JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Autour
de
Jean-Luc Godard |
For
Ever Mozart" n'est peut-être plus à l'affiche, ce
ne serait pas très surprenant mais dommage, Godard donne tellement
à voir dans ses films. Pour celui-ci, la critique a été
dithyrambique, bien plus que pour "JLG/JLG" et (hélas
pour moi), ses deux précédents films sont, d'après
moi, beaucoup plus intéressants. Le dernier serait plus lisible...
est-ce penser par analogie, un montage qui met en résonance un
son, une image, une parole et crée une clarté, une émotion.
"For Ever Mozart" n'est pas bouleversant, beaucoup ont semblé
soulagé après le sinistre (d'après eux) "JLG/JLG"
mais on voit quand même des gens creuser leur tombe, un casting
dans un charnier, avec de jolies notes de piano c'est vrai... et le
"dire" cher à Godard est bien sur l'écran, mais
pèse un peu (l'actrice qui répète, le cinéma
"pas de poésie, on va voir Terminator 4") la musique
ne sauve pas toujours tout (y compris les solo de David Darling). Ce
qui précède est exagéré, énervement
dû à l'unanimité critique, il reste des moments
magiques comme quand Djamilia parle arabe dans un train pour Sarajevo.
En tous cas Godard le soutient comme jamais son film et il était
donc à l'Institut Lumière pour une conférence de
presse, rituel qu'on a sûrement inventé pour lui. Le bonhomme
est intimidant, tout le monde regarde sa trousse comme à l'école
quand il s'agit de poser une question... en vrac, il y a beaucoup de
plans fixes dans For Ever... "Dans Nouvelle Vague j'ai eu envie
de faire des mouvements d'appareil (...) qui partaient plus de la forme
et avaient besoin de partir du fond (...) chez Ophuls c'est naturel,
pas juste une manière formelle comme dans beaucoup de films actuels
(Assayas)" "Ophuls, Cocteau, Renoir c'était des gens
qui nous donnaient le sentiment que le cinéma était fait
pour comprendre ou montrer un monde avant de raconter une anecdote.
Ce qu'il y a de charmant dans le cinématographe, de très
humain sans son côté négatif : c'est une des rares
activités artistiques où l'on ne se suicide pas (...)
on ne peut pas, il y a un lien si proche avec la réalité,
pas métaphysique : un rendez-vous à 9h (...) Mais pour
faire ça il faut toujours à chaque minute renoncer à
tout". A propos des jeunes réalisateurs : "Si j'étais
du Cahier, sur Despleschin je commencerais : quand il était vivant
il savait filmer les morts, maintenant qu'il est mort, il ne sait plus
filmer les vivants (...) la scène avec la chinoise "d'Augustin"
vaut toutes les scènes avec toutes les chinoises d'Assayas (...)
Par rapport à nous ils filment plus ce qu'ils disent qu'ils filment,
que ce qu'ils voient qu'ils filment". Sur la critique : "Quand
Daney dit du mal de l'Amant, il prend l'image d'un pied qui sort d'une
chaussure blanche et démolit tout le film à partir de
cette image, Arnaud et Berry étaient furieux, il voyaient la
chose, ils étaient forcés de dire "Oui ce type a
raison et il nous emmerde". "L'article n'était pas
méchant il était scientifique". Enfin après
un mini débat avec le toujours tonitruant Tavernier sur les difficultés
actuelles Godard répond à une question sur les images
virtuelles : "Depuis que je suis dans la vidéo, j'ai passé
ma vie à porter des magnétoscopes et des téléviseurs
et je vous assure que porter un téléviseur aujourd'hui,
ce n'est pas virtuel".
Vincent
Domeyne
Heureusement
Jean-Luc Godard
Pour ma part pas de critique de "For Ever Mozart". Je n'ai
regardé le film qu'une fois et n'ai pas su le voir.
Après 66 années juliennes d'existence répertoriées
Jean-Luc Godard, comme on l'entend au terme de "JLG/JLG",
est peut-être devenu un homme malgré nous. Et c'est ce
qu'il paraît -riche d'automne en mineur; mais il ne sait pas-
reste le sacrifice. Relié au sens tragique depuis ce monde il
ne peut qu'en représenter les failles et régenter les
siennes... peut-être.
Jean-Luc Godard était donc présent à l'Institut
Lumière le lundi 9 décembre, pour une conférence
de presse. Sa silhouette encore fendue par le chambranle d'une porte
le poulailler s'émeut : regardez, regardez, regardez, c'est Notre
Coq ! Et Jean-Luc Godard de se retrancher d'une vie pour éviter
d'être mangé. Alors les hostilités commencent. Silence.
Brusquement silence. Puis on se rassure, il n'est pas si méchant,
et nous sommes plus nombreux (pourtant bien seuls).
Le cinéma ne serait-il pas un continuel renoncement ? Un renoncement
à l'essentiel ? Renoncement impossible à la libération
de l'essentiel, sachant qu'il faudra bien se soumettre aux exigences
de l'outil et nourrir ses colosses ? Anne-Marie Miéville, qui
lui a soulevé ce problème (que je retranscris ici de mémoire
sensorielle), semble avoir lu une page blanche. Eternel verso du créateur
? Essentiel si peu vu. Au juste entrevu. Objectif au subjonctif. Jean-Luc
Godard a souvent fait des "essais" ou "proposition de
cinéma". Que pourrait-il faire d'autre ? Soumis à
son devoir presque librement il scrute scientifiquement l'essentiel,
entrevu par les failles (?), le lieu commun du cristal et de la fumée.
Toujours plus seul et si près de nous... apparemment.
Chroniqueur anti-chronique je suis d'avis que ces mots ne resteront
que des maux si l'on ne sait pas se taire. Respecter Jean-Luc Godard
c'est participer à son travail, prendre part à ce silence.
Et retrouver d'abord les maux. Et voir autour. Enfin peut-être.
"Je ne sais pas", dit-il.
Christian
Laville
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