ARCHIVES
1996

JANVIER N°1
Condense
Jean-Yves Pick

FEVRIER N°2
Orlan
Michel Vericel

MARS N°3
Bastard
Têtes Raides
David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit

AVRIL N°4
Taha

Saint Germain
Guillaumon

MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions

JUIN N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes

JUILLET N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub

SEPTEMBRE N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue

OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine

NOVEMBRE N°10
Têtes Raides
Les Nigauds

DECEMBRE N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre

  JANVIER N°1  

Jean-Yves Pick


Ecrivain de théâtre, comédien et metteur en scène Jean-Yves Picq arrive à Villeurbanne en 1972 pour travailler avec Roger Planchon, puis il crée sa compagnie : Le Théâtre de la Balance.
En 1981 il rompt avec cette activité, passe en neuf mois un CAP ébénisterie et travaille quatre ans en atelier. Du Doctorat de Lettres qu’il avait laissé en plan à Strasbourg au travail du bois, le parcours semble être celui d’un homme dont les tripes sont toujours prêtes à surgir par l’écrit. Le lyrisme, l’approche et l’analyse du monde contemporain en font un dramaturge du combat. Jean-Yves Picq a signé une trentaine de textes de théâtre, oeuvres originales et adaptations. Joué un peu partout son théâtre de l’urgence franchit désormais l’océan, New York, Afrique du Sud. Il suggère et développe des ruptures, incite à la réflexion. Dans le « Conte de la neige noire » créé récemment Jean-Yves Picq admet que si le monde ne change pas très vite, son renouveau passera d’abord par la catastrophe. Jean-Yves Picq est en résidence d’auteur à Givors où pendant deux ans il anime un atelier l’écriture.


Ton regard sur le théâtre en ce moment dans la région ?
J’ai bien peur que la région Rhône-Alpes ne soit en fin de cycle, c’est un peu comme un gros paquebot qui croit qu’il a toujours ses moteurs allumés, mais ça fait quand même pas mal d’années que les moteurs sont éteints et que le paquebot n’avance plus que sur son erre. Il y a une immobilité de nantis chronique qui est historiquement liée à cette ville et qui fait qu’à peu près tous les dix ans la question se pose on reste ou pas ? En se disant que c’est incroyable que cette région ne prenne pas un essor européen, en particulier dans le domaine artistique. Quand on va à Marseille il y a un journal qui s’appelle « Taktik » et qui est devenu en très peu de temps un outil important pour la vie artistique de cette ville. (Je fais une distinction entre artistique et culturel : le culturel ça appartient à tous les gens qui font carrière dedans, l’artistique à ceux qui la font dehors). Bref, c’est vrai qu’il y a un besoin de ce type de journaux, il y a eu plusieurs essais à Lyon !
Effectivement, nous espérons que nous tiendrons plus longtemps que nos prédécesseurs. En ce moment il y a plusieurs spectacles de toi qui sont joués ?
Oui, là je reviens de New York (ça fait un peu bien de le dire, pas vrai !) où « Le Cas Gaspard Meyer » qui avait été créé aux Ateliers en 1993, vient d’être traduit, édité et joué là-bas. Cette pièce est également donnée à Lille en ce moment même. Il y a aussi « Partition » qui est jouée actuellement dans la région et enfin « Le Conte de la neige noire » créée en octobre dernier au Théâtre de la Rampe à Echirolles, puis donné à Givors et à Privas et j’espère dans d’autres lieux bientôt. Un texte sur l’état de guerre économique actuelle qui fait autant de millions de morts que la dernière Guerre Mondiale, avec parmi un de ses effets les plus sinistres et désespérants, ce constat que ce sont toujours les mômes que l’on envoie les premiers au front, que ce soit le front armé du chômage, de la drogue ou de la désespérance. Depuis deux ans je ne vois plus très bien comment travailler avec ce qui est en place, les Institutions etc... Pas mal de nos metteurs en scène se sont fait piéger par des désirs personnels de stabilité et des problèmes de gestion qui les dépassent et ils n’ont pas fait gaffe que depuis dix ans il y a un drôle de silence qui s’est installé, et ça je n’aime pas du tout. Je ne veux pas jouer au Père La Justice, mais entre un silence qui s’installe et un silence coupable, je croix qu’on a franchi la frontière.
Ca te paraît spécifique à la Région Lyonnaise ?
Non, ça porte sur le gros du personnel théâtral de l’Hexagone. J’ai l’impression qu’on est en plein art académique. L’image que j’ai immédiatement c’est ce qui a dû se passer dans les salons académiques et officiels de la peinture au 19ème siècle, avec la millième toile sur l’enlèvement des Sabines ou sur le jugement d’Horace ?Ca a un nom ! Ca s’appelle de l’art pompier.
Tu sembles toujours être sur le fil du rasoir. Ton discours est plutôt dur ?
Mais c’est hélas ce qui se passe actuellement sur le plan théâtral avec la centième version de tel ou tel classique. Je défie quelqu’un de me convaincre que c’est uniquement au travers des œuvres anciennes qu’on pourra parler du monde contemporain. Pour moi c’est seulement avouer qu’on est en panne. La télé qui est en panne également, fait de même. Elle fait des émissions sur les émissions que faisait la télé... dans le temps. Et combien c’était beau ! Et comment c’était bien fait. Ca lui évite tout simplement de faire ce pourquoi elle est là.
Pareil pour le théâtre. Alors que des textes même durs mais qui affrontent la réalité d’aujourd’hui remplissent des salles, mais oui. Quand ces salles font le pari de l’échange vrai et non de la consommation, du débat véritable et non du marketing.
« Le Boxeur pacifique » est un texte que tu as écrit en 1993, pourquoi avoir choisi la boxe comme thème ?
Au départ il y a eu une demande de la part d’un comédien, Guy Naigeon et d’un metteur en scène Sylvie Mongin-Algan. Je ne connaissais pas spécialement le monde de la boxe, si ce n’est par des souvenirs comme chacun peut en avoir, le combat fantastique d’Ali, par exemple, retransmis à la télé, etc... Mais je n’aimais pas la boxe et je voulais comprendre pourquoi. C’est ce point qui m’a fait accepter de bosser sur ce thème. J’en suis sorti sonné : l’enjeu d’un combat ce n’est pas seulement la victoire immédiate, c’est surtout faire reculer la défaite à venir. Une formidable métaphore de la vie.

Propos recueillis par Bruno Pin


«Partition» de Jean-Yves Picq
«Partition» raconte la recherche d’un frère, d’un journaliste devenu déglingué à force de transmettre les horreurs du monde. Une jeune fille essaie de le ramener à la vie, de lui extraire les mots.
Monologue sur fond de neige, un texte grave sur le besoin d’un homme d’avoir un pays, une maison. Le texte de Jean-Yves Picq nous amène sur les chemins de l’errance hagarde, nous fait sentir le silence et l’absence.
«Partition» est un texte qui a été monté plusieurs fois depuis sa création.
Au Théâtre du Vieux-Givors du 30 janvier au 1er février.