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1997

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  MAI N°16  


David ANEMIAM©

 

Jean-Paul Delore
MÂLES SOUS INFLUENCES

LZD Lézard Dramatique et l'ARFI (Association à la Recherche d'un Folklore Imaginaire), deux groupes lyonnais qui expérimentent depuis 20 ans le décloisonnement artistique, proposent au Centre Charlie Chaplin "Les Hommes"*, une création sur l'individu et le groupe. Un spectacle musical sur le (sexe) masculin, ses forces, ses utopies, ses envies de pouvoir, sa solitude et parfois son ridicule...

Entretien avec le metteur en scène,
Jean-Paul Delore.

D'une manière générale dans tes spectacles, quel rapport entretiens-tu avec la musique ?
Elle a une présence incontournable dans mes précédents spectacles. J'ai l'impression d'entendre les images et ma collaboration avec le musicien Éric Allombert a accentué ce sentiment. Même en lisant, je crois entendre quelque chose et j'essaye de le transmettre ensuite à un musicien. Le rythme, les débits, les silences..., j'étudie ça pour arriver parfois à suspendre une seule phrase : il y a quelque chose de primitif avec les mots et l'espace. La musique suggère, prolonge; je l'utilise comme un acteur.
Historiquement, quel est le lien entre l'ARFI et le Lézard Dramatique ?
L'ARFI a eu 20 ans cette année et le Lézard aura 20 ans l'année prochaine. Nous avons partagé pendant un temps le même lieu de création : le Théâtre des Clochards Célestes. Il y a une convergence tacite entre nos deux histoires, une même volonté de faire éclater les choses. Aussi bien sur le plan artistique que sur le fonctionnement quotidien : décloisonner les fonctions ou l'on s'enferme trop rapidement comme le fait d'être Le metteur en scène ou Le régisseur ou l'éclairagiste. A travers cette cohabitation qui n'était pas un hasard, il y a eu des croisements naturels, sans obligations. Nous fabriquions des choses bizarres et inattendues qui attiraient autant les critiques que du public. Moi, je suis une pièce rapportée, je suis arrivé un peu avant Les Clochards Célestes. Il y avait déjà une même envie de mélanger les genres et de brasser les matériaux. L'ARFI a conservé ce fonctionnement tandis que LZD a vécu des séparations qui ont accouché d'autres groupes.
Cette création "Les Hommes", c'est un spectacle sur l'ARFI ou l'étude sociologique d'un groupe d'hommes? Tu es sûr d'avoir suffisamment de distance avec eux pour ne pas tomber dans le piège nombriliste du récit sur la bande de copains ?
La distance est automatique, car le traitement que j'en ferai passera par l'imaginaire. Je prends quelque chose qui existe et qui est enraciné dans un traitement politique. Il n'y a pas d'étude sociologique puisque je l'ai vécu. Je veux montrer avec les outils du théâtre le corps de l'aventure ARFI : l'histoire de l'individu et du collectif dans son opposition, ses sous-groupes. Ce ne sera pas un concert mis en scène : on verra les fantasmes de ces hommes, pas la personnalité des artistes qui sont derrière. Aujourd'hui on est dans le culte de l'individu au détriment des notions élémentaires de solidarité. Il y a des systèmes d'exclusion également dans nos propres pratiques : on n'achète plus le doute et l'incertitude qui sont les moteurs de la création. On achète des personnes ou des spectacles "produits finis" et plus du tout les œuvres. Les artistes ont une responsabilité, mais le drame c'est qu'ils n'ont plus les moyens de résister et il n'y a plus de soutien institutionnel. On se retrouve avec quelques lieux qui sont des "ghettos" du risque, mais on ne règle pas le problème : il nous faut des cathédrales sans toit et pas des chapelles!
Ce spectacle "les Hommes", c'est quel Homme ?
Je vais travailler avec un groupe d'hommes qui ont un langage commun. Des hommes de 35 à 60 ans, dans un univers exclusivement masculin. Il y a moins de femmes dans les milieux de la musique que dans toutes les autres expressions artistiques. Je vais montrer le machisme et mettre à nu les comportements. Je veux montrer des hommes tels qu'ils sont dans la vie, avec leurs rêves de puissance et leurs aveux d'impuissance. Ces hommes qui se sentent obligés de tenir le rôle du décideur. Que se passe-t-il quand les masques tombent ? Je vais stigmatiser leurs tics, montrer les maniaques, les utopistes, ceux qui veulent diriger ou prendre les choses en main. Dans ce spectacle, ils seront des clandestins et je pourrai exacerber leurs chaînes et le poids de ce qu'ils sont dehors. Je montrerai ces hommes dépassés par leur destin et parfois dévorés par leur propre activisme. C'est vraiment l'histoire de la masculinité, même s'il pourrait y avoir des versions féminines. L'homme adore la surenchère et il cherche souvent à être celui qui pisse le plus loin...
Comment vas-tu théâtraliser cette envie qui semble encore en gestation ?
Nous n'avons pas beaucoup de temps de répétition. On fait des tentatives de déplacements. On essaie d'emmagasiner des matériaux. J'ai une liste de situations et d'actions pour donner un fil à l'histoire. Il y aura des armoires, des moteurs et des chiottes.. Pour l'instant on fabrique du vocabulaire avec des mots et de la musique. Ce sera plutôt mécanique et musical, parfois ce sera phrasé. Ici, c'est le texte qui va prolonger la musique. Je mets en scène de la musique et des hommes, leur corps et leur tête. Je voudrais aussi montrer qu'il y a quelque chose d'énigmatique autour de la femme. Ces hommes seront aussi l'absence de femmes.

Propos recueillis par Gabin Gabriel.