JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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David Anemian©
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Wladyslaw
Znorko
Le
traité des mannequins
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Cinq
ans après avoir rendu hommage à l'écrivain polonais
Bruno Schulz pour le centenaire de sa naissance, Wladyslaw Znorko signe
une deuxième fois la mise en scène et la scénographie
du "Traité des Mannequins". Une proposition inhabituelle,
d'après l'uvre de cet auteur assassiné en 1942,
d'une balle dans la tête par un S.S.
Au contraire des spectacles précédents, le créateurs
atypique Znorko n'a pas planté de train ou d'autocar dans son
décor. Ici, pas de véhicule comme leitmotiv d'une errance
nostalgique ou de l'universalité du voyage théâtral.
Le spectateur est invité à se coller à un plateau
rectangulaire bordé de fenêtres suspendues plus ou moins
opaques. Derrière cette vision difficile et trouble, se déroule
un curieux ballet de personnages dégingandés, où
se poursuivent l'auteur (Shulz) et son père à la quête
d'un livre. Celui-ci contiendrait, semble-t-il, les réponses
à la Grande Interrogation et l'on regrette, lors de certains
tableaux, de ne pas en posséder quelques feuillets pour mieux
partager le sens et la poésie de l'univers singulier qui nous
est offert. Car Znorko fabrique de très fortes images. Ses sons
résonnent en nous comme dans une cathédrale. De somptueuses
fumées aux odeurs de coulisses nous enivrent et sa scénographie
est superbe. Ses armoires sont remplies de fantasmes et de désordres
kafkaïens. Ses mannequins, tantôt humains tantôt zombies,
empruntent à Kantor, maître du théâtre mécanique
de l'absurde. Mais en refusant de donner un théâtre plus
explicite, il ne nous laisse pas accéder facilement à
l'émotion et à la compréhension de son propre rêve.
En proposant un théâtre presque dépouillé
de texte, agité de mouvements convulsifs, où le regard
est gêné quel que soit l'angle de vue choisi, il crée
un théâtre peut-être inutilement complexe. Au risque
d'ailleurs, de produire chez certains une réaction épidermique
contraire à l'objectif poursuivi.
Znorko, c'est sûr, ne fait pas un théâtre commun
: il travaille davantage comme un peintre-chorégraphe que comme
un metteur en scène. On approche cette dramaturgie d'une autre
dimension un peu comme une uvre d'art. Il faut regarder, sentir,
se balader autour, écouter le silence et les bruits, se laisser
séduire -ou pas-. Dans ce monde déchiré, entre
réel et imaginaire, il faut essayer de s'abandonner sans préjugés
et sans résistances mentales à son plus primal plaisir.
Ici, on est obligé de transgresser le système de critiques
traditionnellement utilisé au théâtre : la qualité
du texte, le jeu des acteurs, l'efficacité de la mise en scène
? Ce schéma d'analyse presque binaire n'a plus lieu d'être
dans l'espace Znorko : il faut oublier et lâcher prise pour découvrir
de nouvelles sensations. Le beau ne suffit pas à tout le monde,
mais il faut connaître Wladyslaw Znorko et le regarder -libéré
de toutes entraves- projeter son esprit prolixe.
On aimerait qu'il nous jette parfois quelques passerelles, mais celui-là
invente un théâtre qui ne laisse personne indifférent.
Lui.
Gabin
Gabriel
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