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1997

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  MARS N°14  



 

Dominique Lardenois
Transsibérrien

Au Centre Léonard de Vinci, Dominique Lardenois remet sur les rails son "Transsibérien", créé une première fois en 1991. Un spectacle musical et forain d'après Blaise Cendrars, pour deux acteurs et une artiste de cirque.

Entretien élargi avec le metteur en scène.

Quel bilan fais-tu de la présence de la cie Maccoco-Lardenois depuis 3 ans à Feyzin?
Pour la ville de Feyzin l'enjeu consistait à confier la direction d'une structure en même temps qu'une résidence à une compagnie. Il fallait retisser des liens avec le public local et nous avions pour mandat de développer une programmation éclectique, pas seulement à partir du théâtre. Cela nous convenait parfaitement car nous avions le désir de décloisonner les propositions artistiques et le fait d'être deux a enrichi la réflexion. La venue du cirque Gosh, les résidences avec Christiane Véricel et l'ARFI notamment, ont permis de fédérer des énergies avec des classes scolaires et l'école de musique locale. Le Centre Léonard de Vinci a beaucoup de possibilités et il permet de construire des saisons très variées. Nous avons également découvert le plaisir de penser un lieu de manière globale, de créer les conditions d'un accueil chaleureux pour que le public puisse se l'approprier. Il y avait une grande attente du public et je crois que l'urgence a été notre stimuli pour tenter de restituer une sorte de plaisir aux spectateurs. La récompense c'est la hausse constante de la fréquentation du lieu.
Cette expérience a-t-elle changé ta perception de l'action culturelle ?
Peut-être sommes-nous davantage en prise avec la réalité. Mais cela ne doit pas nous rendre plus timides ou plus consensuels dans nos choix . Il faut rester vigilant.
La plupart des PME de la culture sont touchées par la baisse des subventions, comment vois-tu l'avenir pour vous et pour les compagnies qui ont moins de moyens ?
En ce qui nous concerne, les différents partenaires comme la ville de Feyzin, la DRAC, Conseil Régional et le Conseil Général ont reconduit leur soutien et nous ne sommes pas actuellement en situation de danger. Une régression budgétaire ne serait pas gérable et je crois que nous exploitons au mieux le potentiel mis à notre disposition. D'une manière plus générale, il est clair que l'on est entré dans une phase de stagnation des financements publics. Le système se crispe. Mais il me semble que celui qui est habité par cette nécessité impérieuse de dire finit par trouver les moyens de faire. Il ne faut pas non plus faire l'éloge de la misère. L'argent ne retire pas l'émotivité, par contre je crois que la misère peut en créer. C'est un sujet complexe et porteur d'ambiguïtés; il faut éviter les réponses généralisantes. Je crois que tout est encore question de souffle personnel.
De quoi parle Transsibérien et pourquoi le remonter ?
Il y a six ans, ce spectacle a eu un bon écho. A l'époque J'ai travaillé avec la préoccupation de trouver la bonne articulation entre un texte, des sons, des numéros de cirque, en cherchant à éviter l'écueil du fourre-tout. Il y avait un défi rigolo dans le fait de montrer un voyage en transsibérien. A la fois metteur en scène et acteur, je l'ai toujours vécu de l'intérieur et j'ai ressenti le besoin d'une autre approche, plus distanciée. Aujourd'hui je voudrais le revisiter et me mettre en situation de le voir en passant la main à un autre comédien. Ce texte est un hymne à l'énergie et à la volonté. C'est un chef d'œuvre qui appartient à la grande famille de la littérature. Le voyage qu'il propose est une invitation à la fascination et aux limites du XXe siècle. Il y a tout : les machines, les frontières, réaliser sa vie d'homme au-delà des frontières. C'est une grande métaphore de la destinée humaine et d'une époque qui ressemble beaucoup à la nôtre : c'est l'image de notre siècle. C'est aussi l'utopie d'une ère nouvelle avec tous les échecs possibles. Un jeune homme voyage, il a faim et découvre l'horreur de la guerre, mais cela le rend lucide, il n'est pas désespéré. Ce texte de Cendrars nous montre comment tirer un enseignement de nos propres naufrages : il aspire vers le haut. Même la tristesse y est finalement factice. Ce spectacle concerne les jeunes et j'ai beaucoup pensé à ceux qui découvrent le théâtre depuis 3 ou 4 ans. Je m'intéresse à la figure du cercle et de l'ellipse : je me donne un rendez-vous. Je voudrais apporter un mouvement nouveau, sans détruire l'architecture initiale de l'ensemble. Je veux revisiter ce voyage, mon propre voyage, mon deuxième souffle.

Propos recueillis par Gabin Gabriel