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1997

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  NOVEMBRE N°21  



 

Turak Théâtre
Très longtemps d’après la tempête on aura pris soin de clouer la première vague au plancher de la scène

Il vous faut imaginer une autre vision de Shakespeare, une sorte de monde où les personnages des drames Shakespeariens (Henry VI, Richard II, Richard III...) se retrouvent dans l’univers particulier de Michel Laubu et de son Turak Théâtre.

Turak Théâtre nous offre une belle tempête, avec un drôle de titre, long comme une tempête, où défilent une succession de rois. Troisième volet du triptyque Shakespearien qui débuta en 1994, Michel Laubu revisite à sa façon, le propos de Shakespeare, notamment à travers Richard III et Henry VI. Ces œuvres dramatiques décrivent les ravages que font naître la corruption du pouvoir, Michel Laubu a mis tous ces rois sur une scène et va les passer dans une drôle et belle moulinette turakienne. Six en tout vont se retrouver sur scène, se tuant pour prendre la place de l’autre. Dès la première scène la tempête est là, le décor et la musique s’appliquent à rendre l’action encore plus forte. La vieille 4 CV (Shakespeare utilisait quatre chevaux pour se déplacer) est bousculée, mouillée par la pluie. On rentre dans l’action dramatique avec une touche particulière, faite de la dérision et du bric à brac propre au Turak. Richard III arrivant la tête dans un seau et disant “Sa majesté, avez-vous entendu le rire du sot ?”. Richard III est un bouffon, les rois sont bousculés, mais loin de la parodie. Michel Laubu utilise les objets pour faire voyager le public, et pour toucher à l’imaginaire. Henry VI revenant d’exil, Prospéro et la perfidie de son frère, les comploteurs vêtus de noir dans un coin de la scène. Le contenu de la pièce passe aussi par les objets et les décors, cette passerelle mobile qui devient tour à tour château, passage secret, chemin dans la forêt, puis cette tour, entre donjon et phare avec ses fenêtres, nous renvoie au monde légendaire de la Turakie. Les batailles et la chevauchée finale qui emportent les six rois au paradis, tout l’ensemble est fait pour porter une poésie pleine de charme. L’on sourit, Michel Laubu et sa compagnie ne se sont pas égarés dans la dramatique Shakespearienne, et n’ont rien perdu de leur délicate gestuelle. La teneur dramatique ponctuée d’une belle facture musicale par les deux instrumentistes qui passent des percussions à la clarinette, au luth, à la guitare, au saxophone soprano et le chœur des comédiens et comédiennes nous donnent un beau moment. Suite au “Songe d’une nuit des rois” et leurs quatre “Avis de Tempête”, l’on sent que Michel Laubu travaille de façon différente, que la trame dramatique, même et heureusement, traitée à la façon du Turak, a pris forme de manière plus concrète. C’est la première fois que Michel Laubu travaille sur des intrigues, l’envie qu’il en avait est faite de touches discrètes, vous n’aurez pas de rois morts en ouvrant les bras et hurlant, la mise en scène est toute de finesse. On découvrira même quelques répliques, chose nouvelle pour le Turak. L'action est moins éclatée, plus recentrée sur scène, mais je ne vous dévoilerai pas les surprises qui vous attendent, les fidèles du Turak Théâtre savent que Michel Laubu est riche de trouvailles, les petits détails importants font la magie et la poésie de son théâtre. Le robinet, emblème de la Turakie, est présent dès le début. Les comédiens et comédiennes sont excellents, savent évoluer avec souplesse, suivant le rythme ondoyant de la musique. On se régale, on est porté par le spectacle, la poésie est toujours là. Michel Laubu nous offre une très belle tempête. À vous de venir la découvrir.

Bruno Pin