
À VAULX JAZZ
Vaulx-en-Velin, ville ouverte !
Poursuivant sa logique d’ouverture du jazz à d’autres horizons, la 24e édition du festival À Vaulx Jazz se tiendra du 25 février au 26 mars, évidemment À Vaulx mais aussi de façon décentralisée dans l’agglomération. Faisant plus que jamais la part belle aux musiques jazz métisses, mais aussi au rock, tendance post No Wave avec la prestation attendue de James Chance & les Contorsions ou au blues, avec, entre autres, le Roy Gaines Orchestra. Et puis, bien sûr, aux interprètes hors pairs, qu’ils soient guitaristes, tel Bil Frisel et Philip Catherine ou contrebassiste comme l’ineffable Ron Carter. Et bien d’autres encore, pour un sacré millésime avant le quart de siècle.
Entretien avec Thierry Serrano (directeur) et Charlène Mercier (co-programmatrice).
La culture fait souvent figure de parent pauvre dans le budget des collectivités. Il semblerait que ce ne soit pas le cas à Vaulx-en-Velin ?
La culture sous toutes ses formes a toujours eu une place importante dans la politique de la ville et peut-être encore plus aujourd’hui. Historiquement parlant, c’est même un vrai cheval de bataille, entendu que nous parlons de la culture populaire au sens noble du terme, c’est-à-dire ouverte sur le monde ! Et si, concernant le jazz, l’adjectif “élitiste” lui est parfois rattaché, je peux vous assurer qu’il n’en est rien, surtout lorsque l’on se penche sur ses origines.
Justement : entre hier et aujourd’hui, quelles sont ces valeurs véhiculées par le jazz ?
C’est une musique essentielle de notre temps, a fortiori très vivante ! Mais c’est également une musique qui revendique ses racines multiples et profondes, à l’instar des habitants de cette ville. Et les origines du jazz renvoient directement à l’histoire d’un peuple déplacé à cause de l’esclavage ; la 1re valeur véhiculée par le jazz depuis ses origines, c’est ainsi la liberté. Celle d’une musique qui a dû se battre pour sortir du ghetto et qui aura accompagné tous les grands combats pour l’émancipation des Noirs américains ; et qui in fine s’est imposée au monde entier comme un art à part entière. Auprès des différentes populations de cette ville, l’his-toire de cette musique a forcément une certaine résonance, qui plus est valorisante.
“Ouverture” : ce sera le maître mot de cette 24e édition ?
Oui, même si nous l’avons déjà largement entamée ! Une ouverture à d’autres musiques, à d’autres lieux en dehors de la ville (Périscope, Clef de voûte, etc.) et à d’autres partenaires (Woodstower, Pathé, etc.). Il sera ainsi question de jazz et cinéma, de jazz et opéra, et de bien d’autres choses. Tout en conservant ce côté festival à taille humaine, ce sera Vaulx-en-Velin, ville ouverte !
Cela suppose des objectifs en termes de fréquentation ?
Oui et non. Nous avons ici une grande liberté de travail, et non pas l’obligation de miser sur des concerts “grand public”, d’avoir à remplir à tout prix la salle Charlie-Chaplin. Même si on est très contents quand ça arrive ! Comme l’an passé avec Angelo Debarre et Thomas Dutronc. Preuve étant que le jazz peut être populaire sans que la qualité des concerts proposés ait à en souffrir.
Comment faire pour rendre le jazz plus populaire ?
Cette politique d’ouverture dont je vous parlais, c’est un travail de longue haleine et de proximité qui commence ici à Vaulx-en-Velin ! Avec l’envie d’aller au plus près des gens, par exemple en organisant des concerts de fanfares directement sur l’espace public. L’idée est de toucher d’autres publics en faisant en sorte que le jazz s’infiltre de partout : cafés, librairies, bibliothèques, cinémas et même dans les crèches ! Nous voulons aller à la rencontre de la population, et particulièrement de celle qui n’a pas l’habitude de franchir la porte d’une salle de concert. La sensibiliser à cette musique, comme nous le faisons toute l’année durant avec les scolaires. Des gosses qui, le jour J, adorent simplement taper dans les mains ! Assumons notre rôle de médiation culturelle, faisons ainsi en sorte que le jazz ne fasse plus peur aux gens et qu’ils s’approprient le festival.
Pendant lequel vous présenterez des créations réalisées tout spécialement ? Oui, ce sont de véritables commandes du festival. Il y aura ainsi 2 créations lors de la soirée métisse : la 1re réunira Jean-Paul Delore et Louis Sclavis pour donner magnifiquement corps aux voix d’Afrique, et la 2e, dirigée par Sangoma Everett, retentira au rythme de la pulsion gnawa. Création également lors de la soirée jazz et opéra, avec la rencontre improbable de Ukandanz (musique et transe éthiopiennes) et de la Maîtrise de la Loire (30 choristes) ; sachant qu’en 2e partie de soirée, Enrico Rava s’acoquinera avec le Quatuor Debussy pour revisiter des airs de Puccini ou de Bizet… Un sacré mélange des genres dont on attend beaucoup, et pourquoi pas des surprises flamboyantes !
À partir d’expériences musicales, disons, fusionnelles
C’est une vraie tendance de la programmation. Démontrant, si besoin, que le jazz est une “éponge” qui se marie parfaitement avec tous les styles de musique.
S’agit-il aussi de donner l’exemple en matière de diversité culturelle ?
Le métissage de la programmation correspond tout à fait au métissage de cette cité. Le jazz est vraiment une musique qui représente l’universalité. Le melting-pot. Et c’est peu de dire que Vaulx-en-Velin et New York sont 2 villes qui se tutoient en la matière !
Festival À Vaulx Jazz, du 25 février au 26 mars, www.avaulxjazz.com
Laurent Zine
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