ARCHIVES
1997

JANVIER N°12
Noël Akchoté
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Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana

FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille

MARS N°14
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Les Trois Huit
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AVRIL N°15
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SEPTEMBRE N°19
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Samiam
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Biennale d'art contemporain
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Les quatres saisons

OCTOBRE N°20
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Jean-Rochard

NOVEMBRE N°21
Jean-François Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre

DECEMBRE N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie

  MARS N°14  


Photo : B. Saugier

 

Les Trois Huit
Les Incendiaires

Que brûlent les planches !
Aux Trois-huit on aime les mots qui se rattachent au monde du travail. D'abord ce nom de trois-huit, ensuite le choix d'un local d'usine (1300 m2) pour répéter, créer, bricoler, administrer, organiser des fêtes, et enfin ce qualificatif de compagnon donné aux jeunes en formation sur place pour deux ans. Un vocabulaire pour s'affirmer comme des travailleurs, des actifs en une période où la fourmilière culturelle doit se défendre des nombreux coups de pieds économiques et idéologiques qui cherchent à la détruire.
Foutre le feu au théâtre
C'est dans une grande salle qui donne sur l'atelier où se construit actuellement le décor, que plusieurs membres des trois-huit se sont réunis pour parler de leur prochaine création : “Les Incendiaires”.
L'auteur d'abord, Vincent Bady, comédien et écrivain qui de sa superbe voix évoque la destruction du théâtre l'Eldorado dans le 3ème mais il précise bien qu'il ne s'agit pas d'un texte nostalgique "... mais raser un théâtre c'est de la folie, surtout que rien n'a été mis à la place. On a préféré ne plus rien voir plutôt que de continuer à regarder ce bâtiment".
Et dans le texte, le théâtre abandonné agit plutôt comme un mythe autour duquel et dans lequel un directeur, un adjoint à la culture, des ouvreuses, des pompiers, une ancienne artiste, un enfant perdu... parlent du théâtre dans la ville, du théâtre comme lieu de pouvoir qui aurait bien besoin d'être ébranlé, pourquoi pas incendié pour que s'ouvrent enfin les issues de secours comme autant de portes sur un avenir possible.
Un des personnages ne s'exclame-t-il pas : "Le théâtre est bourré d'explosif... Crachez les bonbons et la poudre des vieux plâtres ! Arrachez l'or et le rouge ! Pillez les vestiaires ! Laissez rentrer les bruits du monde ! De l'air ! De l'air !."
De l'autre côté du rideau
Quand Sylvie Mongin Algan a lu le texte, il lui a immédiatement plu mais elle voulait prendre le temps de trouver les moyens de sa mise en scène : "Je ne voulais pas que cela se fasse n'importe comment, à n'importe quel prix... nous avons mis près de quatre ans pour réunir toutes les conditions pour que le spectacle puisse être créé."
Et si le texte raconte la réalité du théâtre à travers ses artisans et ses partenaires financiers, ses petites mains et ses aficionados, elle a choisi de le heurter aux rêves. D'en faire un spectacle onirique "et même assez marteau... Dans la pièce on montre un théâtre comme un lieu mort mais où il y a peut-être un trésor à découvrir, des braises à attiser." Sylvie Mongin Algan a choisi de placer le spectateur comme s'il était dans les coulisses, de lui faire connaître "les délices de ces lieux là, de partager cette émotion que je ressens toujours encore, à la vue d'un comédien seul et concentré juste avant qu'il ne rentre en scène".
Retour au réel
Comme si le thème l'imposait, la conversation glisse systématiquement vers des questionnements actuels. Dans la friche industrielle, autour de l'établi qui sert de table, créateurs, administrateurs, compagnons et journaliste s'éloignent de la pièce en devenir pour s'interroger de ce qu'il en est du théâtre aujourd'hui, des compromis possibles ou compromettant avec l'argent et l'institution du public idéal, de la fracture sociale où les gens du théâtre ne sont pas du "bon" côté, même s'ils ont les moyens d'en parler, de cette ville de Lyon qui s'assoit mollement sur la création et qui préfère les feux de cheminées aux feux de joie.
De cette période où il faut chercher des réponses et des solutions pour ne pas se perdre dans le brouillard des incertitudes. Sans pour autant se priver du plaisir de la création. Et continuer à croire et à faire naître un théâtre qui mette le feu aux poudres et aux sens.

Fabienne Swiatly