de l'ordre de l'exception, qu'il touche aux valeurs fondamentales de l'être, qu'il questionne la philosophie, notre rapport au monde, notre origine et notre finitude, vous voyez l'étendue du chantier...Merci du point de vue, Mr Conésa et navré de ne pas vous laisser la parole directement en 3 tomes, mais c'est la loi du genre !

Allez on embraye vers la prochaine étape : LE FRAC : Fond Régional d'Art Contemporain.
Bon, ceux qui n'ont pas encore commencé à éplucher leur pomme golden sur le papier que je suis en train de noircir avec plaisir, vous avez pu remarquer que la politique est étroitement liée à l'art et notamment en ce qui concerne l'implication de l'Etat (au travers du ministère de la culture) et de la région (conseil régional).
En effet, il existe une institution, le Frac, financé à part égale Etat et région, qui achète, collectionne et diffuse l'art contemporain chez nous, en Rhône-Alpes, le siège se situe à l'Institut d'Art Contemporain susnommé après avoir séjourné à la villa Gillet.
Après une période tumultueuse d'embrouilles financières, puis de stagnation, il redémarre en 93 surtout pour des actions de diffusion et c'est en novembre 1995 qu'arrive à sa tête Yannick Miloux, qui n'était pas cultivateur de choux-fleurs en Bretagne mais dirigeant pendant 8 ans du Centre d'Art à la criée à Rennes. Cette nouvelle responsabilité est conséquente, puisqu'il s'agit entre autres, d'acquérir des œuvres avec l'argent du contribuable. Il est évident que l'acquisition d'œuvres contemporaines pose une question : comment discerner ce qui semble être symptomatique de la création contemporaine sans recul historique, puisqu'il s'agit d'une histoire en train de se faire.
Quelle est donc l'attitude défendue par Y. Miloux ? Conscient des tâches que le Frac se doit d'assumer (acquisition, conservation et diffusion), le directeur se positionne théoriquement de la manière suivante : Il considère qu'il ne s'agit pas de dénicher le chef-d'œuvre de demain, mais plutôt de privilégier (au travers de sa sensibilité et de sa connaissance historique) la constitution d'une collection visant à montrer l'état de la recherche menée par les artistes.
Plaçant la démarche qui conduit à l'œuvre au premier plan, il cherche à acquérir non pas simplement l'œuvre aboutie, mais les étapes successives qui y conduisent). (Esquisse, projet, dessin préparatoire, texte, maquette etc...) dans un esprit de valorisation d'une idée qui prend forme. Un soucis qui paraît louable dans la mesure où il permet un engagement plus complet auprès de l'artiste et une compréhension plus facile du public qui pourra découvrir le cheminement de la genèse à l'œuvre. Alléluia, une invention à saluer, qui s'inspire d'une philosophie esthétique posant la matérialité de l'œuvre comme un indice : il y aurait plus à voir dans une œuvre que ce que tu regardes.
Entouré d'un comité d'experts éclectiques pour l'aider dans ses décisions d'acquisition, ne rechignant pas sur la possibilité de rencontre hasardeuse avec des artistes, mêlant des étudiants au montage des expositions, Y. Miloux se définit comme un "artisan post industriel" qui prône le contact direct avec les artistes. Inutile de vous dire encore une fois que les choix opérés ne sont pas forcément de l'ordre de l'opinion commune et même de l'opinion de certains.
Certains qui ne manqueront certainement pas de lui faire savoir.
Yannick Miloux semble déterminé à suivre ses convictions esthétiques jusqu'au bout. La tâche ne sera pas simple. Mais rappelons-nous que l'art est difficile, qu'il fait appel à des mécanismes complexes, qu'il génère des tensions et des contradictions qui sont en même temps indispensables à sa liberté.

ITINERAIRE : BISON MUTE

Du Frac à l'Institut Art Contemporain il n'y a qu'un pas, à vrai dire deux étapes en une, car le premier est hébergé par le second.
L'Institut qui se veut "avant tout un projet artistique, culturel et politique " est donc uni au Frac depuis 1993 : l'union fait la force. Moyens humains, projets communs, partage des ressources le mariage semble réussi et les bébés s'appellent expositions, conférences, débats, formations, documentation, circulation, ouverture aux différents publics, édition, cohérence entre politique d'achat et monstration.
Bref, un bel outil qui ne demande qu'à s'exporter, en témoigne d'ailleurs les partenariats déjà réalisés au Canada, en Allemagne, Autriche, Pays-Bas...
Sous l'impulsion de son directeur J.L. Maubant et en collaboration avec le Frac, les projets de développement s'articulent autour de réflexions sur les arts dans les espaces publics (à l'instar des réalisations Lyon Parc Auto. D'une attention particulière en direction d'actions pédagogiques, d'un rapprochement avec l'école du Magasin de Grenoble (voir article page suivante), de l'accueil de chercheurs étrangers et de l'édition d'un support d'information sur l'art contemporain en Rhône-Alpes. Enfin, rien que de bonnes intentions à suivre...
Mais aujourd'hui, si vous vous arrêtez à l'Institut, vous pourrez entrer dans le bestiaire, le jardin, la maison, la mémoire de Jérôme Basserode, un artiste de 40 ans originaire de Nice, vivant à Paris.
Entre l'organique et le mécanique, entre le naturel et la sophistication, Basserode semble se jouer avec bonheur des éléments constitutifs de l'œuvre d'art, de son rapport à la matière, de son inévitable dépassement, de la responsabilité de chacun à l'entretenir vivante, de son développement qui nous échappe.
Faut-il arroser les œuvres de Basserode ? Se rouler dans la cire, ou brouter les feuilles ?
Un travail qui de toute évidence défriche notre mémoire autant que la sienne, nous interroge sur la relation entre la racine et la branche, entre l'amabilité et l'humanité. Ce va-et-vient entre l'ordre et le désordre dynamisé par une bonne dose d'humour présente dans les inversions et les retournements de matières, la juxtaposition de matériaux, le foutoir et l'organisation.
La vie déborde toujours des boîtes dans lesquelles on les enferme, une exposition qui fissure, transplante et bouture. Bref la quinzaine du jardinage philosophique qui n'aurait rien à voir avec un art écologique, mais pourrait nous ouvrir sur une écologie de l'art.

"SCULPTURE ET RELIEFS"Rhône-Alpes : Le triangle d'art

Continuons sur la route et rappelons-nous que notre région bénéficie d'une implantation muséale remarquable en France. En effet, entre Lyon, St Etienne, Grenoble la région peut se targuer de tenir une position enviable.Prochain arrêt : Grenoble
Deux grandes institutions, l'une prestigieuse, l'autre plus confidentielle, offrent une activité diversifiée et un regard sur l'art lié à la nature différence de ces deux lieux : Le Musée de Grenoble et le Magasin -Centre National d'Art Contemporain.
Le Musée :
Cela fait maintenant plus de trois ans que le musée de Grenoble a investi son nouveau bâtiment sur les bords de l'Isère. Une architecture très réussie des frères Felix Faure, dont vous pouvez vous offrir le plan de masse en allant prendre un coup à la Bastille et en empruntant les "œufs". Une fois redescendus, vous ne pourrez qu'apprécier l'éclairage intérieur du musée, pénétré de lumière zénithale.
En ce qui concerne précisément l'art contemporain, ce n'est pas la vocation prioritaire de ce musée, même si son conservateur Serge Lemoine, spécialiste des avant-gardes, accueille régulièrement dans ses salles des artistes d'aujourd'hui. Vous y trouverez de quoi nourrir vos interrogations sur l'évolution de l'art du 20ème siècle, et par là comprendre ce qui a précédé notre présent.
Cet été, du 20 juin au 21 septembre dans la Tour de l'Isle (cabinet d'art graphique situé en bout du musée), vous pourrez voir les collages de Leon Polk Smith, un artiste américain d'importance en ce que sa recherche s'est orientée dès les années 50 à offrir un nouveau rapport entre la forme et le fond du tableau, une abstraction qui dynamise le positif et le négatif, la courbe et la déchirure, enrichis de l'emploi de matériaux divers.
Léon Polk Smith du 20 juin au 21 septembre au Musée de Grenoble
Allez, zou, après l'histoire, l'histoire récente, en avant pour l'histoire de demain.
Direction LE Magasin.
Depuis 12 ans le Centre national d'Art Contemporain diffuse une série d'expositions.
On y retrouve sous ses 2000 m2 de halle industrielle, une cafétéria, une librairie et les salles d'expositions.
Les activités proposées réunissent des conférences, des colloques, des débats, des stages de formation et même du "tourisme artistique"...
A son directeur, Yves Aupetitallot, nous avons posé la même question que vous retrouverez page 27 : Dans quelle mesure la vision du monde proposée par les artistes contemporains vous semble-t-elle plus que jamais salutaire voire indispensable ?
”J'ai le sentiment que les termes "salutaire" et "indispensable" sont peut-être trop forts dans un monde largement dominé par l'économie et ses conséquences négatives, voire les plus noires, en matière sociale et politique.
Quelle pourrait être effectivement la place des artistes dans cette société-là et quel crédit accorder à leur vision du monde ? Nous pouvons sérieusement envisager qu'ils n'y ont (ou n'y auront plus) aucune place et c'est précisément dans cet état des choses et des faits qu'ils deviennent indispensables et incarnent, avec d'autres, le champ humain et intellectuel dégagé du technicisme et du professionnalisme capable de reformuler les questions et les enjeux de toute communauté. Libres de tout langage machine ou de toute commodité de pensée ils développent sans cesse une réinvention du monde, une réarticulation de ses fondamentaux qui troublent la tradition et l'usage.
En cela ils sont indispensables et contribuent avec d'autres acteurs à une vision sans cesse renouvelée du monde”.

Merci, pour le reste à vous de voir cet été ces ensembles d'expos dont vous nous direz des nouvelles.
GRAV : Groupe de recherche d'art visuel. Un mouvement né dans les années soixante qui proposait une série d'œuvres introduisant précisément le mouvement, donc le temps. Des œuvres mobiles, des jeux d'optiques, de quoi s'amuser la perception.
OOPS : En contrepoids des œuvres du GRAV, à noter une sculpture de 12 mètres par 6 de John Tremblais (voir photo).
La ville en projets. Plus d'une vingtaine de participants (artistes, architectes, philosophes) ont travaillé sur le thème de la ville.
GRAV/OOPS - La ville en projet du 7 juin au 6 septembre au Magasin à Grenoble
Saint-Etienne
Il y a maintenant presque 11 ans que le musée de St Etienne a ouvert ses portes, nous ne commenterons pas ici encore une fois l'exceptionnelle richesse de la collection du Musée d'Art Moderne et nous vous promettons bientôt un article de fond sur ce bijou dirigé par Bernard Ceysson.
Nous vous signalons donc une exposition cet été de Bernar Venet, sculpteur de renommée internationale qui entretient avec le musée une relation très étroite.
Venet, sculpteur de l'aléatoire et de l'accident, entre en relation avec l'espace de manière monumentale, il traite l'acier comme un trait de crayon dont la mine peut à tout moment se briser pour rebondir. Port du casque obligatoire.
Bernar Venet du 19 juin au 6 septembre au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne
Quelques expositions à découvrir pendant l'été. Thierry Girard et ses photographies sur a route de Tôkaidô à la Galerie le Réverbère, en matière de photographie on ne peut oublier l'exposition qui a lieu à la Galerie Vrais Rêves, une collaboration avec le Schneider Museum du Southern Oregon University d'Ashland sous-titrée Histoires inventées/Images fabriquées. La collection Matisse au Musée des Beaux-Arts de Lyon bat un record d'affluence, c'est jusqu'au 28 juin. le Centre d'Art Plastique de Saint-Fons finit sa saison avec un artiste africain Barthélemy Toguo Tamokoué en relation avec le festival Noire Afrique, l'exposition s'appelle Parasites et celui-ci fera une performance le soir du vernissage le 12 juin à 18h30 intitulée Aïe.. Aïe.. Aïe..!


Itinéraire : Highway Star

Le Musée d'Art Contemporain est-il soluble dans la sueur des joggeur du Parc de la Tête d'Or, dans les rivières de monnaies du futur Casino, et dans les supers productions hollywoodienne de la boîte à images d'UGC.Tant que les conservateurs Thierry Prat et Thierry Raspail seront aux manettes de cette institution, il semble que nous ne sommes pas prêts d'y trouver une statue à l'effigie de Léonardo di Caprio.
Pour garder le moral dans cet environnement politico-urbain, il faut certainement aller chercher dans l'humour le ressort nécessaire pour croire que les artistes et les courants défendus par le musée continueront à trouver leur public et le soutien politique et financier indispensable.
De l'humour, Raspail paraît en faire l'usage, en témoigne sa réponse à la question que nous lui avons posée :
Dans quelle mesure la vision du monde proposée par les artistes contemporains vous semble-t-elle plus que jamais salutaire voire indispensable ?
"A cette question, je répondrai : Dans n'importe quelle mesure : le système métrique ou toute autre jauge qui autorise l'exploration de la démesure.
Laissons la parole à Robert Filliou : "Nous mesurons sans arrêt : j'ai voulu mesurer les gens par des systèmes non-métriques : par exemple ma taille est de 60 tomates et mon âge de 111 115 voyages Paris-Copenhague en train". L'art d'aujourd'hui est, comme à toutes les époques, un acte poétique, un regard sur le monde, un comportement. Heureusement l'art ne sert à rien, ne sert à rien d'autre qu’à créer des citoyens. C'est pourquoi tous les systèmes autoritaires l'exècrent. Si l'art a de l'humour en plus, c'est mieux. Bref, face à la rampante peste brune, il est inévitablement indispensable."
Bon depuis 14 ans le duo inscrit l'art contemporain dans sa version internationale (mais n'y a-t-il d'art contemporain ou d'art tout court qu'international) dans la ville de Lyon. Bref, de l'art occidental, ou plus précisément issu des civilisation à technologie avancée, (Japon, Europe, Amérique du Nord) enfin, ceux qui mènent la danse -G7 is watching you.
Alors voilà, nous vous l'avons déjà dit dans nos colonnes, depuis 1993 le MAC a son bâtiment conçu par Renzo Piano, un architecte qui vient d'ailleurs de signer la construction du centre culturel J.M. Tibaou à Nouméa en Nouvelle Calédonie et de montrer là-bas un talent d'une extraordinaire intelligence que l'on peut regretter de ne pas trouver dans la Cité Internationale...
Reste que le Musée lui-même offre une architecture intérieure dont nous avons déjà vanté les mérites dans sa mobilité de configuration de ses espaces particulièrement adaptés à la création contemporaine.
C'est d'ailleurs encore cette transformation de parcours que le visiteur pourra éprouver cet été pour les expositions des artistes Irwin et Morris, ainsi que d'un choix de travaux de la collection du Musée appartenant au mouvement Fluxus.
Un étage pour Fluxus, le second pour Morris et le troisième pour Irwin.
Au premier niveau, donc, une donnée conceptuelle forte, héritage de Duchamp, le mouvement Fluxus démarre en 1961 à New York sous l'impulsion d'un galeriste/artiste Maciunas. Fluxus fait fi des catégorisations artistiques et voit en son sein agir des musiciens (John Cage) des poètes, des plasticiens.
Le mouvement se déplace en Allemagne à Wiesbaden et va essaimer en Europe au travers d'expériences qui mêlent différentes disciplines.
Opposé à la fétichisation de l'art animé par une volonté de rapprocher l'art et la vie, c'est ce que vous serez amené à voir face aux travaux de Filliou, Brecht, Maciunas, Moore, Nam June Paik, Warhol, Kaprow, Flynt, entre autres; un mouvement qui de toute évidence a décoiffé la nature de l'art avec un sèche-cheveux qui aurait pu être fabriqué par les Dadaïstes et dont la puissance de souffle a ébranlé tous les académismes. Nous vous laissons en pâture la définition du mot Art donné par Filliou : "Ce qu'il faut incorporer dans la vie de chacun pour en faire un art de vivre. Remplacer ce terme par création permanente."
Bon une fois les cheveux en bataille place au silence de la contemplation (d'ailleurs Filliou n'aurait peut-être pas dédaigné cette transition, lui qui finit sa vie dans un monastère Zen).
Je n'ai donc plus qu'à me taire pour vous laisser de manière différente certes, déambuler autant chez Morris que chez Irwin, et expérimenter votre perception.
Regard toujours regard, renvoi, lumière, espace infini, espace bloqué, enfin quoi de l'art plastique !
Robert Irwin/Robert Morris/Poèmes à petite vitesse du 17 juin au 13 septembre au Musée d'art contemporain de Lyon
VALENCE
Au bout de la route de l'art contemporain : LA FIN DU VOYAGE ?
La boucle est bouclée, pour terminer la ballade nous retrouvons des œuvres du Fond Régional d'Art Contemporain (page 26) pour une exposition intitulée : Voyage, de l'exotisme aux non-lieux.
Organisée conjointement par le musée de Valence connu pour sa collection Hubert Robert (18ème siècle) et l'Institut Art Contemporain de Lyon/FRAC. Nous vous invitons au dernier étage du musée à découvrir l'aspect contemporain de cette exposition. Vous ne vous privez pas des autres niveaux, car le propos intéressant donne à voir l'évolution du regard de l'artiste sur le déplacement, sur la terre étrangère.
En effet dans cette fin de 20ème siècle, nous semblons loin du rêve exotique, de la découverte et du dépaysement. N'y a-t-il plus d'évasions possibles dans cet espace terrestre mondialisé ?
Banlieues, zones industrielles, zones commerciales de tous les pays fondez-vous dans la même uniformité.
La difficulté des trajets au 17ème et au 18ème siècle rendant les déplacements pénibles, dangereux et voire redoutables, la vitesse acquise au 20ème siècle les rend presque abstraits, insaisissables.
Yves Belorjey et ses banlieues, Allan Sekula et ses ports industriels, Lisa Milroy et ses lieux déshumanisés, Philippe Durand et la vitesse du TGV effaceur d'espace.
Seul Alain Bublex semble s'amuser dans une nostalgie futuriste de bricoleur à roulettes.
Enfin toutes ces sortes de choses, entre aires d'autoroutes, parkings et aéroports, les vraies vacances d'été en quelque sorte...
Voyage du 14 mai au 30 août au musée de Valence
Plus au sud, c'est le Château des Adhémar à Montélimar qui propose une belle exposition autour des œuvres gravées de Georges Braque (collection de la fondation Maeght) et cela jusqu'au 20 septembre. A Aubenas ce sera les Aubenades de la photographie pour une 6ème édition du 16 juillet au 2 août. Photographies avec deux expositions principales Palestine, regards croisés et Partis pris, et des rencontres, des films et un Off. De belles images. A Amenasse c'est la Villa du Parc qui reçoit jusqu'au 27 juin des artistes autour d'un thème L'enlacement et l'enveloppe, pratiques et métamorphoses textiles, avec les travaux de quelques artistes contemporains. Des œuvres surprenantes.

Préparé par Laurent Mulot