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Rachid Taha

Les cheveux blonds, pure provoque ou juste une coquetterie ?
Rachid Taha : (Rires). J'ai remarqué que les mots sont de plus en plus mal compris, ou bien on les détourne, et je me suis dit que la seule façon de ne pas travestir les mots, c'était de mettre ça en image. Une espèce de constatation, c'était de mettre le holà là-dessus ou de faire passer le message.
Paris où tu vis, Londres où tu enregistres, as-tu encore des attaches à Lyon ?
R.T : Je viens encore de temps en temps, pour voir les parents. J'ai quand même un truc affectif avec Lyon. Mon histoire a commencé là-bas.
Steve Hillage et Rachid Taha, c'est une collaboration qui date de pas mal de temps...
R.T : Il y a eu un trou de quelques années.
Pourquoi Hillage ex-membre de gong, avec son image de baba éternelle?
R.T : Je n'ai pas cette image de Steve Hillage, d'ailleurs Gong, j'ai peu connu, je ne peux pas dire que j'étais un grand fan, ce n’était pas vraiment mon époque. Depuis quelques années que je le côtoie, j'ai vu son parcours musical, qui me semble très intéressant. C'est quelqu'un qui n'a pas peur, il n'a pas ce conformisme qu'a cette génération de rocker. Il va au-delà, même s'il fait des erreurs, et puis, son côté très humain m'intéresse, très partageur et assez évolué dans sa tête, idéologiquement, il a un espèce de parcours similaire au mien. Avec les rencontres qu'il fait, le travail avec des jeunes, il n'hésite pas, il peut passer de ses amis, des gens comme Killing Joke ou Robert Wyatt, à des gens comme Dread Zone, c'est quelqu'un d'éclectique.
Musicalement, tu te sens plus proche du rock, de la techno, du raï ?
R.T : Tu sais le raï, ça dépend où ça nous mène. Ce n’est pas une question d'être proche, plein de musiques m'ont influencé. Toutes les musiques sont une expression, là où ça devient de l'art, c'est lorsqu'une musique devient une expression anti-conformiste, c'est cela qui m'intéresse le plus. Je me sens proche de toutes les musiques qui me font vibrer, qui me font avancer.
Kahled ?
R.T : C'est une question que l'on me pose souvent. Est-ce qu'on me la pose parce-qu'il est originaire d'Algérie comme moi, je ne comprends pas la question.
Je te la pose parce que dans Olé, tes racines sont là, bien présentes, on ressent tes attaches musicales orientales, même s'il y a du rock, de la techno, de la soul, et puis vous avez la même langue?
La techno, c'est une des influences, c'est une sorte de centrifugeuse. Ma musique, c'est une espèce de fusion, le mot en France ne veut pas dire la même chose qu'en Angleterre, ici on pense souvent au jazz-rock. Toutes ces influences Kalhed, Oum Kalsoum, les Clash, etc, font partie de mon univers, et donc le raï, c'est une partie de ce que j'aime. Le raï, ça reste un peu traditionnel, l'enfance, le côté maternel, ce n'est pas une structure pour moi, plus un monopoly où je voyage.
A propos des Clash, quel fut ta réaction pour un jeune de ton âge, d'entendre "Rock in the Casbath", un titre généré par Carte de Séjour ?
R.T : Pas grand chose, je n'étais pas étonné, venant des Clash. Un groupe qui était à l'écoute de toutes les musiques.
Je pense que Carte de Séjour était une partie de leurs influences, ce ne serait pas juste de dire que nous les avons complètement influencés sur ce titre. C'était dans l'air du temps, ils étaient les plus propices à faire ça, ils avaient déjà fait du reggae, du dub.
Maintenant pas mal de jeunes découvrent le dub, ils me font écouter cette musique. Bon, moi, ce n’est pas que ça me fait rire, mais c'est intéressant de constater le décalage. Pour nous le dub, c'était les faces B et maintenant, ça devient une référence, ça devient la modernité. C'est dû aux remixeurs, qui prennent le dessus, tout le monde peut faire de la musique, avec deux platines, c'est intéressant. Je pense qu'au bout d'un moment ça va se limiter, parce qu'il ne faut pas oublier le côté musique et le côté instrument. Ça me rappelle la période punk, où tout le monde pouvait jouer de la guitare. Je suis assez content de cette espèce d'anarchie, de démocratisation de la musique.
L'Algérie, situation plus que critique, quel est ton regard sur ce qui se passe là-bas ?
R.T : Mon regard, c'est un regard lointain, le regard d'un petit oiseau sur un fil qui est en train de voir ce qui se passe. Je suis assezpartagé, si c'est quelque chose de positif qui est en train de se passer, qui va amener autre chose au peuple algérien, tant mieux. Ce qui me gène, c'est le côté fasciste de certains groupuscules. Je ne suis pas pour le pouvoir qui est en place, il a été élu démocratiquement, c'est laseule chose positive. Mais politiquement, il ne fait pas des choses très intéressantes. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'en face, ce sont des fachos.
Intégration, immigration, banlieue tous ces mots que l'on entend à longueur de journées dans les médias ou dans la bouche des politiques, qu'est-ce que ça t'inspire comme réflexion ?
R.T : Malheureusement, ce sont des mots que j'ai entendu depuis pas mal d'années. J'ai toujours la même impression quand on parle de banlieue, d'immigrés ou d'intégration et finalement, je me pose la question : est-ce que ce n'est pas la société elle même, qui a des problèmes d'intégrer les gens qu'elle a créés ? Ce qui se passe en ce moment, ce n'est pas que le fait d'être arabe, le fait d'être de la banlieue, d'être noir ou jaune, c'est la société qui n'arrive pas à juguler, ce qu'elle même a pondu. Le problème, ce sont les gens qui nous gouvernent, les penseurs, et je suis assez déprimé, ils ont pris trop de retard par rapport à tout ce qu'on leur a déjà dit il y a une quinzaine d'années. Ce sont les mêmes questions, les mêmes affirmations qui reviennent et je trouve dommage tout ce temps perdu.
Ce qui me fait peur, c'est qu'entre temps il y a un fossé qui s'est creusé, entre ma génération, 35 ans et nos frères qui arrivent et qui constatent la même chose. A notre époque, je parle comme si j'étais un vieux soldat, mais on avait une espèce de référence, une espèce d'espoir, et cet espoir là, a l'air perdu maintenant. Je crois que c'est l'erreur fondamentale.
On s'aperçoit que ça n'a pas beaucoup avancé ?
R.T : D'autant plus malheureux, que les problèmes qu'il y avait, ont pris une autre proportion. Il me semble qu'on était encore propice au dialogue et maintenant le dialogue me parait un peu plus difficile.
Comment bosses-tu pour la composition des morceaux ?
R.T : Cela dépend, des fois c'est la musique en premier ou les textes. J'essaye d'utiliser les mots comme étant une rythmique, des fois je chante en yaourt arabe ou en yaourt français pour me donner une difficulté supplémentaire, pour construire la musique autour de ces mots. Je balance un peu des textes, des mots et je construis une histoire ou une situation, des fois c'est un inconvénient, mais cet inconvénient devient parfois une richesse.
Il y a une tournée qui se prépare, est-ce qu'on va voir Rachid Taha sur scène ?
R.T : Au mois d'avril, il y aura Steve Hillage et d'autres musiciens anglais dans cette tournée. Nous jouerons à Lyon.

Propos recueillis par Bruno Pin