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Têtes Raides
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N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre |
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De
Magma à Vander
Trente
ans de musique du bout de ses baguettes, trente ans d'éclatement
musical, parcourant les scènes. De 1966 avec son premier groupe
les Wurdalaks à Magma, en passant par Alien quartet, Offering,
à sa dernière formation Welcome, Christian Vander a
marqué la musique de notre époque. |
Magma figure incontournable de la musique des années 70, Magma
a bousculé les clichés d'une musique rock qui rêvait
de peace and love et de flower power. Une musique qui a embouti plusieurs
espaces sonores, le rock, le jazz et la musique classique, celle de
Bartok et de Stravinski. Le projet musical de Magma, tient le temps
et la route, une sorte de partition de la démesure, à
grand renfort de cuivres, de voix et de batterie, cette musique nous
amène sur un chemin fait de transes et d'énergie.
Tel un chaman, Christian Vander propulse la musique de Magma avec
force et violence, le voir sur scène tapant comme un forcené
sur sa batterie, référence ultime des batteurs, un jeu
empreint de violence et plein d'invention. Attention Magma est de
retour.
Entretien
avec Christian Vander
Qu'est ce qui vous fait monter encore sur scène avec
Magma ?
C'est un ami qui a décidé d'organiser cette tournée,
Bernard Ivain, j'ai accepté d'emblée. C'était
aussi, certainement le moyen de faire redécouvrir Magma, et
pour moi l'occasion de pratiquer certains morceaux que je n'avais
pas joués depuis une quinzaine d'années, "Grand
tarkos", "Defutura", des thèmes que j'aimais
jouer et que je n'ai plus la possibilité dinterpréter
aujourd'hui parce qu'il n'y a plus un groupe Magma existant réellement.
Là, on a dû reformer un groupe Magma, pas spécialement
pour l'occasion j'espère !
Justement à propos de musiciens, y aura t-il des musiciens
des anciennes formations, sur cette tournée ?
Au départ, j'avais pensé "peut-être qu'il
y en aurait", et puis finalement, les choses ont fait que l'on
a monté ce groupe qu'avec des gens qui aiment cette musique,
qui sont plus jeunes, qui sont disponibles et prêts à
foncer.
En 1969, quand vous arrivez avec votre musique, vous stupéfiez
la scène rock, quelles ont été les réactions
?
Initialement je pense que ça a dû être un choc
pour les gens ! Ils étaient plus ou moins prêts à
recevoir cette musique, mais de toute manière, on ne leur demandait
pas d'être prêts ou non. Nous étions sur une scène
et nous jouions ce qu'il y avait à jouer. Je crois que je ne
me suis jamais posé de questions, pour moi, c'était
la musique qu'il y avait à faire. Je venais directement de
l'enseignement d'autres musiques comme celle de John Coltrane, sans
pour autant l'avoir assimilée, bien entendu. Je précise
que j'aimais ça, je ne pouvais pas jouer une pâle copie
de la musique de John Coltrane. Des gens essayaient de faire du free-jazz,
sans avoir non plus assimilé et digéré ces choses
là, John, c'était loin d'être free ce qu'il faisait.
Moi je pensais qu'il fallait au contraire, faire une musique où
il ne fallait pas, contrairement à certains groupes de l'époque,
s'éterniser sur une mélodie, mélodie entre guillemet,
avec une réverb. planante, qui faisait que les gens s'imbibaient
d'un son. Pour moi, chaque note, chaque groupe d'accord était
une mélodie, en fait on brisait en permanence la mélodie,
pas dans l'esprit de casser la musique, mais dans l'esprit de passer
d'une chose à une autre, puis à une autre, puis à
une autre, sans interruption, comme Mékanik qui
a vraiment poussé cette idée au paroxysme. Les gens
ont été surpris. Au départ ce n'était
pas si clair, la musique venait, il fallait la distribuer de toute
manière, c'était vital, c'était urgent, il fallait...
L'uvre de Magma est faite de violence "Le temps de la
haine" ou "Mekanik Destruktiw Kommandoh", c'est un
cri d'alarme ?
Je ne saisis pas ça pour dire oui, c'est un cri d'alarme. C'est
le fait que ça tourne trop rond qui ne colle pas. Je suis un
amoureux de la spirale, je ne suis pas pour la boucle qui boucle sans
fin. Je suis pour les ouvertures, j'ai toujours senti qu'il y avait
un malaise, c'est évident qu'avec le temps j'analyse différemment.
Cette musique, je n'ai pas cherché à la faire de cette
manière, les gens vivants que je voyais dans la musique, étaient
des gens qui mettaient beaucoup d'énergie, beaucoup d'amour
bien entendu, l'un ne va pas sans l'autre, et jouaient au paroxysme,
donc pour moi c'était logique de jouer au paroxysme. Les gens
voyaient ça comme de la violence, c'était de l'énergie.
On ne regarde pas un volcan en disant c'est violent ! c'est fort,
c'est puissant, mais ce n'est pas violent. A notre niveau, c'était
un cri, c'est certain, dans le temps, rien n'a changé, mais
je l'ai analysé plus en profondeur et essayé de développer
au niveau de la musique pus en profondeur également.
Comment est né le kobaïen et pourquoi ne pas utiliser
une langue existante ?
Le kobaïen, je n'ai pas cherché à le créer,
il venait parallèlement à la musique, je jouais des
accords de piano et en même temps je chantais en kobaïen,
sans chercher à analyser ce que voulait dire le kobaïen,
ni même ce que c'était, j'appelais ça des sons.
En réalité, je me suis rendu compte, selon les circonstances,
que les mots semblaient revenir, selon les climats, les moments. Je
leur ai donné un sens, sans aller jusqu'aux mots. Les notes
ont un sens de toute manière.
On la ressent comme une pulsion, une transe...
La langue était en train de naître, d'éclore,
on dit "tu enfanteras dans la douleur", c'est évident,
les sons sortaient, il fallait qu'ils sortent vivants.
Quelle est la part d'improvisation au sein de Magma ?
Il y a toujours eu un moment, une plage d'improvisation dans tous
les morceaux. Si on prend le premier titre "kobaïa",
on s'aperçoit qu'à un certain moment il y a un chorus
de saxophone, puis en deuxième partie un chorus de guitare,
dans "Mekanik", il y a un chorus de violon, c'est en contraste
avec la musique totalement écrite et martiale, une improvisation
décousue qui part dans tous les sens, sans sens précis.
L'improvisation dans Magma a toujours existé, c'est une tradition.
Votre activité musicale vous a porté vers d'autres horizons,
notamment le Trio Vander et Offering, Il y a également "les
voix de Magma", Et plus récemment "Welcome"
autre formation, Vous avez besoin d'aller vers ces univers différents
?
C'est assez simple à comprendre, dans le trio et dans Welcome,
ça me donne l'occasion de défricher les rythmes, de
continuer, d'apprendre sur les rythmes, qui m'apportent beaucoup pour
la mélodie. Plus on découvre de rythmes, plus on découvre
de mélodies, sans faire de musique complexe pour autant. Dans
Offering, ça me permet de développer le chant et le
piano, dont j'ai toujours été frustré dans Magma.
Vous avez toujours baigné dans une ambiance musicale, outre
vos références à Coltrane, Bartok et Stravinski,
quelles sont les musiques que vous écoutez ?
Je continue de toute manière régulièrement à
écouter John Coltrane, c'est lui qui est ma plus grande source
d'inspiration, ou de calme, je ne sais pas, j'ai besoin d'écouter
John Coltrane, est-ce que c'est lui qui m'inspire, je ne pourrais
pas le dire, certainement ! En tout cas, je ne cherche pas à
restituer sa musique, ça c'est évident, on a dû
s'en rendre compte. Quand je joue du jazz, j'aime jouer sa couleur,
mais je ne prétends pas apporter quoi que se soit, je suis
quelque part un récepteur assez disponible pour restituer ce
que je reçois. En réalité ce que je compose,
c'est ma petite histoire, dans mes albums solos, c'est ce que j'essaye
de raconter un petit peu, ma vie du quotidien, mon vécu. Ce
que j'écoute comme musique ? J'écoute toujours des classiques,
en l'occurrence, Jean Sébastien Bach, Richard Wagner, Debussy,
c'est difficile à dire, des choses un peu extrêmes comme
Bert Aloïse Zimmerman.
Sans faire un parallèle, on retrouve des traces de Wagner
dans la musique de Magma ?
C'est possible, ce serait totalement inconscient. J'aime Wagner, aimer
cette couleur, ça m'évoque plein de choses, plein d'images.
Je suis originaire de l'est, j'ai des résonances.
Bruno
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