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LA FERME
DU VINATIER

A priori, la Ferme du Vinatier est un espace culturel atypique, placé au cœur d’un centre hospitalier psychiatrique. A posteriori, c’est un espace culturel. Entretien avec Coline Rogé, chargée de l’action artistique.

Un brin d’histoire…
La Ferme du Vinatier existe depuis 1997, et il s’agit à l’origine, tout simplement, d’une ancienne ferme agricole, sachant qu’il y avait beaucoup de terres cultivées dans cet hôpital édifié en 1876. Nous cultivons aujour-d’hui les projets artistiques plutôt que les patates, en accueillant des artistes en résidence, qui viennent travailler avec les patients (mais pas que !) sur des projets de création. L’idée étant de produire quelque chose qui sera présenté ensuite publiquement : une exposition, un spectacle, etc. Pour ce faire, nous collaborons avec des structures culturelles (NTH8, Solistes de Bernard Tétu, l’ARFI, la Fête du livre, etc.) et invitons ensuite le public à venir apprécier le rendu de ces processus créatifs. Nous sommes certes un service de l’hôpital, mais à part, puisque nous ne délivrons pas de soins. Notre action n’est donc pas assimilable à de l’art-théra-pie.
Nous pensions pourtant que c’était le cas ?
Il faut bien différencier art-thérapie et projet culturel. En art-thérapie, on utilise un art, quel qu’il soit, à des finalités thérapeutiques, et peu importe finalement la production qui en ressort : c’est le processus en lui-même qui est analysé par un soignant. L’expérience peut ensuite durer un mois ou un an, selon son efficience. Concernant notre projet, il y a une logique de création artistique, avec un début et une fin, et de vrais professionnels du spectacle et des arts confondus pour impulser le projet. La seule différence avec d’autres lieux culturels est que nous travaillons principalement avec des personnes en situation de souffrance psychique.
On ne peut néanmoins s’empêcher de penser qu’il y a là matière à soigner des gens en les impliquant dans un processus de création.
Ce travail peut effectivement avoir des effets positifs sur les patients, mais, de par notre fonction culturelle, nous ne sommes pas là pour mesurer de tels effets.
Concernant cette expo, “L’hôpital du Vinatier : des lieux, des usagers” (à voir jusqu’au 10 novembre), on ressent une volonté d’ouvrir l’hôpital sur le monde extérieur, alors que l’on imagine ses portes justement closes ?
Et pourtant l’hôpital est un lieu public et ouvert. À nous de le faire savoir. Sachant que des gens viennent déjà ici en famille, simplement pour visiter le parc et nourrir les daims ! Mais c’est vrai qu’il y a cette vision de l’HP, un lieu dans lequel on entre sans savoir si on pourra en sortir
N’est-ce, en l’espèce, toute l’image de l’HP qu’il s’agit de casser ?
C’est évident que tout le monde a à l’esprit Vol au-dessus d’un nid de coucou… Mais disons que l’on fantasme beaucoup l’HP : bien sûr, il existe ici des lieux fermés, mais il y a beaucoup plus de gens dangereux à l’ex-térieur qu’à l’intérieur. Reste que l’on peut être malade à un moment donné de sa vie, pas forcément le lendemain, et participer à des projets culturels.
Avec cette expo, vous avez interpellé autant les patients que leur famille, les visiteurs et les personnels du Vinatier.
L’idée étant que les musiciens de l’ARFI et les vidéastes du collectif Le Matrice emmènent ces gens à la rencontre du parc hospitalier, afin qu’ils partagent le regard qu’ils ont sur ce lieu. Et via la musique, la photographie ou la vidéo, ce regard devient artistique et décalé.
Vous installez aujourd’hui une nouvelle expo (“Rose des vents”), à visiter jusqu’au 9 décembre. Nous avons invité une artiste plasticienne québécoise (Giorgia Volpe) à travailler avec les patients sur le détournement d’objets – notamment textiles – témoins du quotidien de l’hôpital. Ils vont ainsi se pencher sur la question de la trace, sur ces empreintes de mémoires individuelles et collectives gravées dans la toile. La “Rose des vents” sera ainsi intégrée au parcours Résonance de la Biennale d’art contemporain.
Puis viendra 2012
À partir d’une expo photographique (“Du Nunavik à l’Amazonie, le pouvoir de l’invisible”) centrée sur la thématique de la prise en charge de la maladie (la “folie” en Occident) chez de nombreux peuples amérindiens, nous allons proposer tout un cycle de réflexions et de spectacles sur ce sujet pour le moins fascinant. Au programme : contes, marionnettes, visites singulières de l’expo, soirées cinéma, colloques et conférences, etc.
Finalement, la peur ancestrale de ce qu’il peut se passer dans un HP s’estompe petit à petit ?
Certainement, mais le chemin est encore long. Il n’empêche que nous accueillons ici des publics de plus en plus nombreux et diversifiés !

Jusqu’au 9 décembre à la Ferme du Vinatier

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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