JANVIER
N°1
Condense
Jean-Yves Pick
FEVRIER
N°2
Orlan
Michel Vericel
MARS N°3
Bastard
Têtes
Raides
David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit
AVRIL
N°4
Taha
Saint Germain
Guillaumon
MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions
JUIN
N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes
JUILLET
N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub
SEPTEMBRE
N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue
OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine
NOVEMBRE
N°10
Têtes Raides
Les Nigauds
DECEMBRE
N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre |
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Rachid
Taha
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Les
cheveux blonds, pure provoque ou juste une coquetterie ?
Rachid Taha : (Rires). J'ai remarqué que les mots sont de plus
en plus mal compris, ou bien on les détourne, et je me suis dit
que la seule façon de ne pas travestir les mots, c'était
de mettre ça en image. Une espèce de constatation, c'était
de mettre le holà là-dessus ou de faire passer le message.
Paris où tu vis, Londres où tu enregistres, as-tu encore
des attaches à Lyon ?
R.T : Je viens encore de temps en temps, pour voir les parents. J'ai
quand même un truc affectif avec Lyon. Mon histoire a commencé
là-bas.
Steve Hillage et Rachid Taha, c'est une collaboration qui date de pas
mal de temps...
R.T : Il y a eu un trou de quelques années.
Pourquoi Hillage ex-membre de gong, avec son image de baba éternelle?
R.T : Je n'ai pas cette image de Steve Hillage, d'ailleurs Gong, j'ai
peu connu, je ne peux pas dire que j'étais un grand fan, ce nétait
pas vraiment mon époque. Depuis quelques années que je
le côtoie, j'ai vu son parcours musical, qui me semble très
intéressant. C'est quelqu'un qui n'a pas peur, il n'a pas ce
conformisme qu'a cette génération de rocker. Il va au-delà,
même s'il fait des erreurs, et puis, son côté très
humain m'intéresse, très partageur et assez évolué
dans sa tête, idéologiquement, il a un espèce de
parcours similaire au mien. Avec les rencontres qu'il fait, le travail
avec des jeunes, il n'hésite pas, il peut passer de ses amis,
des gens comme Killing Joke ou Robert Wyatt, à des gens comme
Dread Zone, c'est quelqu'un d'éclectique.
Musicalement, tu te sens plus proche du rock, de la techno, du raï
?
R.T : Tu sais le raï, ça dépend où ça
nous mène. Ce nest pas une question d'être proche,
plein de musiques m'ont influencé. Toutes les musiques sont une
expression, là où ça devient de l'art, c'est lorsqu'une
musique devient une expression anti-conformiste, c'est cela qui m'intéresse
le plus. Je me sens proche de toutes les musiques qui me font vibrer,
qui me font avancer.
Kahled
?
R.T : C'est une question que l'on me pose souvent. Est-ce qu'on me la
pose parce-qu'il est originaire d'Algérie comme moi, je ne comprends
pas la question.
Je te la pose parce que dans Olé, tes racines sont là,
bien présentes, on ressent tes attaches musicales orientales,
même s'il y a du rock, de la techno, de la soul, et puis vous
avez la même langue?
La techno, c'est une des influences, c'est une sorte de centrifugeuse.
Ma musique, c'est une espèce de fusion, le mot en France ne veut
pas dire la même chose qu'en Angleterre, ici on pense souvent
au jazz-rock. Toutes ces influences Kalhed, Oum Kalsoum, les Clash,
etc, font partie de mon univers, et donc le raï, c'est une partie
de ce que j'aime. Le raï, ça reste un peu traditionnel,
l'enfance, le côté maternel, ce n'est pas une structure
pour moi, plus un monopoly où je voyage.
A propos des Clash, quel fut ta réaction pour un jeune de
ton âge, d'entendre "Rock in the Casbath", un titre
généré par Carte de Séjour ?
R.T : Pas grand chose, je n'étais pas étonné, venant
des Clash. Un groupe qui était à l'écoute de toutes
les musiques.
Je pense que Carte de Séjour était une partie de leurs
influences, ce ne serait pas juste de dire que nous les avons complètement
influencés sur ce titre. C'était dans l'air du temps,
ils étaient les plus propices à faire ça, ils avaient
déjà fait du reggae, du dub.
Maintenant pas mal de jeunes découvrent le dub, ils me font écouter
cette musique. Bon, moi, ce nest pas que ça me fait rire,
mais c'est intéressant de constater le décalage. Pour
nous le dub, c'était les faces B et maintenant, ça devient
une référence, ça devient la modernité.
C'est dû aux remixeurs, qui prennent le dessus, tout le monde
peut faire de la musique, avec deux platines, c'est intéressant.
Je pense qu'au bout d'un moment ça va se limiter, parce qu'il
ne faut pas oublier le côté musique et le côté
instrument. Ça me rappelle la période punk, où
tout le monde pouvait jouer de la guitare. Je suis assez content de
cette espèce d'anarchie, de démocratisation de la musique.
L'Algérie, situation plus que critique, quel est ton regard
sur ce qui se passe là-bas ?
R.T : Mon regard, c'est un regard lointain, le regard d'un petit oiseau
sur un fil qui est en train de voir ce qui se passe. Je suis assezpartagé,
si c'est quelque chose de positif qui est en train de se passer, qui
va amener autre chose au peuple algérien, tant mieux. Ce qui
me gène, c'est le côté fasciste de certains groupuscules.
Je ne suis pas pour le pouvoir qui est en place, il a été
élu démocratiquement, c'est laseule chose positive. Mais
politiquement, il ne fait pas des choses très intéressantes.
Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'en face, ce sont des fachos.
Intégration, immigration, banlieue tous ces mots que l'on
entend à longueur de journées dans les médias ou
dans la bouche des politiques, qu'est-ce que ça t'inspire comme
réflexion ?
R.T : Malheureusement, ce sont des mots que j'ai entendu depuis pas
mal d'années. J'ai toujours la même impression quand on
parle de banlieue, d'immigrés ou d'intégration et finalement,
je me pose la question : est-ce que ce n'est pas la société
elle même, qui a des problèmes d'intégrer les gens
qu'elle a créés ? Ce qui se passe en ce moment, ce n'est
pas que le fait d'être arabe, le fait d'être de la banlieue,
d'être noir ou jaune, c'est la société qui n'arrive
pas à juguler, ce qu'elle même a pondu. Le problème,
ce sont les gens qui nous gouvernent, les penseurs, et je suis assez
déprimé, ils ont pris trop de retard par rapport à
tout ce qu'on leur a déjà dit il y a une quinzaine d'années.
Ce sont les mêmes questions, les mêmes affirmations qui
reviennent et je trouve dommage tout ce temps perdu.
Ce qui me fait peur, c'est qu'entre temps il y a un fossé qui
s'est creusé, entre ma génération, 35 ans et nos
frères qui arrivent et qui constatent la même chose. A
notre époque, je parle comme si j'étais un vieux soldat,
mais on avait une espèce de référence, une espèce
d'espoir, et cet espoir là, a l'air perdu maintenant. Je crois
que c'est l'erreur fondamentale.
On s'aperçoit que ça n'a pas beaucoup avancé
?
R.T : D'autant plus malheureux, que les problèmes qu'il y avait,
ont pris une autre proportion. Il me semble qu'on était encore
propice au dialogue et maintenant le dialogue me parait un peu plus
difficile.
Comment bosses-tu pour la composition des morceaux ?
R.T : Cela dépend, des fois c'est la musique en premier ou les
textes. J'essaye d'utiliser les mots comme étant une rythmique,
des fois je chante en yaourt arabe ou en yaourt français pour
me donner une difficulté supplémentaire, pour construire
la musique autour de ces mots. Je balance un peu des textes, des mots
et je construis une histoire ou une situation, des fois c'est un inconvénient,
mais cet inconvénient devient parfois une richesse.
Il y a une tournée qui se prépare, est-ce qu'on va
voir Rachid Taha sur scène ?
R.T : Au mois d'avril, il y aura Steve Hillage et d'autres musiciens
anglais dans cette tournée. Nous jouerons à Lyon.
Propos
recueillis par Bruno Pin
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