JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
|

Photo : B. Saugier
|
|
Les
Trois Huit
Les
Incendiaires
|
Que
brûlent les planches !
Aux Trois-huit on aime les mots qui se rattachent au monde du travail.
D'abord ce nom de trois-huit, ensuite le choix d'un local d'usine (1300
m2) pour répéter, créer, bricoler, administrer,
organiser des fêtes, et enfin ce qualificatif de compagnon donné
aux jeunes en formation sur place pour deux ans. Un vocabulaire pour
s'affirmer comme des travailleurs, des actifs en une période
où la fourmilière culturelle doit se défendre des
nombreux coups de pieds économiques et idéologiques qui
cherchent à la détruire.
Foutre le feu au théâtre
C'est dans une grande salle qui donne sur l'atelier où se construit
actuellement le décor, que plusieurs membres des trois-huit se
sont réunis pour parler de leur prochaine création : Les
Incendiaires.
L'auteur d'abord, Vincent Bady, comédien et écrivain qui
de sa superbe voix évoque la destruction du théâtre
l'Eldorado dans le 3ème mais il précise bien qu'il ne
s'agit pas d'un texte nostalgique "... mais raser un théâtre
c'est de la folie, surtout que rien n'a été mis à
la place. On a préféré ne plus rien voir plutôt
que de continuer à regarder ce bâtiment".
Et dans le texte, le théâtre abandonné agit plutôt
comme un mythe autour duquel et dans lequel un directeur, un adjoint
à la culture, des ouvreuses, des pompiers, une ancienne artiste,
un enfant perdu... parlent du théâtre dans la ville, du
théâtre comme lieu de pouvoir qui aurait bien besoin d'être
ébranlé, pourquoi pas incendié pour que s'ouvrent
enfin les issues de secours comme autant de portes sur un avenir possible.
Un des personnages ne s'exclame-t-il pas : "Le théâtre
est bourré d'explosif... Crachez les bonbons et la poudre des
vieux plâtres ! Arrachez l'or et le rouge ! Pillez les vestiaires
! Laissez rentrer les bruits du monde ! De l'air ! De l'air !."
De l'autre côté du rideau
Quand Sylvie Mongin Algan a lu le texte, il lui a immédiatement
plu mais elle voulait prendre le temps de trouver les moyens de sa mise
en scène : "Je ne voulais pas que cela se fasse n'importe
comment, à n'importe quel prix... nous avons mis près
de quatre ans pour réunir toutes les conditions pour que le spectacle
puisse être créé."
Et si le texte raconte la réalité du théâtre
à travers ses artisans et ses partenaires financiers, ses petites
mains et ses aficionados, elle a choisi de le heurter aux rêves.
D'en faire un spectacle onirique "et même assez marteau...
Dans la pièce on montre un théâtre comme un lieu
mort mais où il y a peut-être un trésor à
découvrir, des braises à attiser." Sylvie Mongin
Algan a choisi de placer le spectateur comme s'il était dans
les coulisses, de lui faire connaître "les délices
de ces lieux là, de partager cette émotion que je ressens
toujours encore, à la vue d'un comédien seul et concentré
juste avant qu'il ne rentre en scène".
Retour au réel
Comme si le thème l'imposait, la conversation glisse systématiquement
vers des questionnements actuels. Dans la friche industrielle, autour
de l'établi qui sert de table, créateurs, administrateurs,
compagnons et journaliste s'éloignent de la pièce en devenir
pour s'interroger de ce qu'il en est du théâtre aujourd'hui,
des compromis possibles ou compromettant avec l'argent et l'institution
du public idéal, de la fracture sociale où les gens du
théâtre ne sont pas du "bon" côté,
même s'ils ont les moyens d'en parler, de cette ville de Lyon
qui s'assoit mollement sur la création et qui préfère
les feux de cheminées aux feux de joie.
De cette période où il faut chercher des réponses
et des solutions pour ne pas se perdre dans le brouillard des incertitudes.
Sans pour autant se priver du plaisir de la création. Et continuer
à croire et à faire naître un théâtre
qui mette le feu aux poudres et aux sens.
Fabienne
Swiatly
|
|
|