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  AVRIL N°4  



 

Jean-Claude
Guillaumon

 

 

Depuis 1970 Jean-Claude Guillaumon fait des photos, son sujet il ne l'a pas cherché bien loin : lui-même. Une silhouette, toujours une tête au dessus des autres, une gueule, une grande gueule si on le cherche un peu. Jean-Claude Guillaumon se met en scène, poésie, humour, et dérision, il tient tous les rôles, la comédie humaine dans son ensemble "je joue la misère du monde". L'exposition de J.C. Guillaumon à la BF15 présente des œuvres réalisées au cours des vingt dernières années, des photographies noir et blanc, couleur, des installations photographiques, des films vidéos et des vidéos réalisées pour ses performances de 1994. Se déplacer absolument pour voir un artiste qui dit des choses importantes sans avoir l'air d'y toucher.

Vous définissez-vous comme un photographe ?
Jean-Claude Guillaumon : Non ! je ne me définis ni comme un peintre, ni comme un photographe. Je ne sais pas très bien où je suis, un touche à tout, un bricoleur.
Pourquoi toujours le même personnage dans vos photos ?
J-C. G : De 1965 à 1970 je faisais des environnements, des happenings. En 1966 j'ai exposé 40 cartes d'identités au salon Regain. En 1970 j'ai commencé à me prendre comme sujet principal. Des choses se mettaient en place autour de l'image de l'artiste. Je me suis mis à me regarder moi-même, mais en fait ce n'est pas moi, moi c'est un autre, moi c'est tout le monde, moi, je joue la misère du monde.
Vos photos sont-elles autobiographiques ?
J-C. G : Non pas du tout, je raconte des choses de l'humanité, sur l'art. L'idée de quelqu'un qui se prend toujours en photo est une idée insupportable pour moi. C'est un gag, dans mes photos, je ne cherche pas la valorisation de Guillaumon. Guillaumon est un personnage comme Charlot est personnage, un personnage qui joue un rôle.
Continuerez-vous toujours votre autoportrait quotidien ?
J-C. G : Depuis 1974 je me prend en photo tous les matins, mais on ne verra pas ce travail à l'expo de BF15.
Se photographier tous les jours, c'est parce qu'on l'aime cette tête ou que l'on ne l'aime pas ?
J-C. G : Le "chrono-portrait" c'est l'idée du film de botaniste où l'on voit une plante, naître, fleurir et dépérir, c'est cette idée : un homme naît, grandit, s'étiole et meurt, c'est le drame de notre humanité, c'est la condition humaine.
Avez-vous peur du temps ?
J-C. G : Oui et non. On essaie de l'oublier.
Est-ce que l'art est sérieux ?
J-C. G : Souvent trop sérieux. L'art est sérieux parce qu'il dit des choses importantes sur l'humain. Toutes les civilisations ont fait de l'art, il n'y a pas de civilisation sans art.
Guillaumon se prend-t'il au sérieux ?
J-C. G : Humour et dérision sont des choses très importantes, il ne faut pas se prendre trop au sérieux, se dégager de sa propre image, l'homme se met dans des situations un peu ridicules, je traduis ce type de situation.
La place ou le rôle de la femme dans vos photos ?
J-C. G : Quand on mesure 1,90m et que l'on porte la barbe, c'est dur d'être féminin; ma femme apparaît dans quelques photos, je lui ai rendu des hommages dans certaines. En 25 ans j'ai fait seulement 2 ou 3 travestissements, un portrait qui était la représentation de la mère, et une andalouse impossible. Le travestissement ce n'est pas mon truc.
Vous arrive t-il de prende autre chose en photo que vous ?
J-C. G : C'est très rare (rire), j'ai fait un film qui s'appelle portrait de famille. C'est un photographe amateur qui essaie de saisir un instant et ces instants lui échappent. Il désire prendre sa famille en photo, mais il n'est jamais satisfait, c'est toujours raté, c'est flou, il y a toujours un mec qui bouge.
J'ai l'impression que le son ou le bruit sont très présents dans vos photos, pourquoi cela ?
J-C. G : J'adore la musique, je travaille avec la musique, le jazz est la musique de mes 16 ans. C'est très important pour moi. J'en écoute beaucoup ainsi que de la musique contemporaine. J'aimerais bien que mes photos pulsent un peu comme dans le jazz. Mes photos sont très travaillées avec une mise en scène très précise, si je pouvais donner à partir de mes photos, une pulsion, une immédiateté comme on retrouve dans le jazz, j'aurais peut-être réussi quelque chose.

Propos recueillis par Bruno Vincent