JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Benoit
Poelvoorde
il
arrive près de chez vous !
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Poelvoorde,
vous savez Benoît Poelvoorde le gus de "C'est Arrivé
Près De Chez Vous", celui de Canal + avec "M. Manatane"
qui traite en quelques minutes à coups de vitriole ce qui nous
entoure, de la grêve de la faim à la mort, excellent, cynique,
virulent, poignardant à coups de génie nos tics. Ce type
qui nous regarde de haut ensuite dans son complet veston, foulard, assit
confortablement et qui nous envoie son image absurde. L'humour n'est
pas mort, il arrive près de chez nous. Poelvoorde présente
"Modèle Déposé" sur les planches du Transbordeur.
Si je vous dis que vous êtes un sale gamin ?
Attendez qu'est ce que je répondrais à ça. Oui,
je dirais oui, mais dans le bon sens du mot. Un sale gamin de rue. Oui
j'aime bien, je trouve que ça me va bien.
Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère avec votre humour
?
C'est vrai que je n'ai pas beaucoup de tabou. Ça dépend
sur quoi, sur quel sujet. Si vous me parlez de la télé,
là c'est vrai que je m'en fous. La seule limite que je m'impose
c'est de ne pas faire de mal aux autres, donc en dehors de ça...
Y a-t-il des sujets sensibles que vous n'abordez pas ?
Je ne l'aborderais pas si le type est en face de moi, enfin si, mais
j'essayerais de ne pas le froisser. Bien sûr je ne suis pas en
face de tous les gens quand je suis à la télé mais
vous n'êtes pas obligé de regarder.
Votre public semble très jeune, à quoi cela est-il
dû ? Les vieux n'aiment pas votre humour ?
Sur les vieux je ne serais pas aussi catégorique. Mais c'est
vrai que le public est très jeune, je me pose plutôt la
question pourquoi les jeunes m'aiment-ils bien ? On est dans une société
où on vous demande d'être assez tiède, dans une
société où on ne vous donne plus le droit à
l'erreur. À l'époque où j'ai passé ma crise
d'adolescence, on avait une réaction à tout ce que l'on
nous avait inculqué, l'éducation et quand on fait une
crise d'adolescence c'est nécessaire parce que cela nous permet
de rejeter tout ça en paquet. Pouvoir dire, même si ce
n'est pas très intelligent "il n'y a rien de plus chiant
qu'un adolescent". Je trouve que l'on est à une époque
de peur, où l'adolescent n'a même plus l'occasion d'avoir
ce rejet car les parents paniquent autant qu'eux. Je crois que si les
gamins nous aiment bien, c'est parce que l'on incarne un peu le côté
-on a le droit à l'erreur, on s'en fout, faut pas se prendre
la tête pour des trucs comme ça , un côté
faut pas se prendre au sérieux- et puis on est un peu rentre
dedans. Ça manque en fait, regardez à notre époque
il y a de moins en moins de choses vraiment rentre dedans. Quand j'étais
gamin, les choses que j'aimais bien, c'était des choses où
j'avais le sentiment qu'elles n'étaient pas récupérées,
que ce n'était pas un produit commercial qui n'avait d'autre
ambition que de réussir ou de faire son fric. Desproges était
pour moi quelqu'un d'assez honnête. Je n'ai pas la prétention
de dire que nous sommes des gens comme Coluche ou Desproges, mais je
dis que si beaucoup de gosses se reconnaissent un peu en nous, c'est
comme le rock'n roll, c'est un truc où il n'y a pas de tiédeur.
La tiédeur c'est souvent synonyme de compromis, et compromis
est souvent synonyme de récupération.
Comment avez vous ressenti le succès de "C'est Arrivé
Près De Chez Vous", c'était quelque chose d'inattendu
?
Non, ça rejoint exactement ce que je viens de vous dire. Quand
nous avons fait C'est arrivé nous avions vingt-deux
ans, quand il est sorti on en avait vingt-cinq. Nous avons mis trois
ans à le faire et à vingt-cinq ans on s'est rendu compte
que nous n'étions pas tout seul.
On s'est rendu compte que nous avions un univers et un humour que d'autres
ont partagé avec nous. Mais nous n'avons jamais vécu ça
comme une réussite, on l'a vécu comme l'impression de
ne pas être tout seul, ça nous a donné plus confiance
en nous de réussir un truc auquel personne ne croyait.
Le film "Les Randonneurs" sort en ce moment, vous tournez
avec le spectacle "Modèle Déposé", Monsieur
Manatane, qu'est ce qui vous fait courir ?
C'est un concours de circonstance que tout ce soit fait ensemble. Je
travaille pour faire des trucs qui m'excitent, quand ils m'ont proposé
la télé, ils m'ont dit tu peux faire ce que tu veux, tu
as carte blanche, trois minutes trente sur Nulle Part Ailleurs, j'étais
aux anges, si vraiment on me laissais faire ce que je voulais. Je me
suis dit OK on le fait. Le spectacle je l'ai commencé il y a
presque trois ans, je pensais le jouer trente fois, et là j'en
suis à trois cents et quelque chose. Les Randonneurs, un type
m'a dit - tiens j'aimerais bien te mettre dans mon film, je me suis
dit pourquoi pas - ce qui me fait courir s'est l'excitation de faire
quelque chose que je ne connais pas, je vais apprendre, ça va
m'amuser, c'est rien que ça.
Vous avez carte blanche sur Canal, c'est idéal ?
Oui, mais c'est dangereux.
Celui sur la mort est assez violent ?
Oui, celui là les laisse mal à l'aise. Celui là
était hard, cela ne me gène pas. Pour moi la télé
c'est un exutoire, vous prenez, vous ne prenez pas. Ce qui est marrant
c'est que ça marche très très bien.
C'est bien filmé, après je suis tout à fait d'accord
pour dire que parfois là on a été léger,
là un peu lourd, mais je m'en fous, c'est la télé,
c'est Nulle Part Ailleurs, ce n'est pas une émission culturelle.
Qui est Monsieur Manatane ?
Monsieur Manatane pour moi il incarne tout ce que je n'aime pas, en
même temps j'adore le personnage,
il finit par être complexe à force d'avoir tellement bien
ciblé le personnage. Sinon, c'est la bêtise culturelle,
c'est l'aplomb de gens friqués, c'est la suffisance médiatique
et en fait on n'en est pas loin. C'est assez marrant d'imaginer Monsieur
Manatane à la télévision, c'est l'anti télévision
et c'est ce qu'elle nous montre, des gens qui savent tout sur tout,
qui sont le cul dans le beurre et qui jugent les problèmes de
société, qui les survolent à la vitesse d'un pet.
Nous on exagère en trois minutes trente, mais c'est exactement
ce qui se passe à la télévision. Je pourrais vous
montrer du doigt des gens qui ne sont pas loin de Monsieur Manatane,
ces je sais tout mieux que tout le monde parce que je suis entouré
des meilleurs amis du monde, de la culture, de la science. M. Manatane,
c'est tous les défauts du monde médiatique. Nous n'avons
pas la prétention de dire que nous avons un message avec ce personnage,
je m'en fous, les gens rigolent en disant - quel con ! -. C'est vrai
que l'on est épaté par ce que nous faisons faire à
M. Manatane, il peut tout faire dans la connerie, c'est le maître
étalon de la connerie, plus con que Manatane je ne sais pas si
on trouvera.
Nous sommes loin du beauf de Cabu ?
C'est vrai, lorsque l'on voit dans quelles conditions ils vivent, ils
ont des circonstances atténuantes. Pour une fois on a un beauf,
un vrai beauf mais qui n'est pas entouré de signes distinctifs,
comme on a trop tendance à le faire. Ça nous intéressait,
c'était plus marrant. Des beaufs qui ont le cul dans le beurre,
il y en a tant que vous voulez. Il y a énormément de beaufs
front national, regardez leurs comptes en banque, leurs cultures, les
mecs qu'ils citent, ils sont beaucoup plus dangereux encore, les beaufs
à la télévision, ceux qui donnent une caution intellectuelle
à ce qu'ils disent, c'est terrible.
Qu'est-ce qui vous énerve le plus en ce moment dans l'actualité
?
Vous savez je suis de nature assez pessimiste, alors ce qui m'énerve
le plus dans l'actualité, je sais que ça va vous paraître
paradoxal, ce n'est pas l'actualité, c'est un ensemble. Je ne
crois plus en notre société, je la trouve décadente,
malade, alors c'est pas un fait précis, c'est tout un état
d'esprit, tout un ensemble. Je pense que je serais plus rentre dedans
si j'avais des couilles. On pourrait en parler pendant des jours, je
finirais par vous dire que des lieux communs, il faut faire quelque
chose, mais quoi ? Je n'ai pas le courage, je suis dans une tranche
d'âge où on se pose des questions, de deux choses l'une,
soit je fais l'autruche, ou soit avec la maturité peut-etre que
j'arriverai à faire des choses qui seront utiles aux autres,
je n'en sais rien du tout.
Sous Benoît Poelvoorde se cache...
Un sentiment de culpabilité.
Propos
recueillis par Bruno Pin
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