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1997

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Cie Accrorap
De-ci, de-là... Deuxième édition ! et Kelkemo

À entendre parler Eric Mezino (chorégraphe avec Kader Attou de la Cie Accrorap), il y a comme un souffle de clarté, de jeunesse et d'intelligence rare...

Vous êtes allés danser dans les camps de réfugiés de Zagreb, en ex Yougoslavie, pour quelles raisons ?
À l'origine, c'était pour une œuvre humanitaire. Nous avons mis des stages de danse en place auprès d'adolescents sans trop savoir où nous allions. Nous avons travaillé dans 4 camps de réfugiés et le début fut assez difficile. On se trouvait comme des étrangers face à des gens en souffrance, complètement livrés à eux-mêmes et qui en avaient assez d'être observés puis abandonnés. Mais petit à petit, la confiance et l'amitié se sont installées et nos objectifs sont devenus plus clairs.
C'est à dire ?
Nous leur avons apporté un peu de culture hip-hop, une certaine joie de vivre, de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges pour aboutir à des émotions réciproques très fortes. Nous ne parlions pas le même langage et la danse devenait notre dialogue commun, comme un langage universel.
Et quand vous êtes partis ?
Ce fut très dur, car ils avaient encore cette sensation d'abandon, qu'une fois de plus on venait les voir pour ne plus revenir. Mais nous avons gardé des liens très forts, par écrit et également par des voyages que nous avons faits personnellement pour les retrouver.
C'est à partir de cette expérience que vous avez créé le spectacle "Kelkemo" ?
Oui, il est complètement nourri de ces expériences humaines que nous avons eues. C'est un spectacle sur la vie, sur d'autres vies. Le travail de création repose aussi sur l'idée de sortir des revendications habituelles de quartiers pour aller vers une autre culture. Mais ces déplacements de personnes, entassées en banlieue, montrées du doigt en ville, c'est aussi notre histoire d'immigré sauf que là-bas, il y avait la guerre. "Kelkemo" incarne un autre état d'esprit, la volonté de rencontres entre différentes cultures. C'est un dialogue de culture orientale, croate, anglaise, arabe...
Votre travail chorégraphique va au-delà de la culture hip-hop ?
Nous nous définissons comme des danseurs tout simplement. Ce qui nous intéresse c'est de créer un style qui nous est propre, sans malgré tout oublier ce que nous avons été. Mais notre danse a évolué et notre travail technique et artistique aussi.
Vous continuez malgré tout à enseigner le hip-hop, avec une démarche sociale, dans les milieux difficiles ?
Oui, parce qu'il est important pour nous de garder nos racines. Parce que tout le travail pédagogique que l'on met en place auprès des jeunes, nous aurions souhaité l'avoir pour nous.
Parmi tous les jeunes qui dansent, beaucoup ne seront jamais des professionnels, est-ce qu'il n'y a pas danger ?
Dans toutes nos rencontres, nous faisons très attention à leur faire comprendre la difficulté de ce métier, du statut de danseur. Parmi les jeunes qui viennent, il y a ceux qui sont là pour être avec des copains ou parce que c'est la mode. Ceux-là ne vont pas plus loin. Et puis il y a ceux qui ont réellement envie de danser et leur unique objectif est de travailler sans forcément penser tout de suite à devenir des professionnels.
Il est évident que ce travail que nous faisons auprès des jeunes ne résoudra pas leurs problèmes sociaux ou de chômage. Mais c'est en tout cas un apprentissage de la vie, une discipline qui porte au respect du travail des autres et qui demande beaucoup de rigueur dans un comportement individuel ou de groupe.
Pour le Festival “De-ci, De-là”, vous présentez une création qui réunit Accrorap et des jeunes danseurs de quartier strasbourgeois. Est-ce un travail différent des précédents ?
Très différent. C'était d'abord un travail à plein temps, pendant 5 semaines, avec des jeunes d'un quartier particulièrement chaud, âgés de 16 à 23 ans et plus difficiles à maîtriser. Ce sont tous de bons danseurs techniquement, on a donc beaucoup plus travaillé l'aspect artistique, chorégraphique, de construction. À l'origine, c'était un stage de perfectionnement et puis on a décidé de faire un spectacle avec eux et ils ont beaucoup participé à la chorégraphie. Ici, on est essentiellement dans le hip-hop. Le thème de départ était de dire que la vie est un chantier d'où le titre "Echafaudage".
Comment abordez-vous votre travail chorégraphique ?
Il y a une équipe artistique avec, entre autre, Gilles Rondot, Kader Attou qui avec moi chorégraphie les spectacles. Nos spectacles sont écrits avec des thèmes et un synopsis précis. Nous invitons d'autres danseurs qui peuvent être également des danseurs classiques ou contemporains. Les chorégraphies se font avec la participation de tous les danseurs, nous souhaitons qu'il y ait un échange permanent tout en restant dans la logique de ce que nous souhaitons faire.
Vous vivez comment ?
Accrorap a été créée en 89 et nous sommes professionnels depuis 93. Nous avons des mécènes et des aides à la création du Ministère de la Culture.
Votre prochaine création, c'est pour quand ?
Le 19 juillet à Châteauvallon, le titre devrait être "Opéra Hip-Hop".

Martine Pullara