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1997

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Jean-Luc Godard
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OCTOBRE N°20
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L'Usage de la vie

  JANVIER N°12  



  Autour de
Jean-Luc Godard

For Ever Mozart" n'est peut-être plus à l'affiche, ce ne serait pas très surprenant mais dommage, Godard donne tellement à voir dans ses films. Pour celui-ci, la critique a été dithyrambique, bien plus que pour "JLG/JLG" et (hélas pour moi), ses deux précédents films sont, d'après moi, beaucoup plus intéressants. Le dernier serait plus lisible... est-ce penser par analogie, un montage qui met en résonance un son, une image, une parole et crée une clarté, une émotion. "For Ever Mozart" n'est pas bouleversant, beaucoup ont semblé soulagé après le sinistre (d'après eux) "JLG/JLG" mais on voit quand même des gens creuser leur tombe, un casting dans un charnier, avec de jolies notes de piano c'est vrai... et le "dire" cher à Godard est bien sur l'écran, mais pèse un peu (l'actrice qui répète, le cinéma "pas de poésie, on va voir Terminator 4") la musique ne sauve pas toujours tout (y compris les solo de David Darling). Ce qui précède est exagéré, énervement dû à l'unanimité critique, il reste des moments magiques comme quand Djamilia parle arabe dans un train pour Sarajevo.
En tous cas Godard le soutient comme jamais son film et il était donc à l'Institut Lumière pour une conférence de presse, rituel qu'on a sûrement inventé pour lui. Le bonhomme est intimidant, tout le monde regarde sa trousse comme à l'école quand il s'agit de poser une question... en vrac, il y a beaucoup de plans fixes dans For Ever... "Dans Nouvelle Vague j'ai eu envie de faire des mouvements d'appareil (...) qui partaient plus de la forme et avaient besoin de partir du fond (...) chez Ophuls c'est naturel, pas juste une manière formelle comme dans beaucoup de films actuels (Assayas)" "Ophuls, Cocteau, Renoir c'était des gens qui nous donnaient le sentiment que le cinéma était fait pour comprendre ou montrer un monde avant de raconter une anecdote. Ce qu'il y a de charmant dans le cinématographe, de très humain sans son côté négatif : c'est une des rares activités artistiques où l'on ne se suicide pas (...) on ne peut pas, il y a un lien si proche avec la réalité, pas métaphysique : un rendez-vous à 9h (...) Mais pour faire ça il faut toujours à chaque minute renoncer à tout". A propos des jeunes réalisateurs : "Si j'étais du Cahier, sur Despleschin je commencerais : quand il était vivant il savait filmer les morts, maintenant qu'il est mort, il ne sait plus filmer les vivants (...) la scène avec la chinoise "d'Augustin" vaut toutes les scènes avec toutes les chinoises d'Assayas (...) Par rapport à nous ils filment plus ce qu'ils disent qu'ils filment, que ce qu'ils voient qu'ils filment". Sur la critique : "Quand Daney dit du mal de l'Amant, il prend l'image d'un pied qui sort d'une chaussure blanche et démolit tout le film à partir de cette image, Arnaud et Berry étaient furieux, il voyaient la chose, ils étaient forcés de dire "Oui ce type a raison et il nous emmerde". "L'article n'était pas méchant il était scientifique". Enfin après un mini débat avec le toujours tonitruant Tavernier sur les difficultés actuelles Godard répond à une question sur les images virtuelles : "Depuis que je suis dans la vidéo, j'ai passé ma vie à porter des magnétoscopes et des téléviseurs et je vous assure que porter un téléviseur aujourd'hui, ce n'est pas virtuel".

Vincent Domeyne

Heureusement Jean-Luc Godard
Pour ma part pas de critique de "For Ever Mozart". Je n'ai regardé le film qu'une fois et n'ai pas su le voir.
Après 66 années juliennes d'existence répertoriées Jean-Luc Godard, comme on l'entend au terme de "JLG/JLG", est peut-être devenu un homme malgré nous. Et c'est ce qu'il paraît -riche d'automne en mineur; mais il ne sait pas- reste le sacrifice. Relié au sens tragique depuis ce monde il ne peut qu'en représenter les failles et régenter les siennes... peut-être.
Jean-Luc Godard était donc présent à l'Institut Lumière le lundi 9 décembre, pour une conférence de presse. Sa silhouette encore fendue par le chambranle d'une porte le poulailler s'émeut : regardez, regardez, regardez, c'est Notre Coq ! Et Jean-Luc Godard de se retrancher d'une vie pour éviter d'être mangé. Alors les hostilités commencent. Silence. Brusquement silence. Puis on se rassure, il n'est pas si méchant, et nous sommes plus nombreux (pourtant bien seuls).
Le cinéma ne serait-il pas un continuel renoncement ? Un renoncement à l'essentiel ? Renoncement impossible à la libération de l'essentiel, sachant qu'il faudra bien se soumettre aux exigences de l'outil et nourrir ses colosses ? Anne-Marie Miéville, qui lui a soulevé ce problème (que je retranscris ici de mémoire sensorielle), semble avoir lu une page blanche. Eternel verso du créateur ? Essentiel si peu vu. Au juste entrevu. Objectif au subjonctif. Jean-Luc Godard a souvent fait des "essais" ou "proposition de cinéma". Que pourrait-il faire d'autre ? Soumis à son devoir presque librement il scrute scientifiquement l'essentiel, entrevu par les failles (?), le lieu commun du cristal et de la fumée. Toujours plus seul et si près de nous... apparemment.
Chroniqueur anti-chronique je suis d'avis que ces mots ne resteront que des maux si l'on ne sait pas se taire. Respecter Jean-Luc Godard c'est participer à son travail, prendre part à ce silence. Et retrouver d'abord les maux. Et voir autour. Enfin peut-être.
"Je ne sais pas", dit-il.

Christian Laville