JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Philippe
Vincent
Réquiem
pour les Bonnes
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Philippe
Vincent s'attaque au texte de Jean Genet "Les bonnes". Dire
qu'il s'attaque au texte n'est pas un euphémisme, Philippe Vincent
prend le texte comme un matériau, le travaille, l'explose, c'est
vrai qu'il a le don de surprendre, nullement pour leurrer le spectateur,
mais parce que l'on sent en lui une envie de prendre ce théâtre
et de secouer son vieux rideau rouge. Le théâtre se doit
de nous emmener ailleurs, prise de parole, prise de position il se doit
de rester du spectacle "bien" vivant. Qu'attendre de ses mises
en scène qui ronronnent comme des gros matous engraissés
par des années bien à l'abri du risque. Philippe Vincent
fait partie de ces metteurs de théâtre qui saisissent le
texte, la mise en scène, les gestes et qui amènent les
comédiens au bout d'une uvre, pour le cas présent
celle de Jean Genet.
Les premières créations de Philippe Vincent datent du
début des années 1990, avec "L'homme dans l'ascenseur"
de Heiner Müller et "Je chie sur l'ordre du monde" textes
: Hamlet-Machine. Il reviendra souvent sur l'uvre de Heiner Müller
avec "Mauser", puis l'année passée "L'affaire
de la rue de Lourcine" avec un prologue de Heiner Müller "Paysage
sous surveillance". Manifestement Philippe Vincent aime surprendre
avec du talent.
Assistant à une répétition, au travail des comédiennes
et du metteur en scène, dès les premières minutes,
on sait que l'on est devant une pièce forte. Claire Cathy, Anne
Ferret et Anne Raymond sont des comédiennes d'où jaillit
le texte avec intensité, avec violence, revoir cinq fois de suite
la première scène (Philippe Vincent guidant) évoluer
de cette façon là, fut un de ces moments où l'on
se dit qu'on vient de revoir du théâtre. Un prologue et
six scènes, la musique installe une ambiance tendue. Les comédiennes
évoluent dans une étrange chorégraphie, qui est
Madame ? qui sont les bonnes ? Les bonnes jouent à Madame. Les
masques vont tomber. Le texte de Genet est toujours aussi intense dans
sa dramatique et la complexité des personnages.
Le choix de mettre en scène les Bonnes de Jean
Genet n'est sûrement pas un hasard ?
Ce n'est pas moi qui l'ai choisi, c'est Philippe Faure. C'est une commande,
qui n'est pas vraiment une commande, il m'a demandé si je voulais
monter les Bonnes. Pourquoi pas !
Vous avez l'habitude de surprendre par vos mises en scènes,
c'est un rapport de force que vous entretenez avec le théâtre
?
Oui, les textes comme on les travaille c'est de rester en conflit avec
les choses. Pas défier les textes ni le théâtre,
ça reste un outil dont on peut se servir. Un outil on peut taper
dessus, c'est costaud un outil pour construire quelque chose, même
si on ne sait pas exactement ce qu'on veut construire au moins on a
un matériau. Le texte c'est pareil, il faut qu'il reste un outil.
Le texte c'est un prétexte...
Non, le texte c'est un matériau qui existe, comme un bout de
bois. Ce nest pas un prétexte, vous prenez une pierre,
vous taillez un arc dedans vous aurez exactement l'arc, mais l'arc vous
pourrez jamais vous en servir parce qu'il n'aura pas la souplesse, donc
il faudra prendre du bois. Le matériau il impose certaines choses,
telle manière d'être, telle attitude à adopter par
rapport à lui. Donc après, je m'en fous du côté
explication de texte, on nest pas là pour expliquer les
textes, c'est dans les écoles, ceux que ça intéresse
qu'ils le fassent. On est issu de la littérature, on n'est pas
au service de la littérature.
C'est le texte sur scène...
Je suis pour la profération du texte, la vocifération
du texte, j'aime qu'il soit porté. Après il faut trouver
un rapport au public, il ne faut pas créer le quatrième
mur, il n'y a pas d'illusions scéniques à avoir.
La musique est un élément assez important dans vos
pièces ?
Mon travail est énormément lié à la musique,
je fonctionne plus par rapport au rythme. Pour les Bonnes ça
a été flagrant, on a trouvé des situations, comment
faire sonner le texte, pas un sens mais plus une signification. Il ne
faut pas oublier le sujet que l'on traite, ne pas tomber dans l'exercice
de style formel. Après on travaille sur le sujet des Bonnes qui
est explicable en deux mots : deux bonnes qui veulent tuer leur maîtresse,
c'est simple, il n'y a pas à tergiverser. Genet quand il écrit
la pièce, il dit et redit différemment qu'on veut tuer
madame, ne pas y arriver et après mourir. Nous avons joué
plus sur le côté mental des bonnes, c'est comme si on était
à l'intérieur de leurs têtes.
Vous êtes-vous servis des indications de Genet ?
Je ne les ai pas lues. J'ai lu d'autres textes qui parlent des Bonnes.
Je ne sais pas si c'est lui qui le disait "mais, il disait que
chaque soir il fallait tirer au sort pour savoir quelle comédienne
jouerait tel rôle"
Heiner Mûller fait partie de vos auteurs favoris ?
C'est vrai, c'est un auteur qui fait vraiment irréférence
(je dis ça, mais s'il voyait ça il ne dirait peut-être
pas pareil) mais je m'en fous, il est mort. De toute façon le
principe de l'uvre de Müller c'était de trahir. Trahissons
Müller pour y être fidèle.
Le cinéma...
Godard, d'ailleurs ils se ressemblent avec Müller, ils ont un peu
la même tronche avec leurs lunettes et leurs cigares.
Bruno
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