ARCHIVES
1997

JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana

FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille

MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx

Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois

AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes

MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore

JUIN N°17
Tom Cora
Faust

SEPTEMBRE N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie

Les quatres saisons

OCTOBRE N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard

NOVEMBRE N°21
Jean-François Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre

DECEMBRE N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie

JANVIER N°12  



  Outlaws in Jazz

Pendant des années, le jazz ne m'évoquait que passéisme, vieux big bands poussiéreux. Et puis grâce à une génération de musiciens navigant et créant des ponts entre free-rock, noisy, improvisation, free jazz, ma vision a changé.
Ainsi j'ai découvert Daunik Lazro par le collectif 60 étages, par sa participation avec Berrocal à Outlaws in Jazz. Ceux-ci seront en concert à la Tour Rose les 15 et 16 janvier.

"Pour les concerts de janvier, Jacques Berrocal s'est mis en congé, on le remplace par le tromboniste Yves Robert. Intentionnellement par quelqu'un d'autre qu'un trompettiste, il n'y a pas de place à prendre. On s'est dit aussi depuis longtemps que si ce groupe continuait, on allait sortir du revival, c'est à dire rejouer à la manière de... des thèmes d' 0rnette Coleman ou Albert Ayler. Je ne sais pas ce que cela va donner mais on va tâcher de trouver un répertoire propre".
Nous avons pu le rencontrer avant le concert de son quintette au théâtre de Vénissieux. 2h30 magnifiques de jazz libéré et audacieux. " Ce soir, c'est très structuré, c'est pour cela que c'est un quintette de Jazz. J'ai surtout cherché à ce que chaque morceau ait une forme, au lieu que chacun vienne improviser quand cela lui chante. J'en ai autant ras le bol de l'anarcho punk ou le mettons "free Jazz". Il y a des limites, chacun fait ce qu'il veut quand il est génial, mais quand, dans un quintette on n'est pas tous géniaux, qu'est-ce que l'on fait pour échapper à la merde ambiante (Sourires)"
D'après lui, la jonction entre rock lourd et jazz ne se fera pas avec des gens comme lui, mais des musiciens plus jeunes de 25/30 ans comme Akchoté. “Moi la synthèse que j'essaye de faire, c'est entre ce qui est vivant dans le jazz aujourd'hui, sans frontières, et puis l'improvisation la plus avancée. C'est là, je crois, que je peux faire avancer les choses en ce moment. Il y a 30 % du jazz actuel, qui même s'il n'est pas pointu est respectable, bien que l'on ignore complètement les avancées qu'il y a eues dans l'improvisation totale, surtout en Europe depuis 70. Je veux continuer à faire de l'improvisation pure. Il y a des gens qui ne veulent pas mettre le nez sur une partition, comme Carlos Zingaros, Doneda... Je continuerai à travailler avec eux, mais mon devoir c'est de faire la jonction avec ce qui peut être sauvé du jazz, pour faire un jazz de pointe, de combat de générosité, de folie lyrique, qui fasse reculer ce jazz dominant qui ne va pas aller loin, qui va droit dans le gouffre ou le mur...” Les éléments extérieurs conditionnent-ils votre musique ? “Oui ! Il faut dire non par tous les moyens. Mon moyen principal de dire non au rouleau compresseur, destructeur de vie et d'humanité qui avance chaque jour plus, y compris dans notre jolie contrée, c'est de souffler dans des saxes, c'est de proposer des concerts qui disent non à l'industrie du disque, à l'oppression idéologique, il faut bien le dire. Qu'est-ce que c'est la musique pour 99 % des gens, c'est de la merde, de la merde publicitaire. Pour moi, il y a longtemps que ce n'est plus de la musique, en ce qui concerne 99 % des concerts qui se font au Zénith ou dans les lieux de consommations de masse, ou même dans les clubs de jazz, hein ?”

Propos recueillis par Etienne Faye et Ben Saglio