ARCHIVES
1996

JANVIER N°1
Condense
Jean-Yves Pick

FEVRIER N°2
Orlan
Michel Vericel

MARS N°3
Bastard
Têtes Raides
David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit

AVRIL N°4
Taha

Saint Germain
Guillaumon

MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions

JUIN N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes

JUILLET N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub

SEPTEMBRE N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue

OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine

NOVEMBRE N°10
Têtes Raides
Les Nigauds

DECEMBRE N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre

  SEPTEMBRE N°8  


Ph : Laurent Berroud

 

Fred Bendongué

Fred Bendongué crée "Les Damnés de la Terre" pour Aquarela do Brasil, la 7ème Biennale de la Danse à Lyon. Pour de grandes émotions ! Portrait.

Il a 30 ans. Il est né de ce qu'on appelle aujourd'hui, la danse urbaine. De la break, du smurf, d'une danse basée sur la confrontation de la rue et de représentations spectaculaires. Même s'il voulait être danseur, il ne savait pas. C'est certainement son long passage (de 83 à 92) à Traction Avant Cie, (crée par Marcel Notal Giacomo), qui le fait passer de la rue à la scène, de l'instinctif au scénique, de l'improvisation au travail. "Une école de formation dit-il, qui a saisi le sens du hip-hop et qui a su le concrétiser avec une orientation contemporaine".
Mais la grâce de Fred Bendongué n'avait rien à voir avec l'école. Il y a plus de 10 ans, il avait déjà ce corps fait de break et ouvert à d'autres langages. Et puis il comprenait vite. D'un mouvement emprunté de break et de contemporain, il créait un mouvement à lui, rien qu'à lui, toujours inattendu et surprenant.
Lorsqu'en 1992 il crée sa propre compagnie "Azanie", c'est avec le désir du métissage. Métissage de cultures chorégraphiques et musicales, d'influences via l'Afrique, le jazz, l'Orient. Areski Hamitouche, musicien percussionniste, avait ce même désir. Leur rencontre au travers d'Azanie était inévitable et est aujourd'hui le reflet réciproque de leur amour musique/danse.
Africain de père, Fred Bendongué revendique par-dessus tout, non pas une danse noire, mais un langage universel, accessible à tous, au sein duquel lutte et liberté sont les énergies porteuses.
Après "Demi-lune", un magnifique solo présenté à la Maison de la Danse en 92, c'est au cours de la Biennale de 94 qu'il fait son entrée à l'international avec "A la vue d'un seul œil" et qui évoquait des histoires d'esclaves en fuite. Fasciné par le Brésil, (pays fortement métissé), il part 3 mois dans ce pays où il apprend la Capoeira. Expression de la résistance, importée par les esclaves africains du Brésil, la Capoeira est un jeu où l'on simule le combat à travers des rythmes, ni véritablement danse, ni véritablement théâtre, elle est l'expression authentique d'une force et d'une détermination qui permet au peuple de luter et de se ressourcer face à une oppression brésilienne. Une oppression sociale, économique, humaine.
1996 l'attend pour cette Biennale brésilienne avec "Les Damnés de la Terre", d'après une œuvre de Frantz Fanon et qui analyse le système colonialiste dans les pays du tiers monde. Les damnés, ce sont les gens du tiers monde. La capoeira est une de leurs réponses.
On retrouvera certainement les 2 influences de cette danse, la Capoeira Angola, avec des corps plus en contact avec le sol. La Capoeira régionale, plus aérienne. L'on retrouvera certainement les rythmes des percussions d'Areski identiques à ceux qui coulent dans les corps de ses danseurs, là où l'on ne peut regarder rien d'autre que cette énergie qui circule ou se bloque, cette grâce impeccable et implacable d'un corps qui se déplace dans la même direction que les yeux, les impulsions de ces corps enchaînés ou qui se délient, les ondulations dans l'espace et les corps à terre, la sensualité particulière de cette couleur noire alors que musique et danse sont ensemble, alors que la musique n'entrave en rien le rythme propre, de chaque mouvement, de chaque émotion intérieure.
"Les Damnés de la Terre" sont des mots et des gestes d'une danse qui peu à peu construisent l'univers de Fred Bendongué. Un univers qu'il maîtrise au long de son travail et de ses recherches et qui un jour peut-être sera tout autre... au fil de la vie, au fil de la danse...

Martine Pullara