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1997

JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana

FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille

MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx

Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois

AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes

MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore

JUIN N°17
Tom Cora
Faust

SEPTEMBRE N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie

Les quatres saisons

OCTOBRE N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard

NOVEMBRE N°21
Jean-François Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre

DECEMBRE N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie

  MARS N°14  


S. Ouzounoff©

 

Musiques en scène

Chaque année au mois de mars, le GRAM installe Musiques en Scène en divers endroits de la ville poussant certains concerts un peu plus loin dans la région. Cette année sera marquée‚ plus spécialement par l'Extrême-Orient (Pékin, Shangai) des pièces traditionnelles avec l'Ensemble Huaxia qui interprétera aussi des œuvres du répertoire contemporain, mélangeant pour le plus grand plaisir du public, une programmation qui va du répertoire contemporain aux musiques nouvelles, des installations sonores les plus ahurissantes, des conférences, des rencontres, des films, avec des points forts, des points très forts.

Un concert Jean-Claude Eloy, une rencontre entre la voix de Yumi Nara originaire du Japon et celle de Fatima Miranda chanteuse venue d'Espagne. Un concert impressionnant de qualité, à découvir au Théâtre de la Renaissance le 18 mars. Ce même théâtre qui le 21 mars accueillera sous le titre Du slavon sur mars ? La Cie Lanicolacheur, un concert performance autour de la langue, le sanscrit, le martien, l'ultramartien... une forme de théâtre musical plein d'humour puis Jacques Di Doneda et Xavier Charles, duo des plus tonique vont nous emmener aux sons de leurs instruments (clarinettes, saxophones, bombarde, appeaux, percussions...). Improvisateurs de la scène jazz ce concert s'annonce comme très prometteur et sans tristesse.
Le 22 mars au Théâtre de Vienne un concert en deux temps, d'abord des pièces de Berio, Kagel et Scelsi, puis six créations. Une commande a été faite à six compositeurs d'écrire des pièces autour des poèmes de Jacques Roubaud. Des pièces pour huit voix mixtes, violoncelle, percussions et clavier. L'humour sera là aussi présent avec une pièce de Jean-Pierre Drouet, de Marc Lauras, James Giroudon...
La liste des compositeurs est telle qu'elle ne peut que laisser rêveur le public ( Stockhausen, Bartok, Drouet, Mache, Metamkine, Cage, Bach, Berio...) en tout 66 compositeurs et 22 créations.
Un des événement sera de découvrir l'ensemble Huaxia qui interprétera plusieurs pièces de compositeurs chinois contemporains. La particularité de cet ensemble est l'utilisation des instruments traditionnels pour des œuvres contemporaines. D'autres pièces seront interprétées par l'ensemble Orchestral Contemporain dirigé par Daniel Kawka. Le reflet de la tradition émerge de ces compositions qui ont su intégrer des formes occidentales.
Chen Qigang fait partie de cette génération de compositeurs nés dans les années 50 et qui subirent les affres de la révolution culturelle chinoise. Son père fut envoyé dans un camp de concentration et lui fut enfermé pendant trois ans dans une caserne afin de recevoir "une éducation idéologique". En 1984, il arrive à Paris et devient pendant quatre ans l'unique élève d'Olivier Messiaen. Sa musique est le reflet de ces deux cultures, l'Orient et l'Occident !


Yves de Kermel ©

Entretien avec Chen Qigang

J'imagine que votre rencontre avec Olivier Messiaen, le travail accompli en sa compagnie fait partie des moments importants de votre vie de musicien ?
La rencontre était importante pour moi, quand je suis arrivé en France je ne pensais pas que je pourrais travailler avec des musiciens si importants dans la musique actuelle. J'étais à Bordeaux dans la cité universitaire pour apprendre la langue, et ça a été vraiment une surprise. Il a répondu très vite à mon courrier, il disait être très touché par ma lettre et voulait me rencontrer avant de me donner une réponse absolue. C'est un moment décisif et aussi incontournable de ma vie, c'était très impressionnant pour moi. La préparation de l'entretien avec Messiaen fut très difficile, je ne parlais pas la langue. Mais ce fut fantastique, notre premier entretien a duré quatre heures.
Comment s'effectue pour vous le choix de composer pour des instruments traditionnels, tels que pour "San Xiao" qui sera joué à Lyon ?
Je ne peux pas l'expliquer tout de suite, ça appartient à une histoire. A partir de Messiaen, en tant qu'élève, il m'a encouragé à être moi-même, pour vous c'est tout à fait ordinaire, pour moi c'était très difficile, car nous avions reçu en Chine une éducation qui impliquait d'être un serveur ou un serviteur de l'état, de la société ou du peuple, on ne nous a jamais encouragé pour être nous-mêmes. Etre soi-même c'est important, mais ce n'est pas la seule chose qui peut qualifier la création. La musique est beaucoup plus complexe que ça, être différent, c'est une chose, mais composer une bonne musique c'est quelque chose que l'on ne peut jamais décrire par les mots ou par telle ou telle théorie. Nous sommes issus d'une culture vraiment très différente, je ne peux pas être dans l'esprit d'un compositeur européen, bien sûr il n'y a pas de compositeur européen type, mais ici on a une habitude, une attitude de pensée ou de regard envers soi-même ou les autres, que je ne peux pas avoir. Dans l'histoire de la Chine, il n'y a pas de notion de compositeur, il y a seulement la notion de créateur.
Il y aura une création "Poème Lyrique II" pour baryton et ensemble, on s'approche plus du répertoire contemporain par l'instrumentation, vous aimez les contrastes ?
Dans cette œuvre là, j'ai utilisé un poème qui à été écrit par un grand poète chinois qui a déjà mille ans. Il y a trois points essentiels dans cette pièce, un poème de mille ans traité avec la voix, traité d'une façon opéra de Pékin qui date de deux à trois cents ans et un ensemble d'instruments occidentaux typiques de la musique contemporaine actuelle. J'ai pris la voix comme fil conducteur, Shi Kelong qui chante a étudié en Chine à l'Opéra de Pékin et aussi à l'Ecole de l'Opéra de Paris, il a une voix qui a une étendue très large surtout quand il chante d'une façon Opéra de Pékin, dans ce cas on a toujours besoin d'une voix très aiguë. Le poème exprime le sentiment de séparation, quand j'ai écrit la musique j'étais dans la même situation, je me disais l'homme reste immuable. Ce poème est hyper connu en Chine, on peut dire que c'est un des plus grands.
Quels sont les compositeurs occidentaux qui vous ont le plus marqué ?
Ce sont d'abord les compositeurs qui ont déjà une culture ou une envie d'échange entre l'Occident et l'Orient comme Debussy, Ravel, Britten, Puccini, surtout des compositeurs de la fin 19 e ou début 20 e. Sinon dans la musique contemporaine, Ligeti, vous allez voir ce sont des compositeurs qui sont sensibles à la notion de couleur, de l'expression et pas du tout la notion de construction mathématique, bien sûr la musique de Messiaen pour la couleur harmonique, c'est quelque chose de très important pour moi.

Propos recueillis par Bruno Pin

Impressions en scène
Pour tous ceux qui croient que la création musicale contemporaine est figée, allez faire un tour au festival Musiques en Scène et plus particulièrement aux installations. Les musiciens sont fous. Au vu des installations proposées les années antérieures, comment ne pas se poser la question. Ainsi en 1995 Pour "les Personnes", il y avait jets de pierres, graviers sur le sol et raisonnantes magnétiques. Pièces de mécano qui frottaient, tapaient des vieux instruments de musique pour Pierre Bastien. Le plus beau, et le plus fort est que ces pièces dégagent beaucoup d'émotion et de plaisir. De plus il y a souvent une dimension ludique dans ces œuvres qui fait que cela peut être vu par toute la famille. Petits et grands seront interpellés et cela pourra changer pour certains leurs rapports aux objets musicaux."Tout est musique". Le 15 mars, à 14h 30 aura lieu le vernissage au Palais de Bondy, on pourra essayer de comprendre ces drôles de machines.
Le même jour, à 20h 30 aura lieu une "Belle Nuit Musicale" au théâtre de la Renaissance. On pourra voir les films d'animations musicaux de Folimage (Valence) le compositeur Luc Ferrari, électro-acousticien adoré par plein de gens (Jim O'Rourke notamment) et aux titres de pièces évocateurs (Brise glace). Il y aura aussi la cellule Métamkine (cf. le 491 d'octobre) qui s'associera aux suisses Nachtluft pour nous délivrer un grand moment sonore et visuel. De plus le Concert Impromptu et l'Ensemble B. Britten, nous joueront des pièces de Cage, Riley, Stockhausen... Une belle soirée en perspective. Et puis le festival permettra de découvrir la musique chinoise traditionnelle et contemporaine. Cela montrera au quidam que la Chine (ce pays des droits de l'homme....) a peut-être une musique moins zen et méditative que l'image stéréotypée de l'orient. À découvrir.

Ben Saglio