JANVIER
N°1
Condense
Jean-Yves Pick
FEVRIER
N°2
Orlan
Michel Vericel
MARS N°3
Bastard
Têtes
Raides
David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit
AVRIL
N°4
Taha
Saint Germain
Guillaumon
MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions
JUIN
N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes
JUILLET
N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub
SEPTEMBRE
N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue
OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine
NOVEMBRE
N°10
Têtes Raides
Les Nigauds
DECEMBRE
N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre |
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KEIJI
HAINO
Ph : Hiromi Wakui
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Pez
Ner
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"Tu
crois que ça va ouvrir ? Tu parles, c'est un projet fantôme
de Lyon.Je connais l'équipe : des bargeots !... Jamais il n'y
aura de nouvelle salle... C'est encore retardé... Je te dis,
c'est enterré... Ils n'ont pas de subvention... Et ceci et
cela..."
Voici un échantillon des brèves de comptoir, ragots,
conversations de gens bien informés. Et puis fi de tout cela
: le 31 octobre 96, le bébé est né, le Pez Ner
a ouvert. 800 personnes se pressent, s'entassent, s'éclatent,
suent pour écouter Goz of Kermeur et Fastilio et surtout voir,
découvrir, la bête, cette salle de 300 places, dédiée
à la musique hors normes (noise, expérimental, free
jazz, indus...) 7 concerts plus tard, état des lieux avec deux
des membres fondateurs Marie-Claire et Christophe, des gens qui s'évertuent
depuis des années, pour faire rimer Lyon et rock underground,
que cela soit par Central Service, le squat l'Exit, une génération
de lyonnais ont eu les oreilles éduquées de bien belle
manière.
Marie Claire : Il y a la crise économique. On sait ce que
l'on a envie de vivre, on ne veut pas faire la queue à l'ANPE,
ça ne marche pas pour des gens comme nous d'attendre une place
dans la société, on sait quelle place on a dans la société.
On parle de créations d'emplois, ça veut dire se prendre
en charge soi-même, c'est ce que l'on fait. Maintenant, il faut
que cela suive, il faut que les autorités comprennent, qu'ils
ont affaire à des gens capables de se prendre en charge, qu'ils
ont trente ans et dix ans de galères et de RMI, il est bien
normal que ces gens sachent ce qu'ils veulent et suivent leurs passions.
Même si cela passe par des galères financières,
On est huit personnes, on a la chance de tomber sur des bénévoles
passionnés. Il faut que l'on règle ces problèmes
d'emplois. Je suis la seule à être salariée en
contrat consolidé à 2500F, les autres sont bénévoles
ou RMIstes, ou des galères administratives. Ce qui explique
le délai assez long d'ouverture.
Christophe : Des galères on en a eu pas mal, surtout au
niveau administratif, entre les obligations pour avoir un permis de
construire, les problèmes pour monter à bien un projet
de subvention, ce sont des choses qui prennent beaucoup de temps,
on avait du mal à penser que cela serait aussi long. C'est
à dire, une subvention, on te l'accorde verbalement un an avant,
mais tu n'as pas le droit de commencer les travaux avant d'avoir reçu
un arrêté administratif, et cela crée des imbroglios
qui peuvent prendre de six mois à un an, c'est ce qui nous
est arrivé. Surtout du fait d'un financement croisé
qui allie Etat, région et ville. Chacun ayant des obligations
budgétaires différentes.
Marie-Claire : C'est soit tout, soit rien. C'est pour cela qu'il
y a eu des périodes de doutes, tu es pris entre deux feux,
tu ne peux ni faire un pas en avant, ni faire un pas en arrière.
C'est pas toujours facile à vivre mentalement, c'est plus facile
de faire des travaux, du plâtre. Dans l'esprit, on est un café
musique. La labelisation vient une fois que tu as fais tes preuves
sur le terrain, plutôt avec le temps. C'est une question de
pérennité, comme il y a eu pas mal d'échecs...
Espérons que cela viendra, surtout qu'au vue de la programmation,
ce lieu est fait pour tenir.
Christophe : La programmation a été un peu compactée
au début, du fait des problèmes d'ouvertures. On n'est
pas dans une logique de faire passer des grosses pointures sur deux
soirs comme à Paris, cela me parait délicat d'essayer
de motiver un public sur deux soirs. Je crois que sur le premier trimestre
97, on va faire quelques grosses pointures, pour nous permettre de
perdre un peu d'argent sur des trucs particuliers. Ce qui se passe,
c'est que l'on va vraiment essayer de travailler en partenariat avec
des assos comme les Silly ou les 7 Piliers. Toujours dans cet esprit
d'ouverture, il y a des scènes ouvertes avec la municipalité
de Villeurbanne, pour permettre à dix jeunes groupes de répéter
live, que ce soit du rock alternatif "Solution H" ou du
folk celtique. De plus un partenariat avec l'ENM permettra de faire
passer du jazz plutôt novateur. Et a côté de cela,
on a l'impression que la promo a été un poil négligée,
problème de beaucoup de lieux dits rock.
Marie-Claire : On est sorti de trois mois de travaux avec aucune
certitude d'ouverture le 31 octobre. Cela a été assez
épique, on n'a pas dormi. Le 30 la commission de sécurité
passait, elle nous laissait 70 détails à régler
dans la nuit, le 31 à 13h elle repassait, à 14 h on
recevait les groupes, à 20h il y avait 300 personnes, à
22h 800 personnes...Tout ça sans dormir... Depuis ça
n'arrête pas.
Mais à côté de cela, le Pez ner est aussi un
lieu d'expos "Arts Confondus" sur des artistes hors normes
(Paquito Bolino, Le Junter, Pitch sont programmés en 97) et
très diversifiés, la saison 96/97 est axée sur
le corps.
Marie-Claire : J'y tiens beaucoup parce que le problème de
l'esprit et du corps est la donnée du XXème siècle.
Cela permet de perpétrer l'esprit d'Antonin Artaud (d'où
est tiré le nom de la salle), qui est de mélanger tous
les arts, les faire se rencontrer. Artaud est pour moi un artiste
total, il a été comédien, écrivain, il
a dessiné. Il a touché à tout pour son idée
de l'art. Il a touché le point sensible, la chair, le sexe,
la souffrance. C'est un espèce de décloisonnement. Les
gens ont trop tendance à vivre sous des étiquettes :
je suis peintre, ma profession est peintre. Artiste est-ce que c'est
une profession ? Dans Artaud, la profession est annulée pour
le combat de l'esprit.
D'après Christophe : Surveillez les colonnes de ...491,
il y aura des surprises.
Ben
Pez ner : Impressions et prévisions
Deux années que l'on chuchotait le doux nom du Pez ner. Une
nouvelle salle enfin à la hauteur, avec des ambitions musicalement
clairement affichées et le 31 octobre dernier ce fut enfin
la soirée d'ouverture avec Fastilio et Goz of Kermeur : le
rêve devenu réalité et les premiers concerts ont
déjà comblé toutes nos espérances. Le
2 novembre, Oxbow, groupe rare à plus d'un titre et foncièrement
allumé a littéralement mis le feu aux poudres avec un
concert noise teinté de blues et de rock'n'roll malsain : des
musiciens irréprochables, une cohésion parfaite et un
chanteur (?) hallucinant et halluciné, un performer hors pair
et imposant (120 kilos !). Intenses et oppressants, Oxbow nous ont
certainement délivré le meilleur concert du genre depuis
des années.
Autres bonnes surprises : X Ray Eyes (avec des ex-Honkies et un Spaceheads)
et deux délires fanfare, jazz, free rock, tout en humour et
en auto dérision. Le lendemain, 15 novembre, c'est Hint de
retour à Lyon pour un troisième concert en un an qui
nous ont fait goûter quelques titres de leur nouvel album à
paraître début décembre chez Pandémonium,
un album qui s'annonce plus que prometteur. Ils reviendront peut-être
au printemps, et il ne faudra pas les rater. Ce mois de novembre aussi
morose, froid et pluvieux que les précédents aura aussi
vu se produire au Pez ner, Alboth, Ulan Bator, Zeni Geva, Condense
et Skull Duggery à l'occasion de la sortie d'un split single
chez les 7 Piliers.
Mais ce n'est pas fini avec le 5 décembre un concert solo de
Keiji Haino, multi instrumentiste (guitare, percussions, vielle à
roue, voix) pour un déferlement d'électricité,
de tradition musicale japonaise, d'émotion et d'angoisse intimiste
: une performance plus qu'un concert qui sera certainement un événement.
Le lendemain (le 6) ce sera dur mais on remet ça : un duo Tom
Cora (violoncelle) et Hakim Hamadouche (luth, mandoline) pour une
musique hors frontières mêlant improvisation et tradition.
Le 19 décembre marquera le grand retour de Ted Milton et de
son groupe Blurt. Ceux qui les ont déjà vus s'en souviennent
encore et à l'heure où le free rock rencontre une relative
reconnaissance publique, il serait temps de rendre à Milton
la place qui est la sienne. L'année se finira en beauté
avec, le 23 décembre, le "cadeau de Noël" :
un concert gratuit de Jad Fair, patriarche new yorkais du lo-fi.
Quinze jours de repos bien mérités et toute l'équipe
du Pez ner recommencera de plus belle en 1997. Quelques projets, quelques
rêves sont déjà échafaudés et l'avenir
risque fort de nous réserver quelques surprises de taille.
Un lieu attractif, une programmation osée et intelligente,
le Pez ner offre aux amateurs comme aux curieux des moments rares
dont on se souviendra longtemps.
Guillaume
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