JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
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Abou Lagraa
Violatus |
Baignés
par essence dans Méditerranéa, Abou Lagraa et La Baraka
présentent en septembre le défilé de la biennale
pour la ville de Givors ainsi qu'une première création,
Violatus, au théâtre de la Croix Rousse. La baraka sans
doute mais aussi beaucoup d'intentions.
Violatus est donc la première pièce chorégraphiée
par Abou Lagraa pour sa jeune compagnie La Baraka, actuellement en
résidence à Annonay où nous avons pu voir l'avant
première au printemps. Première création mais
déjà tempête des sens pour six danseurs pris dans
le tourbillon d'une quête d'osmose dans le respect de leurs
différences. Violatus est une histoire, jamais figée,
celle d'Abou et des siens, celle des autres, une histoire qui au travers
des corps, a sa propre existence une heure durant. Une histoire avant
tout à dimension humaine.
Ici danser c'est aussi se raconter, sans détour, simplement
mais jamais facilement, quitte à meurtrir les corps ou laisser
les âmes à nu sur le tapis. Et ce dernier qui finira
par s'envoler dans sa rencontre avec des sonorités orientales
et tribales mises en boucle grâce à la dextérité
d'oreille d'Eric Aldea. Distillant auparavant sa science dans Bästard,
il assure ici un décloisonnement salutaire et judicieux entre
la danse contemporaine et une musique aux couleurs traditionnelles.
Les corps s'en nourrissent comme pour se réactiver dans une
vie qui n'est pas tous les jours facile. Des corps en duo ou non,
parfois seuls parmi tant d'autres, perdus, retrouvés à
même le sol. L'amour qui vient et puis s'en va. Des corps déchirés
malgré l'envie inaltérée de communier. Dès
lors la musique les envoûte tant elle exprime simultanément
la joie, la foi dans la fête mais aussi le désespoir.
Besoins de contacts. Regards qui s'animent. Recherche de quiétude
après la tourmente. Garder en soi ou expatrier violemment.
Les corps s'écoutent, se parlent, s'envient. Vont-ils s'y retrouver
? Question toujours latente. Réalité à laquelle
il est possible d'échapper. Maintenant les corps s'explosent,
redonnent le rythme. Celui de la danse, celui du cur pourtant
condamné à saigner, mais qu'importe. Les corps s'en
moquent et se libèrent de l'image que l'on a d'eux. Une seule
envie : suivre leur vraie nature. Sur cette terre et dans leurs envolées.
Alors ils encaissent la tension des déchirements, la tristesse
des renoncements et l'instabilité des pensées. Le monde
est tel qu'il est, toujours présent. Mais pourtant la terre
chante et du rire des corps, la scène se revitalise. Même
genoux à terre, les voilà qui se cherchent à
nouveau, réinventent, harmonisent et ça marche. La musique
ouvre le bal, réveille le temps, les corps sont repartis vers
d'autres aventures. Des rencontres faites d'orient et de fluidité.
Cela en valait toutes les peines. Maintenant s'amuser, se rouler par
terre. La respirer, la transpirer. Solidaires et confondus pour le
meilleur et pour nous le dire. Combinant leurs différences,
les corps arrivent à une totalité, unité criante
dans la diversité des sentiments. Un Violatus polychrome qui
se régénère en situations et qui ne masque rien,
surtout pas ses intentions. Les corps étaient bien des danseurs
mais voguant dans l'extrême. C'est sans doute cela, la danse
à visage humain. Tant mieux.
Laurent
Zine
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