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1998

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  SEPTEMBRE N°30  



 

Abou Lagraa
Violatus

Baignés par essence dans Méditerranéa, Abou Lagraa et La Baraka présentent en septembre le défilé de la biennale pour la ville de Givors ainsi qu'une première création, Violatus, au théâtre de la Croix Rousse. La baraka sans doute mais aussi beaucoup d'intentions.
Violatus est donc la première pièce chorégraphiée par Abou Lagraa pour sa jeune compagnie La Baraka, actuellement en résidence à Annonay où nous avons pu voir l'avant première au printemps. Première création mais déjà tempête des sens pour six danseurs pris dans le tourbillon d'une quête d'osmose dans le respect de leurs différences. Violatus est une histoire, jamais figée, celle d'Abou et des siens, celle des autres, une histoire qui au travers des corps, a sa propre existence une heure durant. Une histoire avant tout à dimension humaine.
Ici danser c'est aussi se raconter, sans détour, simplement mais jamais facilement, quitte à meurtrir les corps ou laisser les âmes à nu sur le tapis. Et ce dernier qui finira par s'envoler dans sa rencontre avec des sonorités orientales et tribales mises en boucle grâce à la dextérité d'oreille d'Eric Aldea. Distillant auparavant sa science dans Bästard, il assure ici un décloisonnement salutaire et judicieux entre la danse contemporaine et une musique aux couleurs traditionnelles. Les corps s'en nourrissent comme pour se réactiver dans une vie qui n'est pas tous les jours facile. Des corps en duo ou non, parfois seuls parmi tant d'autres, perdus, retrouvés à même le sol. L'amour qui vient et puis s'en va. Des corps déchirés malgré l'envie inaltérée de communier. Dès lors la musique les envoûte tant elle exprime simultanément la joie, la foi dans la fête mais aussi le désespoir. Besoins de contacts. Regards qui s'animent. Recherche de quiétude après la tourmente. Garder en soi ou expatrier violemment. Les corps s'écoutent, se parlent, s'envient. Vont-ils s'y retrouver ? Question toujours latente. Réalité à laquelle il est possible d'échapper. Maintenant les corps s'explosent, redonnent le rythme. Celui de la danse, celui du cœur pourtant condamné à saigner, mais qu'importe. Les corps s'en moquent et se libèrent de l'image que l'on a d'eux. Une seule envie : suivre leur vraie nature. Sur cette terre et dans leurs envolées. Alors ils encaissent la tension des déchirements, la tristesse des renoncements et l'instabilité des pensées. Le monde est tel qu'il est, toujours présent. Mais pourtant la terre chante et du rire des corps, la scène se revitalise. Même genoux à terre, les voilà qui se cherchent à nouveau, réinventent, harmonisent et ça marche. La musique ouvre le bal, réveille le temps, les corps sont repartis vers d'autres aventures. Des rencontres faites d'orient et de fluidité. Cela en valait toutes les peines. Maintenant s'amuser, se rouler par terre. La respirer, la transpirer. Solidaires et confondus pour le meilleur et pour nous le dire. Combinant leurs différences, les corps arrivent à une totalité, unité criante dans la diversité des sentiments. Un Violatus polychrome qui se régénère en situations et qui ne masque rien, surtout pas ses intentions. Les corps étaient bien des danseurs mais voguant dans l'extrême. C'est sans doute cela, la danse à visage humain. Tant mieux.

Laurent Zine