JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Le
sens de la chute
C'est
dans un café "relooké" de la place des terreaux
qu'Olivier Maurin, metteur en scène de la Compagnie Lhoré
Dana, évoque son travail à partir du texte de Grégory
Motton jeune auteur anglais. Autour de nous la décoration mélange
matériaux modernes et audaces décoratives en un agencement
qui laisse pourtant l'il indifférent. Tout en se voulant
moderne, l'ensemble est calculé pour ne pas heurter la sensibilité
du client. Consensus architectural qui rappelle un certain théâtre
bien léché où l'on préfère mettre
en représentation l'audace plutôt que d'en faire l'usage,
exactement ce que Grégory Motton se refuse d'écrire
. |
C'est
dans les cinquante-six textes courts de Chutes, qu'Olivier
Maurin a puisé l'essence de son spectacle même si la
première lecture lui a laissé un goût particulier
: "Le nom de Motton traînait depuis un moment en France,
j'ai fini par acheter Chutes. Arrivé à la fin -j'aime
bien répéter cela- je n'avais rien compris. En même
temps je ressentais quelque chose de très fort, comme si ce
livre me parlait de l'état du monde, malgré moi. J'éprouvais
des sensations difficiles à exprimer. J'ai pensé alors
que cela devait être un fabuleux texte de théâtre.
Il y une telle ouverture, une telle liberté... C'est plutôt
rare. Et les histoires du livre me permettaient de mettre du monde
sur le plateau, j'avais aussi envie de cela."
Rencontres fugitives et fortes de personnages qui se parlent sans
vraiment dialoguer, qui se croisent sans se reconnaître et baladent
le spectateur entre rire et malaise.
Une vision pas toujours confortable sans pour autant mettre en difficulté
le spectateur. Simplement Motton n'aime pas le consensus et précise
dans un interview pour la revue du théâtre de la Bastille
:
"En Angleterre, quand les gens vont au théâtre,
c'est pour être d'accord avec ce qui se passe, et peu importe
ce qui se dit sur la scène. Et tant que la pièce leur
permettra d'être d'accord, ils sont heureux."
Et une certaine partie du public anglais de se sentir agressé
alors que les textes de Motton n'ont rien d'agressif même s'il
sait être virulent. Ils offrent plutôt une grande liberté
d'interprétation, et c'est cette liberté même
qui semble mettre à mal les spectateurs. A la grande surprise
de Motton qui ne se situe pas comme un écrivain marginal, mais
plutôt comme un écrivain désireux de parler d'une
époque, tout en refusant les raccourcis de l'idéologie
politique.
Désir impérieux de mettre la tête en bas aux idées
reçues.
SI ON CHERCHE LE MESSAGE. ÇA DEVIENT CON.
C'est dans une gare qu'Olivier Maurin a choisi d'installer les personnages
de Motton : "des égarés... pas des paumés.
Des gens qui vivent dans la rue mais ne les appelons pas des SDF ou
des clochards, ça fige trop. Il faut faire gaffe aux sens des
mots. Qui sait, ces gens ont peut-être choisi cette forme de
vie. Une vie terrible et drôle malgré tout. Au spectateur
de penser s'il s'agit ou pas d'une représentation de la misère.
Et puis il y a un tel mélange de situations..."
Malgré l'énergie communicative des textes de Motton,
difficile de les raconter sans s'empêtrer dans des interprétations
douteuses et maladroites. Aussi Olivier Maurin ne cherche pas à
approfondir le sens mais plutôt à préserver le
flou : "il y a plein de choses qui nous échappent et c'est
bien. Si on cherche le message, ça devient très con,
très décevant. C'est comme pour un symbole si on cherche
à l'expliquer, on l'éteint. Ce n'est plus un symbole
alors mais un signe"
La salle du café se remplit, bientôt midi, le bruit environnant
envahit l'espace. De tout façon, il est temps de partir, Lhoré
Dana propose une répétition publique ce soir. Il faut
également rattraper le temps perdu à mener des actions
pour le maintient du statut des intermittents.
A peine debout, le serveur essuie notre table, replace la carte des
boissons. Le cendrier est vidé, plus aucune trace de notre
passage sur la table stratifiée.
Fabienne
Swiatly
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