JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Laurent Lafolie©
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Jean
François Duroure
What are you doing here ?
C'est
au cur des townships, véritables ghettos de Johannesburg,
que Jean-François Duroure crée ce spectacle fait de
toute la richesse dune culture qui grâce aux artistes
a toujours su résister à lapartheid. Une rencontre
artistique qui touche de très près, l'humanité
et l'identité retrouvées ou espérées de
ce peuple sud-africain.
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Il voulait devenir prof de gym, il devient gymnaste de compétition.
Aujourd'hui, il est danseur/ chorégraphe. Après Viola
Farber à Angers, Merce Cunningham aux USA, on le découvre
chez Pina Bausch. Trois ans après, il crée avec Mathilde
Monnier deux spectacles décapants "Acide/Extasis"
et "Mort de rire". Déjà il n'a pas la même
énergie que les autres. Il bouge, n'arrête pas de bouger,
de nous projeter des images fortes, sans détours, des coups
de poings. En 1988 il crée sa propre compagnie avec une série
de spectacles "La Anqua", "Cosmono Nox", "Le
langage des oiseaux", La nuit partagée" et
toujours cette même énergie pour dire, prendre, donner.
Sa vision du spectacle aussi bouge. Elle est le reflet de la vie et
de ce qu'il aime à l'intérieur : Le cirque, Brecht,
Tintin, les banlieues, la peinture, les mots, le jazz, la musique
indienne et africaine... Il aime à travailler avec le théâtre
et les acteurs. Il aime ce public réjoui et nombreux qui débarque
pour le voir lui et ses rappeurs dans "La nuit partagée",
preuve que le public pour la danse peut toujours s'élargir.
Tout dans son parcours semble centré sur ce désir d'un
homme pour qui la danse n'est pas l'essentiel, mais le moyen d'aller
rencontrer, d'échanger, d'agrandir, de mélanger les
cultures, de les faire se nourrir entre elles, de porter l'homme au-delà
de ce qu'il connaît de sa propre identité et d'en transporter
les émotions au-travers du spectacle.
Le projet de "What are you doing here ?" est né de
son premier séjour à Johannesburg, en Afrique du Sud.
Un séjour court mais qui lui donne une autre vision de la danse
et une incroyable envie d'y retourner.
"En rentrant d'Afrique du Sud, je me suis rendu compte à
quel point la danse est présente dans leur vie quotidienne
et ce notamment à travers les danses zoulous. Elle est un vecteur
essentiel dans l'expression politique de leur condition. Johannesburg
est faite de townships qui fonctionnent comme des villes cloisonnées,
avec violences et conflits internes tout en ayant chacune leur propre
ethnie et leur propre culture. Dans ces ghettos, les artistes ont
toujours eu une force importante que le pouvoir blanc n'a jamais pu
détruire. Ils se retrouvent (danseurs, musiciens, acteurs)
pour bâtir un langage commun et dénoncer leurs conditions
de vie et résister au racisme. C'est un mouvement appelé
"Le Théâtre Contestataire". Aujourd'hui, en
dépit de l'arrivée de Mandela en 1994, ces ghettos existent
toujours même s'ils ont tendance à s'ouvrir".
La demande d'un travail de création avec les sud-africains
est faite au chorégraphe par Jean Blaise, directeur du CRDC
de Nantes (Centre de recherche pour le développement culturel)
pour le Festival de "Fin de Siècle". Pour Jean Blaise,
il n'est pas question de rapporter un spectacle exotique venu d'Afrique,
mais de bousculer le spectateur et lui donner une vision du monde
différente de celle qu'il a de sa propre place.
Avec peu de moyens financiers, Jean-François Duroure constitue
une petite équipe, Sylvie Hadjean pour la réalisation
d'un documentaire sur le travail mené avec les africains, un
travail indissociable de celui porté par le chorégraphe,
du compositeur Julien Bros et Clairémilie comme assistante
à la danse. C'est avec une équipe d'artistes des townships
de Johannesburg : Alexandra, East Road et surtout Soweto, qui fut
le théâtre des émeutes de 1976, où plus
de 500 jeunes périrent sous les balles des policiers de l'apartheid,
que le projet se met en place.
"Avant de travailler véritablement non pas sur ce qu'on
appellerait un spectacle de danse mais plutôt sur une sorte
de "reportage chorégraphié de découvertes",
il était important de se fondre dans la réalité
des townships et d'instaurer un climat de confiance. Nous avons beaucoup
travaillé avec les Maison des Jeunes, dans de nombreux quartiers,
autour d'ateliers de confection de costumes, des concours d'affiches
dans les écoles et surtout d'ateliers de recherche commune
en création. Nous avons pris le temps de regarder, d'écouter,
de mesurer ce qu'il se passait dans leur vie. Que ce soit en musique,
danse ou théâtre, notre première approche avec
les artistes était de comprendre leur identité artistique.
Pour la musique par exemple, elle pouvait être enracinée
dans une culture religieuse, contestataire, tribale. Pour la danse,
elle émanait de danses zoulous ou de la "gamboots dance"
qu'exécutaient les mineurs avec leurs bottes.
Au fur et à mesure que la confiance s'instaurait, tout le travail
que nous faisions était porté par la communauté
noire. Bien évidemment mes repères artistiques n'étaient
plus les mêmes, il fallait désormais partir de leur identité
traditionnelle et voir quel était le chemin à parcourir
ensemble. L'essentiel était de travailler avec chacun, tout
en sachant que le potentiel qu'ils ont est une force, d'aller au-delà
de cette force pour aboutir à un spectacle. Un spectacle qui
certes parle de la réalité de l'Afrique du Sud mais
qui est aussi fait de magie et d'émotions".
Agés de 17 à 25 ans, les artistes du spectacle, qu'ils
soient professionnels ou amateurs, parlent tous d'une expérience
extraordinaire qui les ouvre sur de nouveaux horizons. Il s'agissait
bien d'un défi, non pas dans l'apprentissage d'une technique,
mais dans le fait d'être capable de se lancer dans l'aventure
dune création. Un travail qui leur a permis de mieux
comprendre l'identité de leur pays, la richesse culturelle
de son passé, d'intégrer ses racines dans un processus
de création pour aller vers dautres ouvertures . La découverte
de la réalité de leur identité est devenu pour
eux une force qu'ils ont voulu projeter dans le spectacle. Un des
artistes dit "J'ai découvert que je n'étais pas
seul et aujourd'hui j'aime le monde qui m'entoure". Un autre
musicien dit "J'ai joué avec des instruments de musique
africains que je ne connaissais pas".
Il suffit qu'un blanc débarque chez les blacks pour qu'on lui
dise mais "Qu'est-ce que tu fous ici ? ". Jean-François
Duroure leur a sans doute parlé avec le langage du cur
et non de la couleur.
"L'accueil fut plus que chaleureux. Pour nous ils sont pauvres
et pourtant je crois qu'ils sont cent fois plus riches et c'est cela
que j'ai voulu transmettre dans le spectacle. Ils ont accepté
la rigueur du travail et ils ont révélé leur
richesse étouffée par tant d'années de répression.
Ils ont découvert que malgré l'éclatement social,
il y avait des solutions qui peuvent s'échanger et qu'elles
résident dans le langage du corps.
"Malgré les pires violences qu'elle a connues, l'Afrique
du Sud est restée une terre de richesses culturelles, artistiques
et humaines. Ces townships sont toujours des ghettos qui essayent
aujourd'hui encore de retrouver une dignité. Elles amorcent
cependant une pacification de leurs conflits internes avec comme objectif
une cohésion sociale plus forte et qui tient compte de la tradition.
C'est la musique, la danse, le théâtre qui sont à
l'origine de cette évolution inimaginable il y a quelques années
encore. C'est par ce biais là que les notions de liberté
et de justice passent. En ce sens, cette forme de théâtre
contestataire est directement impliquée dans l'émergence
sociale, culturelle et économique de la nouvelle Afrique du
Sud".
Durant toute la durée du travail effectué dans les quartiers,
Sylvie Hadjean a filmé, sous forme d'un documentaire de 52
mn, la vie quotidienne, sa réalité dans les townships
ainsi que toute la vie qui entoure le processus de création.
Un travail qui pour Jean-François Duroure fait partie du spectacle
en lui-même pour démontrer que ce qu'il se passe avant
et dans un contexte précis, est aussi important que la création
en elle-même.
Périlleux le pari, dans tous les sens du terme et des situations.
Mais les regards et les mots de ces artistes africains rencontrés
aux détours d'un passage en avant première, à
Lyon, laisse à deviner un grand bonheur et peut-être
une autre envie de vivre.
Martine
Pullara
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