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  SEPTEMBRE N°8  


Ph : Corinne Vincent

 

Break, Hip-hop et Cie

Break dance, danse urbaine, hip-hop autant de mots parfois galvaudés pour cataloguer une danse née dans les banlieues à la fin des années 7O. Une danse novatrice qui a permis à une jeunesse réduite à l'état de statistiques et de faits divers de s'exprimer enfin. De faire comprendre à une société méfiante, que si on leur donne les moyens, ils ne se contentent pas de rouiller au bas des cités.
Avec les années 80 la break dance expérimente deux situations très différentes et finalement très stimulantes. D'abord l'ivresse dûe aux médias qui se passionnent pour cette expression artistique venue de la banlieue, puis un sentiment d'abandon quand les caméras et les micros se tournent vers d'autres horizons, obligeant dans un même temps, les danseurs urbains à préparer l'avenir avec plus de réalisme et de professionnalisme.

Quand les médias se sont moins intéressés au phénomène hip-hop, certains danseurs se sont retrouvés bras ballants et moral à zéro. Dans la région Rhône-Alpes des compagnies comme Traction Avant ou Accrorap - dont de nombreux danseurs actuels sont issus - n'ont pas pour autant cessé de s'activer...
Voyage au Japon, en Amérique, formation avec d'autres chorégraphes et danseurs, rencontres avec des jeunes des autres quartiers qui aboutissent à des créations plus élaborées. L'époque des seules acrobaties est révolue et les nouveaux spectacles parviennent à s'imposer ailleurs que dans les centres sociaux ou les sacro-saintes villes socialo-communistes.
Voyage en Yougoslavie pour Accrorap qui rencontre les enfants des camps de réfugiés. Deux années d'échange qui donneront naissances à Athina (programmé à la Biennale) et Kelkemo qui sera présenté 35 fois en France et à l'étranger. Œuvres émouvantes qui mélangent rap et break avec danse et musique contemporaine. Des chorégraphies plus exigeantes pour raconter la guerre et la souffrance. Spectacles qui, loin des effets de modes, rencontrent pourtant une adhésion totale auprès du jeune publique.
En important la capoéïra, danse des esclaves noirs du Brésil, les danseurs urbains affichent également le désir d'un retour aux sources. Le besoin de ne plus être que des simples "Xérox" c'est à dire de pâles copies des breakers américains*. A l'instar des cours de break dance, les cours de capoéïra fleurissent dans la région, rééquilibrant l'absence de fonds pour de vraies créations.
Et même si les chorégraphies et les performances des danseurs restent encore inégales, la plupart des spectacles n'ont rien perdu de leur énergie de départ. Toute la différence réside dans le désir des uns de se défaire de la seule référence hip-hop, alors que d'autres l'affirment plus que jamais.
Rhône-Alpes breake plutôt bien
La région Rhône-Alpes avec près de 400 danseurs urbains offre une scène de qualité. Aux dernières rencontres nationales de danse urbaine à Paris, elle était la région la mieux représentée. Depuis quelques années la Maison de la Danse participe activement à la professionnalisation des danseurs en leur ouvrant ses salles de répétition, et surtout en programmant régulièrement des compagnies régionales - Fred Bendongué avec “les Damnés de la terre” - sera l'heureux élu de cette année. Pour le défilé de la Biennale* Guy Darmet a fait appel à un important staff de chorégraphes du coin : des plus anciens comme Accrorap à l'ex parisien Soda Pop. Ce projet retenu par Philippe Douste-Blazy dans le cadre du programme "Culture quartiers" fonctionnera comme le carnaval de Rio. Chaque quartier de Lyon et de sa banlieue encadré par des professionnels de la danse, de la musique, de la décoration inventera son thème et ses costumes.
Travailler donc... comme les autres compagnies de danse avec les mêmes contraintes et surtout les mêmes moyens, c'est pour l'essentiel la revendication des danseurs urbains. Passer du statut d'acteurs sociaux à celui de créateurs et danseurs professionnels.
"C'est une de nos missions à Inter Service Migrant *, précise Gilberte Hugovieux, responsable du service culturel, et qui passe pour être celle qui connaît le mieux le hip-hop dans la région, nous leur apprenons à négocier des contrats, à être plus exigeants. Nous aidons à créer un climat de confiance entre le monde de la danse et du spectacle et ces jeunes. Deux mondes très différents il faut bien le dire. Il y a des rencontres parfois cocasses entre des messieurs cravatés et des jeunes en tenue de rappeur. Nous pouvons les aider à dépasser les apparences pour se parler en professionnels"
Le département culturel d'ISM fonctionne comme une plate-forme qui recense, élabore des outils de formation, valorise des pratiques qualifiées de populaires puisqu'elles regroupent toutes les pratiques artistiques des populations issues de l'immigration. En sollicitant les pouvoirs publics, en se posant comme un partenaire de confiance, ISM peut organiser des tremplins qui permettent aux danseurs amateurs et professionnels de se confronter à d'autres publics que celui déjà acquis à la break dance : "Il est important de ne plus les materner comme au début mais de les sortir de leur univers, de les pousser vers un travail irréprochable et surtout, de les amener à se fixer des objectifs. Mais nous avons aussi pour mission de rappeler à nos partenaires et commanditaires que ces artistes sont des professionnels, qu'ils ont un statut d'intermittent du spectacle. Qu'ils ont droit à des salaires et des contrats conformes à la profession"
Une exigence générale face à une expression artistique qui entre dans une phase de maturité et donc de transition. Évolution qu’il nous sera permis d'évaluer lors des Rencontres Européennes de Danse Urbaine qui auront lieu en janvier 97 à la Maison de la Danse *.

Fabienne Swiatly