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1997

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  AVRIL N°15  


David Anemian©

 

Wladyslaw Znorko
Le traité des mannequins

Cinq ans après avoir rendu hommage à l'écrivain polonais Bruno Schulz pour le centenaire de sa naissance, Wladyslaw Znorko signe une deuxième fois la mise en scène et la scénographie du "Traité des Mannequins". Une proposition inhabituelle, d'après l'œuvre de cet auteur assassiné en 1942, d'une balle dans la tête par un S.S.
Au contraire des spectacles précédents, le créateurs atypique Znorko n'a pas planté de train ou d'autocar dans son décor. Ici, pas de véhicule comme leitmotiv d'une errance nostalgique ou de l'universalité du voyage théâtral.
Le spectateur est invité à se coller à un plateau rectangulaire bordé de fenêtres suspendues plus ou moins opaques. Derrière cette vision difficile et trouble, se déroule un curieux ballet de personnages dégingandés, où se poursuivent l'auteur (Shulz) et son père à la quête d'un livre. Celui-ci contiendrait, semble-t-il, les réponses à la Grande Interrogation et l'on regrette, lors de certains tableaux, de ne pas en posséder quelques feuillets pour mieux partager le sens et la poésie de l'univers singulier qui nous est offert. Car Znorko fabrique de très fortes images. Ses sons résonnent en nous comme dans une cathédrale. De somptueuses fumées aux odeurs de coulisses nous enivrent et sa scénographie est superbe. Ses armoires sont remplies de fantasmes et de désordres kafkaïens. Ses mannequins, tantôt humains tantôt zombies, empruntent à Kantor, maître du théâtre mécanique de l'absurde. Mais en refusant de donner un théâtre plus explicite, il ne nous laisse pas accéder facilement à l'émotion et à la compréhension de son propre rêve. En proposant un théâtre presque dépouillé de texte, agité de mouvements convulsifs, où le regard est gêné quel que soit l'angle de vue choisi, il crée un théâtre peut-être inutilement complexe. Au risque d'ailleurs, de produire chez certains une réaction épidermique contraire à l'objectif poursuivi.
Znorko, c'est sûr, ne fait pas un théâtre commun : il travaille davantage comme un peintre-chorégraphe que comme un metteur en scène. On approche cette dramaturgie d'une autre dimension un peu comme une œuvre d'art. Il faut regarder, sentir, se balader autour, écouter le silence et les bruits, se laisser séduire -ou pas-. Dans ce monde déchiré, entre réel et imaginaire, il faut essayer de s'abandonner sans préjugés et sans résistances mentales à son plus primal plaisir. Ici, on est obligé de transgresser le système de critiques traditionnellement utilisé au théâtre : la qualité du texte, le jeu des acteurs, l'efficacité de la mise en scène ? Ce schéma d'analyse presque binaire n'a plus lieu d'être dans l'espace Znorko : il faut oublier et lâcher prise pour découvrir de nouvelles sensations. Le beau ne suffit pas à tout le monde, mais il faut connaître Wladyslaw Znorko et le regarder -libéré de toutes entraves- projeter son esprit prolixe.
On aimerait qu'il nous jette parfois quelques passerelles, mais celui-là invente un théâtre qui ne laisse personne indifférent. Lui.

Gabin Gabriel