Il
vous faut imaginer une autre vision de Shakespeare, une sorte de monde
où les personnages des drames Shakespeariens (Henry VI, Richard
II, Richard III...) se retrouvent dans lunivers particulier
de Michel Laubu et de son Turak Théâtre.
Turak
Théâtre nous offre une belle tempête, avec un drôle
de titre, long comme une tempête, où défilent
une succession de rois. Troisième volet du triptyque Shakespearien
qui débuta en 1994, Michel Laubu revisite à sa façon,
le propos de Shakespeare, notamment à travers Richard III et
Henry VI. Ces uvres dramatiques décrivent les ravages
que font naître la corruption du pouvoir, Michel Laubu a mis
tous ces rois sur une scène et va les passer dans une drôle
et belle moulinette turakienne. Six en tout vont se retrouver sur
scène, se tuant pour prendre la place de lautre. Dès
la première scène la tempête est là, le
décor et la musique sappliquent à rendre laction
encore plus forte. La vieille 4 CV (Shakespeare utilisait quatre chevaux
pour se déplacer) est bousculée, mouillée par
la pluie. On rentre dans laction dramatique avec une touche
particulière, faite de la dérision et du bric à
brac propre au Turak. Richard III arrivant la tête dans un seau
et disant Sa majesté, avez-vous entendu le rire du sot
?. Richard III est un bouffon, les rois sont bousculés,
mais loin de la parodie. Michel Laubu utilise les objets pour faire
voyager le public, et pour toucher à limaginaire. Henry
VI revenant dexil, Prospéro et la perfidie de son frère,
les comploteurs vêtus de noir dans un coin de la scène.
Le contenu de la pièce passe aussi par les objets et les décors,
cette passerelle mobile qui devient tour à tour château,
passage secret, chemin dans la forêt, puis cette tour, entre
donjon et phare avec ses fenêtres, nous renvoie au monde légendaire
de la Turakie. Les batailles et la chevauchée finale qui emportent
les six rois au paradis, tout lensemble est fait pour porter
une poésie pleine de charme. Lon sourit, Michel Laubu
et sa compagnie ne se sont pas égarés dans la dramatique
Shakespearienne, et nont rien perdu de leur délicate
gestuelle. La teneur dramatique ponctuée dune belle facture
musicale par les deux instrumentistes qui passent des percussions
à la clarinette, au luth, à la guitare, au saxophone
soprano et le chur des comédiens et comédiennes
nous donnent un beau moment. Suite au Songe dune nuit
des rois et leurs quatre Avis de Tempête,
lon sent que Michel Laubu travaille de façon différente,
que la trame dramatique, même et heureusement, traitée
à la façon du Turak, a pris forme de manière
plus concrète. Cest la première fois que Michel
Laubu travaille sur des intrigues, lenvie quil en avait
est faite de touches discrètes, vous naurez pas de rois
morts en ouvrant les bras et hurlant, la mise en scène est
toute de finesse. On découvrira même quelques répliques,
chose nouvelle pour le Turak. L'action est moins éclatée,
plus recentrée sur scène, mais je ne vous dévoilerai
pas les surprises qui vous attendent, les fidèles du Turak
Théâtre savent que Michel Laubu est riche de trouvailles,
les petits détails importants font la magie et la poésie
de son théâtre. Le robinet, emblème de la Turakie,
est présent dès le début. Les comédiens
et comédiennes sont excellents, savent évoluer avec
souplesse, suivant le rythme ondoyant de la musique. On se régale,
on est porté par le spectacle, la poésie est toujours
là. Michel Laubu nous offre une très belle tempête.
À vous de venir la découvrir.
Bruno
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