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Ballet Stagium “Batucada”

 

Guy Darmet
7ème Biennale de la danse

Du 12 au 29 septembre, Lyon présente “AQUARELA DO BRASIL”, la 7ème Biennale de la Danse. Complètement brésilienne, elle est l'unique événement qui raconte l'histoire d'un pays, d'un continent à travers l'histoire même de la danse. Un mélange de traditionnel et de modernité. Haute en couleurs, délibérément festive, libre de toutes contraintes, ses maîtres mots sont certainement folie et sensualité extrême. Pour son directeur artistique, Guy Darmet, le Brésil c'est un magistral coup de foudre !

Pourquoi une Biennale brésilienne ?
Guy Darmet. Cette Biennale, c'est avant tout une histoire d'amour avec un pays, une culture extrêmement riche, mal connue. Un pays avec une fracture permanente, tradition-modernité, richesse-pauvreté. C'est le 8ème PIB mondial donc un pays en voie de développement où l'on prend constamment en pleine figure, la modernité de son architecture, des spectacles, les routes défoncées, la misère, les favelas. Le Brésil fait 15 fois la France, pays fédéral, on peut dire qu'il est équivalent à l'Europe. Entre les Etats du sud du Brésil, le Nord-Est et le Nord, il y a autant de différences qu'entre l'Espagne et le Portugal, la Hollande et la Suède. De la différence de ces Etats, émergent les différences culturelles. Des traditions très fortes dans le Nord et le Nord-Est jusqu'à l'Amazonie. Une grande modernité dans les villes riches (Rio, San Paolo, Bell-Orizonte...). Ce que je souhaite par dessus tout, c'est que cette Biennale modifie l'image très clichée du Brésil : la jolie fille du carnaval et la violence.
Est-ce qu'on peut dire que la programmation s'articule autour de 3 types de danse ?
Oui, on pourrait le dire, même si la programmation contemporaine est la plus importante.
- Une partie traditionnelle de danse folklorique. Il faut préciser que si en France la notion de folklore est péjorative, au Brésil, elle émane réellement des racines du pays.
- Une partie contemporaine/institutionnelle mais qui à l'instar de la Cie "Groupo Corpo" présente un travail vivant, moderne et de qualité.
- Et puis une partie importante de jeunes chorégraphes contemporains peu connus encore (Rubens et Barbot, Marcia Milhazes, Deborah Colker, Lia Rodrigues...) et qui montrent la modernité d'un pays avec un travail comparable à celui fait en France.
Il semble que même chez les danseurs contemporains, la référence à un esprit de tradition persiste ?
C'est exact. Ils n'hésitent pas contrairement à ce qui se passe en France, à faire appel à leurs racines. Leurs chorégraphies sont pétries de tradition, d'histoire. Histoire de l'esclavage, de la difficulté de vivre dans le Nord-Est du Brésil, des paysans qui ne possèdent pas leurs terres, du baroque, des églises, de la religion, des fêtes et aussi de la tradition théâtrale.
Vous dîtes souvent "le Brésil est un pays où le corps n'est pas suspect", que signifie cette phrase ?
Cette phrase est essentielle à la compréhension du Brésil. En Europe, on n'a pas la même conception du corps, pour des raisons historiques majeures. On a toujours eu très peur de ce qui touchait au corps d'une manière ou d'une autre. Au Brésil, le corps est totalement présent, il est montré, la danse de tous les jours est extrêmement sensuelle, elle est instrument de séduction où les corps se touchent. Dans les fêtes, la rue, le soir, dans la vie de tous les jours, les corps sont totalement libérés contrairement à chez nous.
L'un des moments les plus importants de cette Biennale, est le défilé, qui des Terreaux à Bellecour, rassemble des groupes de danses urbaines et les populations issues de quartiers et communes du Grand Lyon. Quel est le lien avec le Brésil ?
Tout d'abord, la logique du carnaval. C'est un moment fondamental dans la vie des brésiliens. Ses préparatifs démarrent en octobre, puis de décembre à mi-février, les brésiliens ne font rien d'autre. Il faut bien savoir que le défilé du carnaval de Rio est un événement mondial sans précédent. Dans la préparation du défilé du carnaval, ce qui m'a le plus intéressé, c'était le travail en amont avec les écoles de samba, les gens qui se réunissent régulièrement à l'intérieur d'un quartier, pauvre évidemment, et ce à plusieurs milliers. Je me suis dit, pourquoi à Lyon, ne réunirait-on pas des habitants d'un même quartier qui ne se connaissent pas et qui se retrouveraient autour d'un projet commun, celui de faire la fête.
A ce même moment, je vois un reportage sur les ACCRORAP au cours du carnaval de Nice, qui sans une manifestation très traditionnelle, sont arrivés à faire travailler des gamins issus de quartiers avec leurs danses. J'ai eu donc envie d'intégrer à l'intérieur de ces projets de quartier, des jeunes issus de la danse urbaine. Mais c'est aussi une suite logique au travail de la Maison de la Danse qui depuis plusieurs années soutient et s'intéresse à ces mouvements.
Ce défilé est reconnu aujourd'hui par le Ministère de la Culture comme le projet inter-quartiers le plus important de France.
Oui, il fédère depuis le mois de mars, 15 groupes représentant 1500 à 2000 personnes. Ce sera un défilé/marche de la place des Terreaux à la place Bellecour. Avec une mise en scène, des chars, des animaux, une histoire. un défilé/danse, avec des temps de pause-danse. Il dure 3 heures, chaque groupe a choisi son chorégraphe et raconte une histoire différente sur une musique différente. C'est un défilé totalement inspiré de l'idée du Carnaval, avec à l'intérieur des guest-stars c'est à dire tous les brésiliens présents à la Biennale. C'est à n'en pas douter le moment le plus fort de cette Biennale.
Le Brésil et sa danse nous sont inconnus, s'il y avait des choix à faire, des spectacles à ne pas manquer lesquels seraient-ils ?
Tous les spectacles sont à voir et ma sélection ne peut être que subjective. Si on a envie de découvrir le Brésil, il faut foncer sur un des spectacles de tradition. Si on a envie de découvrir la modernité du Brésil, il faut aller voir les jeunes chorégraphes encore inconnus. Mais si l'on ne peut faire qu'un choix, il faut venir au bal Rio (le 14 septembre). Ce sera une soirée unique où l'on pourra rencontrer les écoles de samba et apprendre à danser la samba de Rio. En fait, c'est comme si l'on s'offrait un superbe voyage à Rio, un soir de septembre.
Comment le Brésil vit-il cet événement ?
Au Brésil, c'est devenu un événement colossal. 10 % du budget de la Biennale vient de l'ensemble des Ministères brésiliens. C'est une chance unique pour le Brésil de montrer des artistes qui ne sont pas connus, de leur ouvrir un marché, de les faire travailler. Il faut savoir que sur les 23 compagnies, 17 ne sont jamais venues en France et cette Biennale est pour elles une magnifique reconnaissance.

Propos recueillis par Martine Pullara