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  MAI N°16  


Richard Dumas©

 

Christophe Miossec

Rappelez-vous, “Ceci est mon vœux, ceci est ma prière, je te la fais les 2 genoux à terre, non non non, je ne suis plus saoul”.Inconnu il y a peu encore, Miossec est vite devenu un de ces chanteurs français qui en a dans les tripes, de la race de ceux qui ne laissent pas indifférents. Et d’ici fin avril, nouveau rendez-vous avec ce révolté aux “états d’âme à la con” et son deuxième album “Baiser”. Premier avant-goût avec le titre “La fidélité” et brève rencontre avec cet anticonformiste farouchement indépendant.

Un nouvel album et l’Olympia, il y a peu, je crois le 27 mars ?
C’était il y a une semaine. C’était super. Concert complet. On a bien rigolé. On a chanté un peu des deux albums, c’était tout mêlé. Bien sûr, c’était surtout basé sur le dernier album. Quant aux anciennes chansons, elles ont été complètement remaniées : on a, en fait, un batteur avec nous maintenant sur scène. Ça change un peu; enfin, ça n’a même plus rien à voir maintenant sur scène. Beaucoup plus puissant.
Et ce nouvel album, qu’est-ce que tu peux déjà nous en dire ?
Oh, tu sais, je n’aime pas commenter ce que je fais.
Comment ça se passe quand tu prépares un album ?
Les textes, c’est pour moi; sinon la musique c’est Guillaume Jouan et moi-même, moitié-moitié. Cet album, on l’a préparé assez rapidement. Comme on a vachement tourné l’an dernier, ce n’est pas un album qu’on a peaufiné pendant une année... A part çà, on l’a enregistré, sur un mois, dans un petit studio à côté de Rennes, en prenant notre temps. On voulait travailler dans une structure très légère, mais surtout on souhaitait que ça nous coûte le moins cher possible, pour ne pas avoir de pression sur le dos. Tu sais, cet album, c’est nous mêmes qui l’avons produit, enfin tous les gens de la tournée. Il n’y a pas eu de producteur. et c’est Bruno Green qui l’a enregistré.
Après"Boire","Baiser", un hasard ?
Au début, c’était une blague ! Quand notre premier album est sorti, dans de nombreuses interviews, on me demandait pourquoi boire ?! Alors pourquoi pas Baiser pour le deuxième ! En fait, j’aimerais que cela continue dans cet esprit un peu ludique, mais je ne sais pas encore comment ! (Pourquoi pas Biner et Bâfrer pour la suite!) Les blagues les plus longues sont les... meilleures, non ?! (rire)
Je crois que cela parle d’histoires d’amour contrariées. C’est l’expérience personnelle qui parle ou celle de la vie ?
C’est quand même l’expérience vécue, pour être un peu crédible ! Puis, ça raconte aussi énormément d’histoires que j’ai chopées autour de moi, des histoires du quotidien de tous ceux qui ont dans les 30 ans.
Mais"Baiser", ça peut être dans tous les sens du terme : le cul, mais aussi socialement. Enfin, c’est aussi l’histoire de gens qui ont perdu leur boulot, qui ont des merdes au boulot... En tout cas, on était cohérent dans cet album. Pour une fois, j’avais le titre puis j’ai fait les chansons autour de ce titre.
Miossec, poète des temps modernes ?
Ah non, surtout pas. Et j’ai essayé de combattre cela dans cet album. C’est beaucoup plus âpre. Dans “Boire”, je m’étais attaché à des textes poétiques. C’est une écriture beaucoup moins travaillée dans “Baiser”.
Peut-on dire que cet album est foncièrement différent de Boire ?
Normalement, il est différent. Enfin, on a tout fait pour ! En fait, je pensais qu’il serait beaucoup plus différent que cela. Mais souvent, tu ne fais que tourner autour d’un style, d’un genre; comme autour d’un rocher. Tu as l’impression de changer, mais... J’espère que le troisième au moins sera radicalement différent !
Côté scène, des projets de tournées ? festivals ?
24 dates au mois de mai en France : on va s’amuser !
Puis des festivals pour l’été, mais pas les mêmes que l’an dernier. On va aller faire 2 ou 3 dates au Québec aussi. Sans oublier deux dates en Bretagne avec Noir Désir.
"La scène, j’adore", m’as-tu dit tout à l’heure. Pourquoi peux-tu être si détestable parfois ?
Oui, de temps en temps. Si je n’aime pas la salle, les réactions du public. Je joue la dérision, et si cela ne marche pas, j’en rajoute ! Parfois ce sont les conditions qui font que tu pètes les plombs : fin de tournée, voyage crevant... Ce ne sont pas des excuses, mais ça se passe comme ça .
Miossec : un nom qui sonne breton et qui revendique son identité ?
C’est un nom qui sonne brestois, en fait, pour moi. J’ai plutôt des racines brestoises que bretonnes. Brest, ville française construite par Vauban, ville ouvrière avec son arsenal; c’était une ville plutôt agitée ... Mon grand-père était de Brest. A Brest, les gens sont restés très français et ne parlent pas breton. Je n’ai pas de réels rapports avec la bretonnitude au sens où on l’entend !!!
Miossec écorché vif ou désespérément provocateur ?
Ni l’un ni l’autre.
Pourtant sur scène, c’est l’impression que tu donnes ?
Ouais... Ça me fait marrer, c’est une façon d’être... Quand on s’est mis à la musique sur le tard, je n’en pouvais plus de voir ces chanteurs qui allaient dans le sens du poil. Alors que les réactions du public que tu provoques... Y’a pas de chanteur charismatique qui embrase les foules. Ça vient comme ça . Le premier concert qu’on a fait (c’était dans un bistrot), c’était déjà comme ça. J’aurais du mal à faire autrement, c’est quelque chose d’assez naturel. Mais je vais me calmer un peu, car cela devient trop systématique. C’est vrai qu’on est plutôt violent et qu’on peut être vraiment provoc’ ! En plus, à l’époque, on n’avait pas de batteur sur scène. Toute la tension passe alors par le corps. Avoir une batterie sur scène, cela change complètement mentalement la manière d’être : on se donne moins. Il faut dire qu’à la fin, c’était un peu les nerfs à vif.
Est-ce que ton passé a influencé ce que tu es devenu ? influence ce que tu fais ?
Certainement. Entre 20 et 30 balais, j’ai pas mal roulé ma bosse; je changeais souvent de boulot... J’ai toujours eu un problème incroyable avec la vie sociale en entreprise. Désir d’indépendance. Et ce genre de truc, je le paie aujourd’hui... Tu sais si on est chez Pias et non chez une major, c’est pour conserver notre indépendance. Même si on est obligé parfois de se battre pour la garder.
Sur cet album, la maison de disques ne nous a pas fait changer ni une virgule, ni un mot. J’ai gardé cette indépendance.
Après votre premier album "Boire", peut-on parler de rançon du succès ?
Tu sais, je n’habite pas Paris, je ne vis plus vraiment à Rennes... Quand je ne fais pas de concert, je me planque; enfin, je voyage. Je n’ai pas de vie mondaine avec le show-bizz. Et je n’ai vraiment pas envie de mettre un pied là-dedans ! Alors la rançon du succès ?! J’ai 33 balais et les conditions dans lesquelles on a enregistré notre dernier album, c’était vraiment celles d’un groupe local ou régional. Dans une situation inconfortable : on a dormi sur de petits matelas, et pas dans un hôtel **** !
Que penses-tu de la scène musicale française ? J’ai l’impression que ça ne te plaît pas vraiment ?
Ouais... Il y a des gens que j’aime et ceux que je n’aime pas. J’aime les gens, les groupes qui ont de la personnalité. Bashung, Noir Désir,... Dominique A. aussi. Y’a plein de trucs que j’adore... Mais je ne vois pas trop d’intérêt à tout ce qui ressemble à Rage Against The Machine. Cela vient peut-être du fait que je n’aime pas Rage (...)?!
Et tes inspirations musicales ?
Un peu tout et n’importe quoi. Suivant les jours. Cela va des Pixies, à Morrison ou Père Ubu...
Qu’est-ce qui t’énerve le plus aujourd’hui ?
Ouh la la ! Y’a tellement de choses.. En fait, ça m’énerve tellement que ça ne m’énerve même plus. Toutes ces histoires autour du Front National; ces salades politiques gauche/droite. Il ne faut pas oublier qu’en 86, les socialistes se sont arrangés pour donner du poids au FN pour contrer la droite. Alors...
La politique, c’est une vaste magouille. Oui, mais c’est pratiquement obligatoire. Aujourd’hui, il faut avoir une conscience politique.
Peut-on dire que tu vis de ta musique ?
Oui. Tu sais la seule façon de faire de la musique, c’est de ne pas avoir peur de se mettre en danger. Sciemment. Quand j’ai commencé, je n’étais plus rien; financièrement, socialement... Il y a des gens qui disent faire de la musique, et ils travaillent toute la semaine et répètent le week-end. Je crois que cela se ressent, un moment ou à un autre, si tu mets tout ou pas. C’est dangereux aussi. Car quand tu as vécu à fond une chose, tu n’as plus grand chose à quoi te raccrocher. Si jamais tu te ramasses, pour revenir à une vie normale...
Ça déglingue pas mal la tête. Quand tu te lances là-dedans, il faut être un peu inconscient.
Y a-t-il quelque chose que tu désires rajouter sur toi ? sur ce que tu fais ?
1m71 !
L’humour et toi, ça fait bon ménage, non ?
Dans le groupe, c’est ce qu’on préfère. Si on ne pouvait pas faire ce métier-là en se marrant, alors cela serait... pénible.
Déjà l’album qui va sortir il n’est pas vraiment gai-gai (même s’il est moins pleurnichard que le premier !). Mais il nous valut des bidonnades généralisées ! C’est drôle d’ailleurs de voir le décalage entre les bidonnades et le disque que ça donne. C’est un peu comme une psychothérapie...
Tu n’oublies pas, 1m71 et 63 kg ! (rires)
11 heures, c’était un peu tôt, certes ! Merci, Christophe, pour cette interview !


Anne Huguet